lundi 4 mai 2015

On était nés sur des ruines


C'était hier, c'était il y a si longtemps...


Décembre deux-mille-quatorze au fond du fond d'un bus,

[Dans les lueurs blêmes d'un matin pâli, sa peau et son drôle de visage tout chiffonné, bien sûr. Il y a ses mots qui griffent comme ils caressent et son corps qui met fin à toutes mes questions ]

Au petit matin, le réveil

Foutraque de décembre, à prendre ou à laisser : 

Plus tard les Sal Maj, les yeux brillants qui s'écarquillent grand comme la vie ; la voix d'A., si tendre ; les espoirs secrets ; les projets ; les mots notés entre une clémentine et un café sur un cahier de brouillon déniché au fond d'un sac en faux-cuir ; les dizaines de bagnoles, les mains sur le volant ou sur les genoux, les milliers de kilomètres et le ventre noué ; le yoga, les longueurs dans l'eau salée qui pique les yeux et la gorge, la boxe-peut-être ; les premiers mots de mon enfant ; le tapis parsemé de cerises ; la maison de pierres et de broc ; les lettres et les présents qui affluent toujours dans ma boîte à messages sans que je comprenne mais que mais quoi ; les mojitos-mangue-basilic ; le corps potelé de Camille dans l'eau qui clapote ; les histoires que l'on raconte et celles que l'on écrit, le crayon dans la bouche et de l'encre plein les doigts ; dix vinyles dans une poche bleue ; la robe moirée et les chaussures cirées, le rouge aux lèvres et le regard franc ; deux mots inventés contre un sensationnel ; les cartons à aller chercher puisque c'est le moment ; des confettis dans des enveloppes et au stylo plume les prénoms de mes amis ; les quatre coups de fil par jour, toujours les mêmes, toujours dans un ordre équivalent, toujours leurs souffles dans mon oreille rassérénée ; les crêpes en gage d'un pari perdu ; le cri étouffé dans la peau de Vivien quand le corps ne répond plus de rien ; les mains de Glenn Gould ; décembre-deux-mille-quatorze, plus tard, plus tard... laissez-moi respirer pour un instant, pour un instant seulement.