lundi 26 septembre 2016

Qu’on fera du hors piste / Nus comme des vers / Sur les sentiers de l’apocalypse


25 juin 2016, Cour St Emilion, Paris


Aux toutes petits heures du jour, je contemple le contraste burlesque entre les oiseaux de nuit qui déambulent de façon erratique, visages blancs-regards bruns & les premiers travailleurs aux traits tirés, corps aux mouvements lents qui s'éveillent en même temps que le matin. Je pense à Vé., forcément, je me dis venir ici sans lui est insensé, Paris change si fort et nous si loin n'en percevons plus les tressaillements comme autrefois. La ville en mouvement loin de nous et nos passages trop épisodiques, jamais communs. Je songe à P., à B., à C., la flamboyante et bourgeoise jeunesse parisienne, celle dont je faisais partie avant que mon ventre ne s'arrondisse, celle qui part à l'étranger toutes les cinq minutes et connaît Paris, celle qui se meut dans le même rythme que la ville au ventre lourd, l'insupportable jeunesse parisienne, déconnectée des réalités mais si attrayante dans l'insouciance dont elle fait preuve. Je pense à Po qui ne sort plus jamais, seul avec ses filles, à J. revenue dans le village de son enfance et à mes camarades d'école jamais partis du leur. Je repense à Vé., à moi, à cette vie si rassurante que l'on a construite, préservée du monde qui paraissait trop lumineux presque criard aux heures de la dépression profonde. Cette vie qui ressemble à celle de mes vieux quand ils avaient trente ans & je me demande où est ma jeunesse à moi, ai-je encore droit à un doigt de légèreté ou suis-je condamnée à m'enfermer dans cette cage toute douce que je construis méticuleusement depuis dix ans et qui se referme désormais comme inexorablement ? Ici, je lis Modiano comme si seul le tempo parisien pouvait accompagner ces pages. Je me souviens du premier roman de lui, acheté sur un coup de tête dans la librairie place de Clichy après une nuit d'orage sous la verrière d'Elio & lu au soleil tiède de juin. Un an, déjà un an. 

26 septembre 2016, sur la petite terrasse bariolée de ma maisonlumière

Je trouve chaque jour les ressources pour ne plus replonger dans le noir et je m'en félicite. Chaque accès de peur est surmonté avec brio, les outils deviennent plus nombreux et plus solides. Je crois que l'on peut acter la fin du monstre, la fin du mal, la fin de la grande période dépressive. Je m'en réjouis. Je pense ma vingtaine comme un tourbillon gai, fou et angoissé, un tourbillon dont je sors et à la veille de mes trente ans, je m'interroge sur la question de la jeunesse. Il me semble qu'il me reste une décennie de jouvence avant d'attaquer une nouvelle ère, non moins riche mais plus mature peut-être, avec moins de répondant corporel (qui sait ?), quelques rides en rab. J'ai l'élan, j'ai la foi et j'ai la sérénité nécessaire à pérpétuer les dix dernières années avec plus de joie et moins de peurs. Alors que faut-il en faire, quel projet de vie pour cette trentaine qui s'amorce ? Je ressens le besoin viscéral de m'exprimer, de bouger ce corps que je reconnais enfin, de rencontrer, de me mouvoir. Je la pressens belle et intense mais je veux lui donner du sens, le sens d'une jeunesse consciente & vibrante, un remuement formateur et heureux, une migration (toujours) ; comment, lorsque l'on sort de la mésestime et que l'on trouve enfin des dispositifs pour construire - et je parle ici de cheminement professionnel (il n'est jamais trop tard) comme de modelage personnel - comment alors entrer dans la danse & en retirer quelque chose à garder, si ce n'est pour la postérité au moins pour le plaisir de le vivre et la joie quand viendra le moment de fermer une dernière fois les yeux, de pouvoir dire je ne suis pas passée à côté & mes enfants de se souvenir peut-être de cette femme qui n'était pas que leur mère ?



mardi 16 août 2016

instantanés

Je ne parviens plus à mettre en mots ici, former un texte me semble insurmontable, j'ai perdu mon goût d'écrire de (belles) choses construites, (edit) j'en oublie jusqu'à justifier le texte, ahah, quelle mauvaise volonté, vraiment ; et puis je manque de temps depuis que je reprend goût à l'existence, je veux le donner pleinement à la vie, à mes enfants charmants, à lire jusqu'en perdre le souffle, à contempler les poussières d'or qui s'accrochent aux rayons de soleil de la fin du jour, à jouer au Verger, à emplir frénétiquement des grilles de mots fléchés, à faire l'amour, à boire des mojitos dans un confortable fauteuil, lespieds sur la table que j'ai peinte en bleue, je veux le consacrer aux balades en bicyclette & au plaisir de cuisiner des tartelettes (accompagnée de menottes potelées, de préférence).


On se retrouve peut-être plus tard, who knows ? 



Je ne ferme pas cet espace, je le laisse respirer, je me laisse la possibilité de revenir, à l'occasion. En attendant, je partage des brèves de vie ici, j'aime le format, les textes courts & spontanés, les petites photos d'été. 

à vite !

MarieLucarne 
(qui abandonne ici le pseudo chéri d'Augustine pour reprendre son identité enfin assumée)


samedi 2 juillet 2016

dos à dos et sans merci // tu as le choix des armes




Mais, bon sang, ça ne devrait ressembler qu'à ça sans cesse ; les matins après l'amour, le rire des enfants comme autant de clochettes et puis des grenadines, maman, V.D qui chante dans le casque rouge quand les jambes nues & dorées courent au rythme du coeur qui bat, allons allons ;

5h30, nue sur un lit quelque-part dans une ville inconnue, je quête l'aube, le rayon d'or qui embrase tout, celui des braves, tu sais ? qui ne dorment pas ou se lèvent juste, ceux dont mon père disait du monde qu'il leur appartient. Il sera tôt, il fera frais, j'ouvrirai grand la baie vitrée & sur mon corps picoté recevrai l'air du petit jour. J'ai appris à vivre ; il y a dix ans [mais c'est derrière désormais], il y a dix ans je me disais au-revoir & je me retrouve maintenant, si brune, si grande, si belle, si forte, si habile ; oh, ça ne se fait pas sans heurts mais vous connaissez, vous, une chose plus belle que tomber enfin amoureux de soi ?

Dans la nuit parisienne, je regarde un film d'Agnès Varda avec L., un film qui parle des femmes, d'être femme et bien sûr, encore, il y a des échos au plus profond de mon ventre. Plus tard, nous inventons un nom de code composé d'initiales pour ce qui verra naître les prémisses d'un projet décalé & j'espère, juste. Dans les après-midi moites de juin, je retrouve C. et c'est comme si nous ne nous étions jamais quittées, oh je n'ai pas été facile, l'enfant farouche, la petite nuisance ; j'ai tellement vécu dans le lendemain, comme s'il était plus tendre qu'aujourd'hui mais cette fois, je le jure, j'étais dans l'instant des ces corps nus, ces seins, ces ventres, ces cuisses, peaux sans âge et peaux marquées, sans attrait autre que celui d'exister, d'être au monde & d'offrir ce qu'ils ont de plus intime en confiance dans cet espace de sororité ; ça parle de mains rugueuses qui embrassent mon corps, le lavent à grandes eaux & l'oignent d'huiles parfumées ; ces mains là me paraissent sans début ni fin & exponentielles, ah ne cessez jamais cet enveloppement, car il s'agit là d'une naissance nouvelle, le jour anniversaire de ma propre naissance, il fallait revenir à soi & voilà que j'y suis.

Dans la nuit auvergnate il y a des regards qui se reconnaissent, la fougue quand enfin se retrouvent les peaux oubliées, il y a des danses aux quatre coins, quelque chose qui ne se perd jamais & de rencontre en rencontre, écrit une drôle de partition ; sûrement mélancolique mais qui parle d'amour avant tout. L'on y dépose des framboises, une bougie à la violette qui maintient un équilibre précaire en attendant d'être soufflée et peut-être des coupes de champagne - l'on y retrouve la joie & la sensation de vivre - elle sera toujours liée à toi, c'est promis, puisque que nos bras se répondent comme s'ils se connaissaient toujours.

Dans la nuit nantaise, au(x) rendez-vous du cinéma(s), j'écris frénétiquement les histoires de rencontres & puis les rêves, ce qu'on projette & comment l'on voit la vie, après tout est-ce autre chose, le cinéma, non mais sans blague, dites moi, vous, comme vous voyez ces choses là ? C'est le petit matin, déjà, j'ai ôté mes souliers & masse mes pieds douloureux en un geste machinal. J'ai retrouvé ma copine et puis bu du pétillant et puis parlé féminisme, il était peut-être quatre heures c'était avant la ruelle du Café-Théâtre, avant les baisers, avant la douceur, ah ! Quand vient le jour, pour la toute toute première fois je renonce aux sirènes et petit pas à petit pas je rejoins l'appartement bleu, dévêt mon corps endolori par une journée qui a débuté voilà bien plus d'un jour. Bouton après bouton, la robe bleue glisse sur le sol de tommettes.

Vé dit de moi que je suis une amoureuse - et sans doute a-t-il raison. Je vais à la rencontre de ceux qui parlent, de ceux qui lisent, de ceux qui écrivent, de ceux qui chantent, de ceux qui racontent des histoires, de ceux qui aiment, de ceux qui se taisent - je vais à leur rencontre et souvent, je les aime dans leurs difficultés, dans leurs paradoxes, dans leurs doutes, je les aime dans le soleil sur leurs cheveux, dans leurs yeux fatigués ou riants ou les deux, dans leurs rides, dans leurs fougues, je les aime qui pédalent à toute bringue sur des bicyclettes, je les aime dans des cafés, sur des quais, au bout de la rue. Je les aime pour ce qu'ils modèlent d'eux-même et qu'ils veulent bien me laisser voir, une seconde ou une vie.


Il est tard mais déjà gazouillent - au travers du volet blanc, au travers du rideau-soleil, au delà de la réalité - les premiers oiseaux. Je n'attendrai pas le petit matin. Dans la nuit encore bien noire j'ouvrirai la fenêtre au vent & crierai liberté liberté chérie - dans un premier matin, une première vie - puisqu'il parait que l'on a tous les droits dès lors que l'on parle de joie.


lundi 18 avril 2016

in restless dreams I walked alone

- You say goodbye and I say hello hello - 




Une fois, quelqu'un me dit nous sommes des fragilités ; la peau piquetée d'émotions et le coeur en vrac. J'aimerais parfois qu'il en soit autrement, faire taire la petite fougue sauvage, demeurer sage comme une image, emprunter ce chemin linéaire que tant d'autres semblent connaître. Personne ne me l'a enseigné, je ne sais que courir les sentiers rocailleux, remettre sur la table mon ouvrage mille fois entamé et inventer une vie qui ne ressemble à rien, surtout pas à quelque chose de sérieux - puis douter, observer mes enfants pousser bon gré mal gré, surprendre dans mon dos le regard fier de celui que j'aime, entendre comme les mots de Clowie font écho aux miens, prendre alors conscience que l'on parle depuis si longtemps ; la vie a passé, en couleurs, dentelée, incertaine, tremblante. Nous sommes des fragilités.

Nous avons entassé en vrac des meubles, quelques valises, un peu d'amertume dans la grande remorque bleue prêtée par S. et nous avons mené nos petites vies plus loin, au sein d'une maison dont les fenêtres embrassent le Vercors. Chaque matin cette lumière sur nos montagnes, c'est un appel  à l'émoi comme on l'aime, plein, vibrant, douloureux parfois avec une saveur d'éternité. Voilà une maison qui se gorge de soleil, la maisonlumière et sa façade verte, ses quelques lampions, sa table de bois sur laquelle nous jouons, nous déjeunons, nous collons nos coudes, nos bols de café, nos grilles de mots fléchés, nos secrets murmurés, nos compotes à la vanille, des larmes d'enfants et des matins guillerets, une maison imparfaite comme faite pour nous, un deux trois quatre, et apprendre à se recentrer. Chaque matin, nous empruntons le chemin des écoliers et quand sonne la cloche de l'église, nous hâtons le pas juste ce qu'il faut pour arriver à l'heure sans perdre le souffle et les paroles de la petite fugue. Dans les jardins que nous longeons les potagers sont bien trop sages et la volaille jacasse comme pour nous remémorer que tout est cyclique, qu'il n'est guère besoin de se presser puisqu'on y reviendra, on y reviendra bien un jour. 

Ici, j'oublie le bruit des bus, l'odeur du papier journal mouillé de vilaine pluie, le grincement du métro, l'odeur de la sueur, les petits matins trop frais et la bruine envenimée. J'oublie quand Paris s'éveille ; le pont d'Arcole et la porte de la rue François Miron derrière laquelle le minuscule monde du cinéma parisien s'anime. J'oublie la ligne 13, les salles de classe, la bibliothèque trop grande trop froide, nos mains tremblantes autour d'un café. J'oublie le 47 depuis Notre Dame jusqu'à Jussieu, les petites vieilles aux cheveux bleus qui mordraient plutôt qu'offrir leurs places attitrées à mon ventre énorme qui porte Camille ; oubliés les goûters au jardin des plantes, l'école de la rue Mouffetard, Starbuck et le bruit incessant de la circulation. J'ai tout oublié de la ville si violemment aimée jusqu'à ce qu'une odeur me prenne et me voilà sur la terrasse de Beaubourg, dans la chambre de bonne d'Arthur, en train de valser au 104, sous la merveilleuse verrière d'Elio, le visage offert au pâle soleil de la place de Clichy. C'est comme si les mondes s'entremêlaient, comme un présent précieux, le droit de choisir deux existences plutôt qu'une.

Au mitan, il y a les doigts d'un garçon qui dessinent mes hanches en murmurant comme tu es belle ; autour de nous la pluie. Plus tard mes pieds nus dans le sol boueux, les yeux clos sous l'eau du ciel, tenter de sentir chaque vibration dans ma peau, éprouver mes contours - être. Peut-être qu'un jour je serais forte, peut-être qu'un jour je saurais juste dire pour que les choses existent. Ce temps là n'est pas venu. Nous sommes des fragilités. Je suis une fragilité.

Parmi les photos que je fais défiler pour illustrer ce billet décousu, il y a le regard joyeux d'O. Il pétillait alors ; j'avais oublié cet éclat-là, malgré un an au coude à coude au coeur de la Grande Maison. Dans la série de clichés, je retrouve aussi les deux corps nus que Vé et moi faisions se rencontrer au premier matin de l'amour ; les grains de beauté que j'avais baisé un à un comme pour que cette nuit ne finisse jamais, en pensant au plus fort pourvu qu'elle dure une vie et demi, une vie et demi ; nous y sommes encore.

- You say goodbye and I say hello hello - 

Hello,
Hello.

PS : Celle que j'ai choisie, finalement, c'est un soir d'été doré et elle est de Vivien.

mercredi 3 février 2016

Y'a cette petite flamme qui crie qui brûle et qui brille



C'était la nuit la nuit, l'enfançonne blottie contre mon sein, je fredonnais une chanson qui parle de pervenches, d'une rivière oh si profonde que tous les chevaux du roi viendraient y boire ensemble. J'ai senti son souffle se réguler, je suis sortie de la chambre sur la pointe des pieds. Je ne m'étais pas dévêtue, je suis partie sans un regard pour Vé. La maison silencieuse résonnait encore des cris qui fusaient un peu plus tôt. J'ai avancé longtemps dans le noir, je n'avais pas de ceinture, pas de régulateur, j'ai sans doute roulé bien au-delà de la limite autorisée ; pour la première fois depuis (trop) longtemps, je portais un chapeau melon noir, un trait de crayon sur mes paupières et du rouge à mes lèvres. Dans mon sac, j'avais entassé des papiers, des bouquins, des piles de Cahiers du Cinéma, j'avais oublié t.shirts et culottes, j'ai ri un peu jaune, je n'ai pas besoin de me vêtir, j'ai besoin de vivre. J'ai roulé un moment avant que mes pensées ne cessent de tambouriner, un coup de bras rageur sur mes yeux de raton laveur. J'ai allumé la radio, snobé FranceCul, Bashung disait les moments doux, les moments doux, c'était drôle de repenser à ça, un peu triste aussi. C'était la nuit, la nuit, j'ai craché beaucoup trop de fumée blanche dans l'air bleu. A une heure de chez moi, j'ai dormi dans un village isérois dont je ne connaissais même pas le nom. Je me suis glissée nue dans des draps qui n'étaient pas les miens, j'ai pensé combien je l'aime et pourtant je veux le quitter, mais quelle est cette folie, mais quelle est cette folie. Avant, j'avouais dans le salon blanc que c'était moi d'abord - j'ai dit je me sens juste, vous savez, plus que jamais, elle a répondu je sais. Sur un papier grisé, j'ai jeté des mots de moi à moi, pas à l'enfant ni à la femme de quarante, mais à celle d'aujourd'hui, j'ai dit ma belle, ma chère, ma si fragile et si forte, j'ai dit l'odeur du mimosa dans la maison d'A. et dans la mienne en simultané, le café avec mon ami chaque matin. Il y a longtemps j'écrivais dans un endroit nommé Multifacettes et voilà que le puzzle s'assemble et que je retrouve l'odeur de la lessive de ma mère, mes soeurs enfants dans le placard que je fermais sur nous avant de leur inventer des mondes imaginaires, et puis mes frères le grand pin, nos cabanes et puis celle qui écrit et puis qui je serais, et mes enfants et Vé qui m'a connue encore toute petite et voilà que ça va bien, ça va bien. Il y aura d'autres ventres ronds, d'autres baisers dorés, d'autres livres à écrire, on construira des lendemains et puis des aujourd'hui merde à la fin. Est-ce qu'on peut aimer quelqu'un qu'on a vu quatre fois, est-ce qu'on peut désirer quelqu'un qui est si loin, pourquoi mon coeur bat la chamade quand elle dit je vais à Bruxelles, tu me rejoins ? et que je ne réfléchis même pas à tout le bordel que ça va foutre avant de dire oui ? Je suis rentrée à la Grande Maison un matin, j'ai couru dans les bras de Vé, j'ai couru contre la peau de Vé, et puis j'ai dit je ne veux pas continuer comme ça, je veux exister. Il m'a étreinte encore, il a dit Je sais. Il a dit Oui. Il a dit J'ai confiance.
J'avais confiance aussi, j'ai pris sa main et je me suis sentie heureuse.

PS : Vous m'avez reconnue sur la photo ? je crois que le temps est venu de recommencer à m'envoler.