jeudi 20 mars 2014

jusqu'au point du jour

9th Ode to Joy - Beethoven by Beethoven on Grooveshark



Je voudrais me souvenir toujours de ces heures de printemps bafouillant, de thés sur le balcon, les pieds battant la mesure d'un menuet, du générique de La marche de l'Histoire, je voudrais me souvenir toujours des soirs d'après-crèche où l'on prend encore le temps, Camille et moi de pâtisser pour anticiper un petit déjeuner de cookies frais, de courir à la bibliothèque main dans la main - et le rire du documentaliste derrière ses petites lunettes carrées quand je lui demande On a bien dix minutes pour bouquiner, dites ? en pianotant fébrilement sur le comptoir et qu'il me répond Oh, même un gros quart d'heure ! avec un clin d’œil pour mon enfant aux yeux bleus qui a déjà ôté sa veste, préparé sa petite pile de livres favoris et s'impatiente derrière moi ; je voudrais me souvenir toujours de ces grands canapés qui appellent à la contemplation dans le squatt tout nouvellement installé au bout de ma rue et du potager communautaire des Pavillons Sauvages, de l'appel impromptu de N. et de la colère qui s'en est allée sur la pointe des pieds, je voudrais me souvenir des dîners chez mes amis d'il y a longtemps où l'on évoque nos souvenirs et nos projets ; je voudrais me souvenir des matins avec Blanche dans ces endroits où s'égarent mes pas, des ateliers de couture dans des maisonnettes à briques roses surmontées de drapeaux multicolores, des jardins incroyables, de la bulle rose le mardi et du marché le jeudi ; je voudrais me souvenir toujours de nos siestes enlacées, de son visage barbouillé de lait quand elle décroche ses lèvres parfaitement ourlées de mon sein vidé et qu'elle gémit de bonheur, de mes réveils à l'heure de Là bas si j'y suis, quitter la chambre bleue sur la pointe des pieds pour ne point réveiller la chérie endormie et me blottir sur le sofa, emmitouflée dans un plaid moelleux, un thé brûlant dans les mains ; je voudrais me souvenir toujours du regard de V. sur ses enfants, nos enfants, de ses mains sur mes hanches et des instants volés du mercredi matin, de sa façon si douce de me faire l'amour quand mon corps se dérobe, de nos discussions sans fin, de nos couchers tardifs ; je voudrais me souvenirs toujours combien j'aime partager avec lui, une pièce de théâtre, une lecture à voix haute, un ballet ou une expo, quel partenaire idéal de découverte il est et comme c'est doux ces débats enflammés qui nous emmènent là où on ne s'y attend jamais ; je voudrais me souvenir toujours de ses pas au rythme des miens lorsque nous dansons, et des sourires de Camille & Blanche, alors ; je voudrais me souvenir toujours de l'eau chlorée de la piscine, l'odeur de nos samedis matins, chocolatine et chlore, des promenades de nos dimanches, des chatouilles dans le grand lit de la chambre bleue, de jeux sur le parquet de la chambre verte, de tous nos pieds nus sur le carrelage froid de la cuisine et des coups de coude dans la douche ne prends pas mon eau chaude, hé ! ; je voudrais me souvenir toujours des premiers mois qui construisent la relation de Blanche et de Camille, des gazouillis adorables que la belle réserve à son frère et du soin qu'il porte à chaque chose qui la concerne : lorsqu'il lui raconte sa journée, qu'il embrasse une joue, un bras, une jambe potelés, lorsqu'il veut changer sa couche, la vêtir et qu'il hume - comme je le fais - dans son cou l'odeur encore présente de nouvelle-née ; je voudrais me souvenir toujours de ces rêves, sentir de nouveau la corde dure d'un violoncelle contre la pulpe de mon doigt, m'éveiller nue contre lui au soleil d'un matin qui s'éternise, boire des tas de cafés délicieux dans la merveilleuse petite librairie de la rue Gambetta sans compter le temps, partager une bière ambrée avec Baptiste, Étienne, Cécile & Laure, l'un après l'autre et aussi tous ensemble, rire de notre petite mère qui se laisse aller au sommeil, bercée de bien-être par les éclats de joie de ses cinq enfants qui jouent au Times Up jusqu'au milieu de la nuit, réinventant chaque fois ce qu'est notre incroyable fratrie ; surtout, surtout je voudrais me souvenir toujours de ces heures tendres de mars deux-mille-quatorze, me souvenir toujours de l'élan, de l'amour aux tempes, aux bras, au ventre, au cœur lorsque je les observe être heureux, tous ceux qui me sont chers - et ils le font si bien, si vous saviez...

4 commentaires:

  1. Je ne risque pas en tout cas d'oublier cet article et ta si belle façon de voir et de raconter les jolies choses du quotidien

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  2. C'est beau beau beau. Merci :-)

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  3. Quel plaisir de lire ces mots, de voir ces images... Rien que ça (ou tout ça) a illuminé ma soirée. Virginie.

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