vendredi 20 décembre 2019

des nouvelles d'ici

Brèves



J'ai cessé de chercher sa peau, la nuit, dans le lit qui sent le neuf, qui pue le neuf, pas la nouveauté, pas la beauté d'une réinvention ni l'excitation d'une page blanche ; pas le bois frais ni la sueur des amours impudiques : non. C'est un lit qui respire la fin d'un monde. Souvent, il accueille mes larmes plutôt que les ébats retentissants qui faisaient nos nuits autrefois. Je ne comprends pas vous savez, comment des peaux ont pu s'aimer si fort une décennie durant et s'oublier en quelques mois. Le vendredi soir, quand les enfants sont chez lui, je mange des coquillettes au fromage, emmitouflée dans un plaid. Les premiers temps, j'écoutais le silence revenu et je le savourais comme un présent précieux, un temps volé à la parentalité qui prend trop de place parfois. Depuis, c'est leur absence qui retentit entre les murs de l'appartement bohème que j'habite seule plusieurs jours par semaine. Leur absence à tous les trois. Je colle une plâtrée de pâtes dans le bol breton encré de mon prénom et offert par Bonne-Maman alors que j'étais encore une enfant. Des lambeaux de fromage que j'observe fondre avec fascination. C'est comme si dans ces instants-là, mon monde se réduisait à la fenêtre du micro-onde, au travers de laquelle tout se dégrade pour mieux s'harmoniser. J'essaie de disparaître dans toute cette place qui perd sens dès lors que la porte claque sur leurs petites présences immenses. J'ai eu trente ans depuis la dernière fois où j'ai écris ici. J'ai eu trente ans, mes repères ont été bouleversés, mon corps en est comme remué. J'ai découvert youtube, je passe des soirées à contempler l'inertie de la vie des autres. C'est comme une obsession, une chanson au refrain entêtant. Leur vacuité répond à la mienne et nos questions communes sur la marche du monde - centré-décentré-centré-décentré - apportent de l'eau à ce moulin qui n'en finit pas de faire battre ses grandes ailes dans le vent. Je lis encore le blog de Camille, celui de Marjolaine et celui d'Elisabeth. Elles sont de grandes inspirations dans cette existence qui vacille toujours mais commence, enfin, dans la ville entre les montagnes, à trouver un équilibre. J'ai lu récemment que la souffrance ne nous définit pas ; je l'avais compris il y a longtemps. Je commence à me l'arrimer au corps. C'est d'ailleurs l'intention que je pose, avec fermeté, avec détermination, pour la décennie à venir : prendre soin du corps pour prendre soin du reste. 

Baisers. 
M.

PS : vous me suivez ?

2 commentaires:

  1. C'est fou de se remettre subitement à lire des plumes aimées, des années après. Je te suis, et j'adorerais que tous ces blogs délaissés au fil de notre vigntaine renaissent un peu dans notre trentaine. Je te fais la bise pleine de vent tonitruant, de nuages galoppants et de vagues espiègles.

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  2. Qu'il est long le temps de dénouer les liens qui peuvent l'être. Et celui de reconnaître ceux qui ne le peuvent

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