mercredi 26 février 2014

Transportant les rêves qu'elle n'avait jamais eus vers un soleil qu'elle n'aurait jamais cru

Des pays by Mano Solo on Grooveshark

Rêve général

Vingt-trois-heure-cinquante-trois, je casse de grands morceaux de chocolat dans un bol de grès bleu, je bats un œuf, j'ajoute la purée de noisettes ; minuit-quatorze, deux pots de mousse stockés au frais, demain il faudra faire cuire des meringues, monter le tout, saupoudrer, décorer, s'amuser. Demain, les becs sucrés de la maison seront ravis de leur dessert, j'imagine déjà le museau de Camille constellé de gourmandises et lui me dire, comme je l'embrasserais en riant, oh maman, j'ai des moustaches de baisers ;

Dans ma ville comme dans tant d'autres, les élections approchent, et cette fébrilité ambiante, et les questions aux candidats organisées par tout un tas de chouettes associations. Ce seront des dimanches de fête puisqu'on pourra se permettre d'espérer ; Camille se faufilera derrière le rideau et je lui permettrais de glisser le fameux bulletin dans l'enveloppe bleue. Sur le retour, nous achèterons des fleurs, pour embaumer la maison, embellir notre journée, des fleurs pour un lendemain qui chante. En attendant mars, la polémique sur la parité dans la liste des Verts enflamme toutes les lèvres ; et je suis peinée par ce souci du détail un peu sordide et tout l'étalage qu'il en est fait dans les médias quand ce qui devrait compter, c'est que quelqu'un ait été entendu et respecté pour ce qu'il est.

Sur mon calepin, je note au crayon les dates des rencontres EELV, les réunions du planning familial, de la commission genre d'Attac ; je note au crayon les conférences et puis les rencontres planifiées dans la petite librairie où j'aime tant aller boire un thé, je note les assemblées générales des assos vélo et les cycles de cours sur le cinéma organisés par l'université populaire ; jeudi-vingt-sept-février, Serge Halimi viendra parler du monde, dans quel monde voulons-nous vivre ? au théâtre Sorano, je me répète chaque matin pour ne pas oublier ; je note et puis aussi, je griffonne sur les pages les titres de tous les livres qui attendent d'être feuilletés et de ce film qu'Etienne nous a offert à Noël et que nous n'avons pas eu le temps de voir encore, je note les horaires des séances babyfriendly à l'Utopia, je note les spectacles de théâtre pour les trois-ans, je note, je note, je note ; je voudrais être partout.

Je voudrais être partout et finalement, il me semble me trouver nulle part, peut-être est-ce trop tôt, peut-être est-ce encore le temps où les choses bouillonnent et trépignent avant de trouver leur place ? je passe de nombreux coups de fil, j'envoie des mails, je griffonne des idées, je m'impatiente ; puis soudain, la vie-ralentie me rappelle à elle et au milieu d'une phrase, je m'endors lovée contre Blanche, dans un sommeil aux relents de lait et aux rêves confus, ma peau contre sa peau, mon sein lacté offert à ses lèvres charnues et la rondeur de ses joues que je me retiens de croquer, oh comme je suis amoureuse de cette enfant aux cheveux d'or et comme je pourrais la dévorer dans la chaleur de nos siestes de midi ;
et l'attente redevient supportable ;

Mardi soir, nous chantons un petit Shalala en souvenir d'une bille qui avait roulé du Sacré-Cœur jusqu'à Bastille ; mardi soir, je me dis que mon heure viendra, qu'elle sait se faire attendre ; mardi soir, comment ne pas frémir et me dire qu'un soir dans le vent, je rejoindrais les partisans de ceux qui ont de l'amour pour la vie ; qu'un soir dans le vent, il suffira d'un instant pour comprendre la force d'être unis ; alors, je vais embrasser mes enfants, je fourre mon nez dans leurs tignasses, je m'enivre de leurs odeurs de bébés et je me demande si je leur transmettrais cette fougue, ce qu'ils garderont de nos convictions, des heures passées à débattre autour de la table basse ; ce qu'ils garderont des manifestations, des slogans scandés ; de ces soirs où nous les berçons de chants révolutionnaires ; je me demande ce qu'ils garderont du fruit de nos luttes, et des luttes de leurs grands-parents, et des générations précédentes - le droit d'être qui ils veulent, de s'affirmer comme tel, le droit de s'exprimer, le droit d'être éduqués, le droit de lire ce qui leur plaît et ce qui leur déplaît aussi, le droit d'être d'accord et de ne pas l'être, le droit de le dire, le droit d'épouser qui ils le souhaitent, le droit de disposer de leurs corps - je me demande quel monde sera le leur et ce qu'ils auront envie d'en faire ;

(to be continued, parce que la vie, vous savez...)

3 commentaires:

  1. Oh ma belle, ma belle, mais comment commenter, comment répondre à une telle coulée de mots, d'amour, de vie ? Je voudrais juste les avoir écrits, ces mots, et puis non, jeveux juste les relire, et me dire encore une fois que oui, vous m'inspirez, tous les quatre, vos pâtisseries vos rires vos doutes et vos engagements, ce sentiment d'être liés les uns aux autres, et aux chansons que l'on fredonne, et aux lieux que l'on traverse, et aux générations précdentes et à venir ...

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  2. Je ne sais quoi dire que j'aurais déjà dit! J'essaye de définir ce qui me touche tant, et me fait me souvenir de tes textes si longtemps et d'avoir du mal à reprendre ma vie juste après les avoir lus.. Mais pour l'instant je n'ai pas trouvé :)

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