vendredi 31 janvier 2014

It's your day

It's Your Day by Yiruma on Grooveshark



Il faisait grand beau, ce matin là et j'avais dormi tard. La veille au soir, Vivien et moi retrouvions le chemin de nos corps endormis, presqu'à tâtons, la redécouverte de l'autre dans le silence de la nuit, les je t'aime et les j'ai peur murmurés au creux d'une oreille qui recevait comme un secret les tendres messages ; de ses mains oh combien douces de magicien, il a fait naître au creux de mon ventre un fougueux espoir et les reins cambrés, le corps offert, j'ai ri comme il y avait longtemps que je n'avais plus ri, un rire un peu fou, le rire d'un bonheur inespéré, le rire d'une vie un peu bosselée, d'une vie emplie de cahots et de drôles de routes, une vie qui fait sens dans cet instant de grâce-là ; il faisait grand beau, je lisais sur le fauteuil tandis que Blanche dormait dans le couffin d'osier. Les yeux mi-clos, je savourais. Dans quelques heures, Vivien viendrait déjeuner et nous mangerions sur le pouce, ou peut-être ne mangerions-nous pas, il y avait tant à se dire, tant à se toucher, tant à se dévorer des yeux ; mais tout cela serait plus tard, plus tard - il était encore temps de jouir de ce silence, de ces quelques lignes de roman, de chantonner dans une jatte, dans une jatte plate et de sourire un peu benoîtement ; il faisait grand beau ce matin là, mais lorsque le soir venu, je suis descendue dans ma toutetoute petite rue, la pluie battait le pavé. Blanche blottie contre mon ventre, une main sur son dos, l'autre tenant au dessus de mes nattes un journal, j'ai couru, espérant passer entre les gouttes. Un instant, j'ai cessé ma course folle et levant les yeux au ciel, j'ai soupiré. Quel drôle d'hiver que celui où ma fille avait choisi de naître, toute cette pluie et toutes ces questions, ces amitiés qui se forment et celles-ci qui se redécouvrent ; Je pensais qu'il me faudrait organiser une grande soirée avec nos amis, une soirée pour jouer. Saurais-je encore les règles du tarot ? si nous étions assez nombreux, nous pourrions même faire une belle partie de loups-garous. Oh, et si Etienne et mes soeurs pouvaient faire un saut de puce et être des nôtres, ce serait formidable ! Dans ma tête, je pensais, appeler C. et son amoureux, et puis L., aussi, et peut-être ma sage-femme, oserais-je dépasser le lien formel qui nous unit ? Nous avons retrouvé Camille à la crèche, la pluie avait cessé. Il répétait je n'ai pas mes bottes pour sauter dans les flaques mais sa petite main dans la mienne tirait fortfortfort en direction de l'eau attirante et très vite, il était trempé jusqu'aux chevilles. Il voulait prendre la passerelle et nous montions les escaliers pour voir d'en haut le canal et les canards, et puis il voulait prendre le métro. Je pestais intérieurement en me disant que nous irions plus vite à pieds mais il y avait tant de joie sur son visage poupin que tant pis, même pour une station, nous prendrions le métro. Arrivés sur la place du marché aux cochons, la bibliothèque nous faisait de l'oeil. Il faisait grand beau, ce matin là, mais à dix-huit heures, le soleil était couché et deux enfants m'écoutaient religieusement lire les histoires choisies par C., encore et encore, jusqu'à ce que deux coups contre la vitre nous extirpent des univers dans lesquels nous nous étions enfuis et que nous tournions la tête vers le visage souriant de V. Ce soir là, pour faire durer encore la belle journée, il y avait de la grenadine à table et je léchais mon doigt plein de sucre, il y avait du poulet pané et un petit garçon qui embrassait une minuscule petite fille avec tant de conviction que s'il n'y avait plus de soleil dehors, il faisait grand beau dans mon coeur. 

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