vendredi 4 septembre 2015

et que ne durent que les moments doux / durent que les moments doux




// Quand j'ai fermé doucement la porte de la maison, j'ai laissé l'odeur de B., le vieux t.shirt et l'épingle à nourrice, le livre emprunté ; j'ai laissé son odeur de lessive si caractéristique et le souvenir des nems qu'il me cuisinait, j'ai laissé Sceaux en orbite quelque part dans un endroit où l'on peut survivre à la douleur. Il dormait encore, sans doute, sa peau parcheminée ramassée autour des mains que j'avais serrées entre les miennes un nombre incalculable de fois. J'ai peut-être murmuré au-revoir ou peut-être même pas, je suis partie sans me retourner et lorsque je suis revenue des semaines plus tard, il n'était plus là / En Avignon, j'ai retrouvé comme chaque année la fougue qui porte aux nues, les listes d'attentes, les belles surprises et les grandes déceptions. J'ai croisé mes copains, bu des tas de cafés à des tas de terrasses et un grand verre de vin blanc place des Corps Saints. Un jour au détour d'une rue nous avons entendu un orchestre jouer Ginette et Camille a crié Oh Maman, Oh Maman, c'est la chanson et ça l'était mon joli chat, c'était la chanson, celle qui fait vriller le coeur et danser les amoureux. Nous avons suivi Ginette jusqu'à nous perdre au coeur de la ville en fête / Une autre fois, à l'ombre des grands murs de la BNF, je jetais sur un papier des mots en vrac, les yeux brillants et la main leste, inquiète d'oublier des idées, soucieuse de ne pas comprendre, heureuse d'entamer les prémisses d'une nouvelle voie professionnelle. Le résultat très approximatif est lisible ici et raconte l'émotion qui m'a saisie à la découverte de cette adaptation des Fragments d'un discours amoureux / Plus tard, il y avait le petit bureau de bois au milieu de la grande maison vide et les rires chez la Comtesse, les piles de Saint Nectaire qu'on achetait pour les copains, les salades à tout, le bac à sable et le pommier de Camille qui comportait de petits fruits dorés, le projet d'exposition dont on parlait avec les mains en l'air et le visage radieux, comme si tout allait changer, comme si nos vies prenaient un tour nouveau et peut-être, vraiment, le faisaient-elles ? / Je n'oublierais pas ma ville du sud, une soirée avec M.& G. et l'envie folle de devenir leur amie, ah mais qu'ils étaient beaux ces garçons et quelle sensibilité dans ce qu'ils me confiaient cette nuit d'août-là. Je n'oublierais pas ma ville du sud et les retrouvailles avec Clowie, la quiche au thon, l'empressement à cuisiner du houmous pour mieux reprendre le fil de nos pensées puisque c'est ce qui nous fait. Nous avons marché dans nos terres, les étangs et les cabanes. Vivien photographiait l'envol des flamands roses tandis qu'elle et moi avancions au rythme de nos mots, parlions à la cadence de nos pas, pour mieux rattraper les mois écoulés et les silences forcés. Lorsque nous sommes rentrés, il y avait de la bière fraîche dans la cour familière où j'avais passé tant d'heures étant enfant, il y avait ses parents et sa grand-mère autour de la table et j'avais quatre ans, sept ans, douze, quinze ou vingt. Elles sont éternelles les heures dans ces maisons qui nous ont vues grandir. Si leurs murs n'ont pas bougé, les nôtres vacillent encore parfois et il faut nous tenir fort les coudes pour ne plus trembler. / Nous avons retrouvé Da Twins inchangée, l'été un peu évaporé cependant, les blés coupés et les maïs dansant encore dans la lumière d'or de dix-sept heure, ma préférée entre toutes. Nous avons retrouvé nos amis et cette drôle de vie que nous avons choisie et que nous continuons à construire, cette vie qui fait sens et dont je ne veux plus jamais fuir. / A la fin de l'été, quand je croyais ranger les voeux et les chimères, j'ai rencontré L, qui dit que ses yeux sont bleus quand ils sont incontestablement gris et beaux. Le vent a soufflé un peu fort et je me suis crue revenue à Avignon, dans ces rues où le mistral s'engouffre avec une telle violence que l'on y devient fou, mais non, le vent est là pour nous pousser dans le dos, tu te souviens ? Comment pourrions-nous seulement le craindre ? / L'histoire termine un jeudi soir chafouin. Il pleuvait un peu dans les tilleuls lorsqu'à cinq heures, A. m'a préparé une citronnade. Sa main dans mon dos, mes larmes dans son cou de ne plus rien comprendre, d'avoir le corps en vrac et le coeur qui vrillait. Des heures après les pleurs, le savon sous mes mains et sous le savon, le corps de V. Je retraçais les courbes familières, l'esprit ailleurs. Il y a une fêlure, un sursaut et enfin, enfin, j'ai reconnu la peau éprise, les constellations de grains de beauté, les petites cicatrices de ce corps que je ne cesserais jamais d'aimer. J'ai levé les yeux vers ceux de mon amoureux. Dans ma tête, la voix de Bashung chantait Et que ne durent que les moments doux, durent les moments doux et j'ai dit d'accord pour les moments doux, les moments doux //