dimanche 23 février 2014

Et puis à force de trop s’aimer, on laisse une trace de notre partage

Track 7 by Lambarena-Bach to Africa on Grooveshark


Un soir, le téléphone de Vivien fait bilibip bilibip et comme ça, au milieu du quotidien, nous apprenons qu'une enfant est née, une petite fille délicieusement prénommée et qui a choisi de voir le jour un dix-sept, tout comme Blanche. Voilà que six mois ont passé depuis cette nuit au pied de Fourvière ; une nuit chaude et moite, je portais mon ventre rond très en avant, Blanche était encore l'Enfant blottie là-derrière, et comme un rien, le secret avait fusé sous le ciel noir, au printemps, nous serons parents nous aussi... Mercredi soir, vingt-deux-heure-huit, dans notre salon endormi, il y a le silence des émotions. Désormais, dans ce petit groupe là, nous ne sommes plus les seuls à être parents, désormais ils seront trois à envahir l'espace de leurs rires et de leurs jeux ; désormais ils seront trois à entremêler leurs enfances.

Samedi, treize-heure-douze. Le soleil brille par la verrière et fait danser sur les pompons de jolis éclats d'or ; les enfants dorment dans une maison silencieuse,  la voix de Vivien convoque les personnages et les lieux de son enfance. Les yeux mi-clos, baignée de lumière, je me laisse bercer par ses histoires, m'envole en d'autres temps où mon bel amour a vogué sans moi, est-ce seulement possible ? et que je ne peux qu'imaginer.

Dans notre immeuble aux murs de carton, nous entendons la vie battre son plein ; chacun a ses petites habitudes, Monsieur et Madame A. au rez-de-chaussée font leurs emplettes quotidiennes et rentrent à onze heure avec une baguette et un bouquet de fleurs, Madame N. mitonne des soupes odorantes, Lola et son amoureux rentrent déjeuner avant de repartir, vitevite, en cours ; j'aime la vie rythmée de ce tout petit immeuble au milieu des maisons roses, les existences discrètes et uniques des huit familles qui le composent, les rendez-vous silencieux, les attentions délicates et les petites douceurs qui se glissent de porte en porte.

Du deuxième étage, la vue plonge sur un méli-mélo de toits enchevêtrés ; ça me fait penser à des chansons de ramoneurs et d'enfants qui s'envolent de rire, ça me fait penser à Olivier qui possédait une clé universelle et combien de fois avons-nous vu le soleil se coucher depuis les toits montpelliérains, et combien de fois, la tête sous les étoiles, isolés du monde ?

Dans le soleil de midi, Vivien et moi plions le linge en prenant soin de l'étiiiiirer pour qu'il se gorge de cette lumière, de la douceur de cette atmosphère en suspension. L'attente du premier cri d'enfant, un arrreuuuh ou un Marrrie-Vuyiiien, je suis réveilléééé, mais avant avant, il y a le temps incertain, le temps éphémère et improbable. Nous tiiiiiirons le linge et chaque fois que nos mains se rejoignent dans les plis du tissu, chaque fois que nos corps se rapprochent, nos bouches se volent de goulus baisers et je frotte mon front contre sa joue barbue ;

Un autre jour, Camille nous danse le courant d'air et ses mèches blondes se soulèvent à chaque saut de cabri ; un autre jour, je danse nue sur la Marmaille nue en oubliant les fenêtres ouvertes, il fait si beau si beau ; un autre jour, ma copine Pergamina me dit qu'il y a du mimosa place Sainte Anne ; un autre jour, ma copine Louve cuisine des crêpes à la fleur d'oranger ; un autre jour, je conduis la nouvelle voiture, je cale six fois, SIX FOIS mais ça me fait rire, cette maladresse de débutante ; un autre jour, il y a du vent, de l'herbe, un grand lac sur lequel miroitent les bulles que soufflent mes amours et sur le chemin du retour, l'impression que le vent a lissé mon visage et comme les enfants, je m'endors tandis que V. nous conduit à la maison dans la lumière déclinante de fin de journée ; un autre jour, une fille qui porte le même prénom que moi m'annonce qu'elle va se marier avec son amoureuse, dans quelques mois ; un autre jour, je bidouille la recette ma copine C. pour fabriquer avec Camille des cookies à la noisette* vegan qui fondent entre les lèvres ;

Au coin de ma rue, un vieux local retrouve vie sous les mains habiles d'hommes et de femmes aux vêtements colorés. Le jeudi la vélorution y établit ses quartiers et les autres jours, on y boit du thé à la menthe, du café et on y croque de petits gâteaux. Il y aura peut-être des ateliers, et puis des contes aussi ; on y porte du bois, de vieux meubles et des tissus indiens, on y porte le cœur en bandoulière ; On ne sait trop à qui il appartenait, ce local désaffecté, mais ils en font un endroit chouette où des mains aux couleurs multiples œuvrent ensemble ; Voilà, ce qu'on trouve en transparence, au coin de ma rue ; La musique des lendemains...

* dans un saladier, mélanger cent-vingt grammes de farine, soixante grammes de cassonade et une demi cuillère à café de bicarbonate ; dans un autre récipient, il faut trois grosses cuillères à soupe de purée de noisettes (ou d'amandes blanches pour un goût neutre) et une banane écrasée, auxquels on peut ajouter du miel ou du sirop d'érable. Lier le contenu des deux saladiers, bien mélanger, ajouter la garniture (nous sommes fidèles aux traditionnelles pépites de chocolat !). Sur un papier cuisson, former de petites boules et les écraser légèrement. Cuire une quinzaine de minutes dans un four préchauffé à 180°,  dégustez tièdes. Enjoy !

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