vendredi 27 décembre 2019

qui se contredisent sans se dénoncer

Au cinéma, je suis assise à côté de ma petite mère. Je glisse mon écharpe dans le creux de son cou quand elle s'endort et je guette, attentive, son souffle qui se régule. Nous rions beaucoup à réinventer les dialogues, à projeter d'autres films. StarWars, on n'a jamais pris ça très au sérieux et de toute façon on est légèrement ivres, déjà, parce que c'est son anniversaire, parce que nous avons trinqué par deux fois, parce qu'il nous semblait que la vie, à cet instant-là exigeait ce vertige-là ; et parce qu'il fallait bien faire barrage à nos tristesses. Je lis pendant des heures le blog d'Elisabeth et je me souviens ces morceaux anciens découverts grâce à elle, ses collections de lumière, je me souviens les peurs et les élans qui m'habitaient alors que j'attendais mon premier puis mon deuxième enfant. C'est comme si l'existence avait ralenti depuis. L'existence a ralenti mais elle ne s'est pas apaisée et je les aimais, moi, ces moodboards d'une vie rêvée. Dans l'appartement d'Etienne, traversé de lumière, j'écoute la radio et je choisi des mots qui parlent de cinéma et de commun. Je lis des bandes dessinées qui s'appellent La belle vie, Un petit goût de noisette, des choses très douces. Une ou deux fois, je vais au cinéma. Le dernier film de Valérie Donzelli me fait mourir de rire, et cette scène finale, je crois bien m'être écriée : "mais c'est moi !" au beau milieu du cinéma. Mon voisin m'a souri. Je bois un grand café chaque matin et je fais tourner, lentement, le petit bâton boisé sur les contours du bol tibétain offert par un garçon dont je suis amoureuse. Un bol chantant l'an passé et un bel oreiller cette année, voilà une personne qui pourvoit du soin. Je dors mal la nuit, parce que j'ai peur de cette vie qui ne ressemble pas à ce que l'on m'a inculqué, une vie bancale, avec des séparations, des ruptures franches, des appartements trop petits, des comptes en banque trop vides, des enfants qui vont trop vite, ma famille trop loin de la ville entre les montagnes, un travail précaire, la peur de se lancer, les amours multiples, le petit frisson auquel je ne souhaite pas renoncer. Comment on compose avec tout ça ? Est-ce qu'on a le droit de tout bousculer et tout réinventer ?



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire