mardi 31 décembre 2019

J'ai longtemps cru être une fille heureuse, parfois habitée par le chagrin ; c'était faux. Je suis une grande mélancolique irradiée de lumière. Ma force tient dans cette joie dingue, cette fougue puissante, cette capacité à la vie et l'amour. Le savoir, désormais, remet les choses à leur juste place et m'offre de belles clefs de compréhension pour un avenir plus serein. 

Deux ou trois choses qui me traversent avant d'entamer l'année nouvelle :

Voilà douze ans aujourd'hui que j'ai rencontré Vé. Je me sens pleine de gratitude pour cet homme, pour l'amour que nous nous portons, pour la façon délicieuse que nous avons de réinventer notre famille, pour cette relation singulière, unique, sublime.

Je suis tombée profondément amoureuse de la Normandie. Face à la Manche, mon corps se redresse et la tension s'envole. Le nez dans le vent, les yeux fermés, je me centre instantanément. Ici, je guéris de moi-même.

J'aime quelqu'un avec lequel je comprends qu'il n'y a pas d'absolu. Il m'offre un ancrage nouveau, inattendu. Je ne sais guère quoi faire de tout ça, de cette histoire, de cette tendresse, de la façon dont je me fonds dans ses bras, de ce bonheur alors que nous sommes si différents, presque opposés.

J'ai envie de m'offrir quelque chose de l'ordre du ralentissement. De la douceur. Du calme. Une joie latente et lente. J'ai envie de trouver les outils nécessaires à la sérénité. J'ai envie de m'ôter toute pression, toute injonction, toute douleur. J'ai envie de me donner le droit d'aller bien.


vendredi 27 décembre 2019

qui se contredisent sans se dénoncer

Au cinéma, je suis assise à côté de ma petite mère. Je glisse mon écharpe dans le creux de son cou quand elle s'endort et je guette, attentive, son souffle qui se régule. Nous rions beaucoup à réinventer les dialogues, à projeter d'autres films. StarWars, on n'a jamais pris ça très au sérieux et de toute façon on est légèrement ivres, déjà, parce que c'est son anniversaire, parce que nous avons trinqué par deux fois, parce qu'il nous semblait que la vie, à cet instant-là exigeait ce vertige-là ; et parce qu'il fallait bien faire barrage à nos tristesses. Je lis pendant des heures le blog d'Elisabeth et je me souviens ces morceaux anciens découverts grâce à elle, ses collections de lumière, je me souviens les peurs et les élans qui m'habitaient alors que j'attendais mon premier puis mon deuxième enfant. C'est comme si l'existence avait ralenti depuis. L'existence a ralenti mais elle ne s'est pas apaisée et je les aimais, moi, ces moodboards d'une vie rêvée. Dans l'appartement d'Etienne, traversé de lumière, j'écoute la radio et je choisi des mots qui parlent de cinéma et de commun. Je lis des bandes dessinées qui s'appellent La belle vie, Un petit goût de noisette, des choses très douces. Une ou deux fois, je vais au cinéma. Le dernier film de Valérie Donzelli me fait mourir de rire, et cette scène finale, je crois bien m'être écriée : "mais c'est moi !" au beau milieu du cinéma. Mon voisin m'a souri. Je bois un grand café chaque matin et je fais tourner, lentement, le petit bâton boisé sur les contours du bol tibétain offert par un garçon dont je suis amoureuse. Un bol chantant l'an passé et un bel oreiller cette année, voilà une personne qui pourvoit du soin. Je dors mal la nuit, parce que j'ai peur de cette vie qui ne ressemble pas à ce que l'on m'a inculqué, une vie bancale, avec des séparations, des ruptures franches, des appartements trop petits, des comptes en banque trop vides, des enfants qui vont trop vite, ma famille trop loin de la ville entre les montagnes, un travail précaire, la peur de se lancer, les amours multiples, le petit frisson auquel je ne souhaite pas renoncer. Comment on compose avec tout ça ? Est-ce qu'on a le droit de tout bousculer et tout réinventer ?



vendredi 20 décembre 2019

des nouvelles d'ici

Brèves



J'ai cessé de chercher sa peau, la nuit, dans le lit qui sent le neuf, qui pue le neuf, pas la nouveauté, pas la beauté d'une réinvention ni l'excitation d'une page blanche ; pas le bois frais ni la sueur des amours impudiques : non. C'est un lit qui respire la fin d'un monde. Souvent, il accueille mes larmes plutôt que les ébats retentissants qui faisaient nos nuits autrefois. Je ne comprends pas vous savez, comment des peaux ont pu s'aimer si fort une décennie durant et s'oublier en quelques mois. Le vendredi soir, quand les enfants sont chez lui, je mange des coquillettes au fromage, emmitouflée dans un plaid. Les premiers temps, j'écoutais le silence revenu et je le savourais comme un présent précieux, un temps volé à la parentalité qui prend trop de place parfois. Depuis, c'est leur absence qui retentit entre les murs de l'appartement bohème que j'habite seule plusieurs jours par semaine. Leur absence à tous les trois. Je colle une plâtrée de pâtes dans le bol breton encré de mon prénom et offert par Bonne-Maman alors que j'étais encore une enfant. Des lambeaux de fromage que j'observe fondre avec fascination. C'est comme si dans ces instants-là, mon monde se réduisait à la fenêtre du micro-onde, au travers de laquelle tout se dégrade pour mieux s'harmoniser. J'essaie de disparaître dans toute cette place qui perd sens dès lors que la porte claque sur leurs petites présences immenses. J'ai eu trente ans depuis la dernière fois où j'ai écris ici. J'ai eu trente ans, mes repères ont été bouleversés, mon corps en est comme remué. J'ai découvert youtube, je passe des soirées à contempler l'inertie de la vie des autres. C'est comme une obsession, une chanson au refrain entêtant. Leur vacuité répond à la mienne et nos questions communes sur la marche du monde - centré-décentré-centré-décentré - apportent de l'eau à ce moulin qui n'en finit pas de faire battre ses grandes ailes dans le vent. Je lis encore le blog de Camille, celui de Marjolaine et celui d'Elisabeth. Elles sont de grandes inspirations dans cette existence qui vacille toujours mais commence, enfin, dans la ville entre les montagnes, à trouver un équilibre. J'ai lu récemment que la souffrance ne nous définit pas ; je l'avais compris il y a longtemps. Je commence à me l'arrimer au corps. C'est d'ailleurs l'intention que je pose, avec fermeté, avec détermination, pour la décennie à venir : prendre soin du corps pour prendre soin du reste. 

Baisers. 
M.

PS : vous me suivez ?