jeudi 2 janvier 2014

Mais oserais-je un jour chanter ce refrain là ?

New Slang by The Shins on Grooveshark

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Blanche est née au coeur d'une nuit d'hiver ; je me souviens d'une voiture sur le bas-côté et d'une lumière bleue qui pulsait par intermittence au loin, d'une fée intervenue à l'instant propice et qui, plus tard, nous porterait des fruits frais et un puits sans fond d'amour, je me souviens des battements de mon coeur et de cette sensation que je n'avais pas connue la première fois, de mettre mon enfant au monde ; son petit visage contre le mien, mes mots balbutiants contre ses yeux encore clos et sa bouche avide de nouvelle-née ; les yeux emplis de larmes de Vivien, ses lèvres contre mon front ; pouvais-je aimer plus encore ? il semblerait que oui. Blanche est née, le monde a tremblé.
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On dit que l'année sera faite de toutes ces choses auxquelles on s'affaire le premier jour d'an ; premier janvier deux-mille-quatorze, voilà des mois riches de promesses. De baisers en mots tendres, de cuisine qui mijote et de délicieux rochers à la coco, mitonnés par l'enfant chéri, de belles tétées, de lectures, de jeux et de rires ; de quelques tensions aussi et de quelques cris mais peut-on nier l'émotion, dites ? Ces radios que nous aimons pour bercer les moments partagés ; la peau de mon amoureux, chaude et vivante sous mes doigts, le tressaillement presque imperceptible de son corps quand j'y dépose un baiser ; le lit à pois rouges et blancs de Camille dans lequel je me suis réfugiée en ce matin de janvier et les jeux que notre enfant partage si volontiers ; dans son sommeil, Blanche émet de minuscules bruits qui nous font rire, les mains de Vivien glissent le long de mes jambes endolories,
Ô temps ! Suspends ton vol, et vous, heures propices suspendez votre cours : laissez-nous savourer les rapides délices des plus beaux de nos jours
et nous couler paresseusement dans ce courant de bonheur-là.
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Un autre matin, alors que nous avons crié au-revoir, au-revoir, revenez-nous vite ! depuis le balcon avec de petits mouchoirs blancs que nous agitons en riant, nous sommes stupéfaits par ce silence, soudain. Le grand appartement qui abrite pourtant nos quatre vies paraît bien vide. Quatre vies. Quatre. pour quelques minutes, la voix d'Etienne nous parvient et prend toute la place dans la pièce, comme s'il était là. Je crois qu'à ce moment nous avons tous fermé les yeux et imaginé son grand corps tout maigre, sa touffe de cheveux et sa bouille d'amour parmi nous. Ce matin-là, Camille choisit les petits vêtements de Blanche et regarde sur le macbook blanc des enfants qui décorent à la craie un grand Bonne Année ; il dit Encore les enfants qui dessinent, Maman, encore ! ; Plus tard, les garçons partent faire une petite course. Camille se promet de monter sur le grand vélo, et Vivien arbore cet air charmant et un peu décalé qui me plaît tant chez lui ; sa veste de velours vert bouteille, son casque de cycliste, ses tennis rouges et ses cheveux tout ébouriffés ; un drôle d'air dont je suis tombée amoureuse voilà des années et qui me séduit aujourd'hui encore et chaque jour aussi.
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Il y a tant de choses à penser, des listes à faire, des ne pas oublier à inscrire sur l'ardoise du réfrigérateur, des rendez-vous à noter dans l'agenda, oh oui, il y a tant de promesses dans cette année deux-mille-quatorze ; oh mais pour ces premiers jours d'an, je n'en ai pas envie. Pas encore. Je laisse filer le temps comme si nous en avions tellement à vivre que peu importe, finalement, aujourd'hui ou dans quelques jours... Les tâches attendront. Ces jours-ci, il n'y a que nous, lui et lui, et elle et moi, notre grand appartement douillet, des projets de crêpes au beurre, des matins à se blottir les uns contre les autres sous une grande couette bleue, des après-midi à lire des bandes-dessinées en écoutant Fip, des circuits de petit train à monter, de grandes tétées à partager, et un baiser à aller poser sur les lèvres de mon aimé.
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