mardi 18 février 2014

Mais les bombes ne peuvent rien / Là où il y a plus de cœur qu'il n'en faut

(Rum bala rum bala rum ba la)

¡Ay Carmela! by Club Artístico Libertad on Grooveshark



Un jour, je retrouve le chemin de cette rue pavée, la magnifique porte de bois et le code gravé dans ma mémoire, le petit escalier au fond de la cour. Derrière la porte, il y a le sourire de D., de grands rideaux rouges et les petits tapis disposés sur le sol. Je retrouve des visages familiers, j’apprends de nouveaux prénoms. Ici, rien ne semble avoir changé et pourtant, tout est différent. J'enfile un body, Blanche dort dans les bras de D. et enfin, je peux redécouvrir ce corps, changé par les grossesses, meurtri. Je m'applique à réaliser chaque exercice avec soin et songe que bientôt, je pourrais reprendre mes heures de nage, seule avec mes pensées et le tranchant vif de mon bras dans l'eau chlorée ; alors la souplesse reviendra, peut-être. Lors du temps de relaxe, je visualise une grande lumière, un éclat éblouissant, un soleil chaud, des peaux nues, des yeux clos et je porte cette belle vision sur ma journée, sur ma semaine, sur ma vie. 

Une autre fois, je pénètre avec Vivien dans une grande salle ; il y a des personnes assises partout, sur des chaises, dans des fauteuils moelleux, enfoncés dans de grands canapés mais aussi une demi-fesse posée sur une table ou un meuble quelconque et les derniers par terre. A son tour, chacun parle et raconte un rêve, un projet, une valeur à défendre. Ce soir là, il y a des enseignants, des comédiens, des éducateurs, des coachs de vie, il y a des agriculteurs, des poètes, des chômeurs et des médecins, il y a de doux rêveurs et de grands idéalistes, ce soir là, il y a une jeune femme qui vit sans argent depuis cinq ans, il y a un agent immobilier qui propose un grand château où chacun pourrait vivre et travailler, où le potager serait commun, dans la terre toutes les mains sont soumises au même froid et à la même volupté. Ce soir là, je me prend à rêver un monde différent, un monde où chacun fait sa part. Ce soir là, nous sommes venus avec de la timidité et un cake-pesto-pignons, nous sommes repartis avec dans les poches un saucisson fait-maison, quelques numéros de téléphone et au coeur, une joie électrique.

Camille réalise un petit film, il se promène caméra au poing et m'affirme qu'il fait le film de Blansse, ajoute ça va poulette, dans l'écran ? ; consciencieusement, il nomme ici la table, ici le ciel, voilà le dîner et là mes zouets. Et Blansse aussi ; le petit film restera et dans quelques années, ce sera un joli instantané de cette vie-là, de cette année des deux-ans, Maman, mais après z'aurait trois ans et un gâteau mach'mag'gouine, des premières semaines de Blanche et de leur rencontre, à tous deux, leur rencontre au Long-Court, quelle relation créent-ils, quelles relations vont-ils créer ? Que leur restera-t-il de ces premiers moments d'enfance commune, furtifs et déterminants ?

Sur une feuille, je note des idées et des mots-clés, j'ai renoncé à l'université pour cette année [mais ne le répétez pas trop fort, je ne suis pas sûre de me l'avouer encore], il y a trop à vivre pour m'enfermer, j'espère que septembre sera un mois plus clément pour ce renouveau étudiant, j'ai envie de croire que oui-oui-oui ; pourtant, je prend des rendez-vous et j'aime ce temps d'avant, ce temps de définition et de projection, pas assez pour oublier l'instant présent, suffisamment pour ressentir en mon ventre ce doux sentiment qui me donne envie de piétiner et de chanter ; demain sera beau, ohoui, OHOUI. Sur une feuille, je note la vie de plus tard et je la laisse décanter, espérant qu'elle me raconte des choses. 

Justement à la sortie de la crèche, il y a Héloïse et sa maman. La maman d'Héloïse évolue dans les mêmes sphères et ce sont les mêmes noms qui reviennent ; ça me plait cette boucle-qui-boucle, cette idée que tout ça fait sens. Toutes deux sont arrivées ici peu après nous et je sens comme ça a été dur pour elles de faire leur petit espace dans cette grande ville qui bouge fort, parfois trop fort. Pourtant la maman d'Héloïse a le visage qui pétille et la jupe qui danse lorsqu'elles partent toutes deux sur le grand vélo rose, en nous faisant des signes de la main à demain, à demain ; il me semble qu'elle l'a gagnée, cette ville si exigeante et qu'elle le sait.

Janvier a été doux et immobile, janvier a été contemplatif, il me semble que février tremble imperceptiblement, il annonce le printemps, nous le frôlons sans le sentir vraiment, février est fait de petites douceurs, une pluie légère aussi légère qu'un vêtement de soie qui glisse le long d'un dos ; et dans le même temps, un soleil éblouissant, de grands arc-en-ciels, des projets qui s'esquissent, un voyage en Italie pour mes vingt-cinq-ans(et quelques), quelques jours à Bilbao, de grandes promenades dans la pinède de mon enfance, quelques concerts, quinze jours de folie de Toulouse à Bruxelles et ce mariage, ce mariage ! et puis, comme chaque février, l'anniversaire de Clowie en demi-teinte puisque nous sommes si loin, un petit paquet à préparer et à garnir de tendresses ; les questions existentielles d'Ivan, qui bousculent les miennes, qui bousculent celles de Clowie et quel drôle d'âge entre vingt-cinq et trente, chahutés par la vie qui ralentit un peu pour mieux nous pousser dans le dos.

Aujourd'hui, un petit message de ma copine d'il y a longtemps clignotait sur mon téléphone, qui proposait notre dîner hebdomadaire pour ce soir et ça tombe bien, il y a de la tarte aux pommes.

1 commentaire:

  1. Très joli texte, très doux. J'aime ton écriture même si je ne le dis que trop peu. Plein d'émotions, la gorge serrée je ne sais même pas pourquoi et un sourire qui me vient aux lèvres, naturellement.
    Merci pour tes mots. Merci de les partager ici avec nous.
    (et j'aime beaucoup la musique qui passe pendant la lecture. Elle donne envie de danser. :) )

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