vendredi 7 février 2014

Entre la chance et le puits, tu reviens et c'est fini

Clarao do Lua by Nazare Pereira on Grooveshark



// Je crois que je suis en train de me perdre / Rha, ces études qui n'en finissent pas et qui prennent toute la place, ces projets qui se ramifient, qui m'éloignent toujours un peu plus de mes objectifs initiaux, me poussent à réinventer  ; il y a ces métiers fantasmés, les lignes qui s'empilent sur mon curriculum comme autant de vies passées ; j'aimerais qu'on me dise où je vais, bon sang, et pour quoi je suis faite ! j'aimerais trouver un sens à toutes ces petites choses que je découvre et que je sais, et qui s'entassent dans ma tête sans cohésion / ailleurs, il y a ces amitiés douloureuses, reléguées au passé comme si elles n'avaient existé que dans mes petits carnets reliés. Quels sont ces gens et que racontent leurs histoires, nos histoires ? je suis lasse de briser les jolies choses, je suis lasse de faire table rase  au moindre obstacle, comme pour mieux recommencer, et découvrir alors que finalement, tout est toujours nuancé ; la seule chose qui a changé, peut-être, c'est que je suis un peu plus abîmée chaque fois ; pourtant, il y a aussi ceux qui s'accrochent et qui préparent pour moi, pour nous des plats locaux dans de grandes marmites, des plats mitonnés, les haricots cueillis chez la grand-mère et les bocaux préparés avec soin chaque année, ceux qui envoient des cartes postales du bout du monde, des contes récités qui viennent rejoindre les dossiers faire découvrir à Camille de ma boîte à messages, ceux qui téléphonent pour les petites nouvelles hebdomadaires et parfois plus, ceux qui appellent au coeur du concert et c'est comme si nous étions là, à leurs côtés, dans l'euphorie de ces mélodies que nous scandons à des kilomètres de là, dans la lumière vacillante de notre appartement-tard-le-soir ; il y a ceux qui me rappellent pourquoi j'aime et combien je donnais, moi aussi, autrefois / aussi, ces femmes autour de moi et qui rayonnent d'une aura merveilleuse ; serais-je jamais la femme aux mains délicates que fut ma grand-mère, aurais-je jamais sa plume tendre et ciselée, serais-je la mère organisée et inventive qu'est encore la mienne, serais-je l'écrivain, la comédienne, l'amoureuse, serais-je la vie, qui se souviendra de moi, un jour, dites, comme je me souviens d'elles ? / les doutes, le vent d'autan, l'hiver cruel. Pourtant, j'ai envie de croire qu'il y aura [des matins chantants, des petits matins aux cheveux ébouriffés et aux yeux reflétant l'amour, des doigt entrelacés, des lèvres humides au coin desquelles, discret, le rire][le corps de mes enfants contre mon flanc, à mon sein][les doigts brûlés par les cordes de l'instrument que j'aurais frottées][des bougies qui s'éteignent dans un nuage de fumée d'avoir trop brûlé] existeront-ils, dites, ces instants ? aurons-nous encore droit aux gâteaux ratés et aux fou-rires qui leur font écho, à la musique partagée, aux petits bals où des bras inconnus vous font tourbillonner et rire, oh rire, avant de vous offrir à d'autres bras, et d'autres encore, jusqu'à ce que la tête vous tourne et qu'il faille, une main sur le coeur, vous asseoir un instant ? Oh fougue, Oh souffle, reprenez-moi en votre sein et laissez-moi croire que je peux jouir encore de la vie / je ne sais plus qui je suis, je ne sais plus où je vais, je ne sais plus ce qui a du sens et comment lever cette tristesse insondable qui prend tant de place dans mes pensées ; je veux garder le nez collé dans la nuque de ma toute petite fille, m'emplir de ce corps moelleux, m'enivrer de sa tendre odeur de bébé tout juste né, je veux garder les mains brûlantes de mon garçon encore si petit posées sur mon visage, je veux l'entendre murmurer tout contre mon oreille ma Marie chérie et chuchoter contre la sienne les mots d'amour que j'invente pour lui, je veux la présence réconfortante de Vivien toujours près de moi et son corps qui sait si bien répondre au mien / je veux me blottir dans ce doux cocon et y rester jusqu'à ce la vie m'oublie / le monde m'attire terriblement et me terrorise dans le même temps / je crois que je suis en train de me trouver //

[Et vous, vous avez connu cette sensation d'être perdus dans l'immensité ? 
J'ai envie de croire qu'on peut s'en défaire, dites moi que oui]

1 commentaire:

  1. Comme je te comprends! Les études prennent tant de place, et puis ces amitiés qui se fanent en un claquement de doigt... Devant ce mur si grand et écrasant à une époque est en train de rapetisser et bientôt, je pense, qu'il tiendra dans ma paume. En attendant de trouver ma place au sein de ce monde, combien de blessures devrai-je encore accumuler? Et des joies vites abandonnées?
    D'ici quelques mois, années, on pourra se dire, oui on peut se défaire du délaissement de l'immensité!

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