mercredi 5 novembre 2014

Remember, remember the 5th of November.

Remember by Randy Newman on Grooveshark



Au cinq novembre de chaque année, je fais ce voeu de survivre à l'hiver ; cinq novembre minuit trente six quand l'automne est là, je me met à nu, une fois encore. Ah, comme il est aisé d'aimer et comme trouver les mots peut être douloureux. Ah, comme je voudrais que des bras remplacent le silence triste et qu'une bouche sur ma nuque en abeille laborieuse dépose des milliers de baisers ; ne pourrait-on pas oublier les réflexions et les paroles et pour une fois laisser danser les peaux ?

Au cinq novembre deux mille quatorze, je souhaite

// lire le Journal Extime de Michel Tournier / pâtisser de petites choses délicieuses / me rouler dans la mélancolie / une verrière et la pluie drue /  le tiens tendre que prononce Blanche / une après-midi nue sous une couette / de la boue plein les bottes / des mots d'amour / observer les humains vivre derrière leurs fenêtres //

Encore un message envoyé à ce garçon qui porte le prénom du souvenir, encore un message qui restera sans réponse - mais s'il y a les étoiles pour couverture, après tout, le monde peut bien cesser de tourner le temps d'une seconde ou d'un battement de coeur raté.

Un jour viendra où je saurais me regarder au fond des yeux sans rougir de moi.

lundi 3 novembre 2014

Tu as toutes les joies solaires / Tout le soleil sur la terre



Je roulais droit vers le soleil. Il y avait encore sur ma peau son odeur, l'odeur de ces jours passés ensemble ; il y avait encore sur ma peau un millier de rires et la danse scintillante des feuilles aux reflets d'or ; il y avait encore sur ma peau les mains de Clowie qui orchestraient le dîner et celles de l'homme qui plantait des arbres ; il y avait encore sur ma peau le goût de ses baisers et contre mon oreille toutes les douceurs qu'il avait murmurées dans les nuits folles avant ce jour-là. 

Je roulais droit vers le soleil. Il y avait encore dans mes mains l'odeur tendre de la résine et les écorces rêches des pins de mon enfance ; il y avait encore sur ma peau la voix de Mounir entre deux bières, dans le petit bar-tabac où je fumais mes premières roulées ; il y avait encore sur ma peau ce chemin parcouru mille fois petite fille et que je visitais de nouveau, yeux clos pour ne point gâcher le souvenir. Si le village avait changé, les parfums étaient les mêmes. J'ai choisi la route des odeurs et tout était soudainement pareil qu'autrefois.

Je roulais droit vers le soleil. Mon père m'emmenait dîner et me racontait fébrilement l'Haïti de mes premières années, les mots créoles que je balbutiais et cette drôle de vie dans laquelle il nous avait portés, le ventre rond de ma mère, le peuple qui ne croyait plus en rien, les rituels vaudous et les serpents dans les canalisations ; il évoquait les mains en l'air, les traits tendus et parfois éclatait de rire et c'était fou de retrouver dans le visage de mon père de cinquante ans, le très jeune homme qu'il était alors.

Je roulais droit vers le soleil. Sur l'autoroute qui nous menait à nos enfants, je disais à Vivien tourne, là, tourne et nous avions le temps de marcher dans un village médiéval que j'avais connu. En un tour de main je redevenais la chevrette et j'escaladais ces rocailles et ces arbustes comme au temps d'avant, je me roulais dans la terre ocre et offrais mon visage à l'astre brûlant. C'est tout mon corps qui s'enflammait de cette vie où j'existais, et comme il me plaisait de la partager avec mon amoureux.

Je roulais droit vers le soleil et tout au bout de cette route là, il y avait les mots merveilleux de mon fils grandi, les petites mains potelées de ma fille et leurs corps qui creusaient le mien pour mieux retrouver la chaleur fondue de nos intimités ; ah qu'ils étaient beaux ces enfants, dans le couchant, ah qu'ils étaient tendres les gestes maladroits des retrouvailles.

J'ai roulé dos au soleil pendant des heures et je suis revenue dans la ville rose. Je crois que depuis lors, je n'ai cessé de trembler. Comme ils me semblent loin, mes chers aimés ; comme elle me semble ailleurs la vie douce. Que reste-t-il dans mes mains offertes que du silence, que reste-t-il que ces sonneries qui tombent dans le vide, que reste-t-il de nos amours ? S'il n'y a plus à bord que l'âpre résignation et le roulis triste, je ne suis plus sûre d'avoir envie.

Alors, alors peut-être, s'en remettre aux étoiles et parier sur demain.

dimanche 26 octobre 2014

Mentre el sol esperavem



Ces cuillers là passaient de main en main, de bouche en bouche et personne n'aurait songé à s'en offusquer ; dans les verres dépareillés le vin ne cessait de couler, ils se moquaient de mon acharnement à ne boire que du blanc, cet Apremont délicieux ; et puis il y avait les rires, les moqueries douces, les plats qui mijotent alors qu'ils ont été cuisinés à tant de mains. Il y avait une enfant qui n'était pas la mienne et qui frottait sa joue ronde contre ma main, les balades, les baisers volés et ceux offerts ; au coeur de ce joyeux chahut, ma copine se trouvait une place parmi les miens. Dans un bocal à confitures, Vivien plongeait une main émue et en ressortait des dizaines de feuillets colorés, des photos et des mots tendres, des esquisses et des plaisanteries, de la pâte à rêves. Contre mes yeux clos, le torse de B. s'enflait et se dégonflait, sa respiration se fondait dans mon cou. Entre deux verres, entre deux mondes, O. évoquait les travaux de la grange et l'aménagement de la maison pour que nous puissions y vivre bientôt, presque demain. A quelques heures de là, j'avais un rendez-vous pour inscrire Blanche à la crèche du coin, et peut-être un autre dans l'école que découvrirait bientôt Camille. La sauge poussait dans le jardin, le jardin-le terrain-l'immensité, et le romarin, le bassin et le banc blanc, Maxime disait que nous partirions demain reconnaître chaque arbre, je répondais oui-oui-oui en souriant. Je pensais à A., souvent, comme elle aurait aimé cette atmosphère douce-amère et ces pas qui s'entrecroisent depuis tant d'années, comme elle aurait senti elle aussi le frisson contre un mur de pierres pas tout à fait sec d'une pluie d'automne. Il y avait quelque chose de mon enfance dans ces jours là où chacun vivait avec les autres et avec soi ; j'ignore souvent ce que je tiens de mes parents, la réponse était là, ils m'ont transmis l'esprit clanique, je le saisis dans toute son entièreté désormais. J'aurais pu mourir de cette vie-là, j'aurais pu mourir de plénitude. A deux heures de la vie, chacun avait trouvé un matelas et des rêves, il ne restait que Maxime et moi dans le salon éclairé et son sourire, les amis, son sourire depuis sept ans, c'était le monde qui défilait ; dans ces petites rides aux commissures des lèvres on ne voyait que le reflet d'une vie faites de ces amitiés pleines qui nous forgent et nous modèlent. Lorsque les nuages se sont levés, il n'existait plus que ce ciel unique, ce ciel d'octobre deuxmillequatorze, ce ciel qui ne viendrait jamais plus, ce ciel qui s'offrait. Je me suis étendue dans l'herbe détrempée et d'épuisement, de joie, de doutes et d'espoirs, j'ai pleuré longtemps.

mercredi 1 octobre 2014

les sept éclats de glace de ton rire étoilé

Hurt by Johnny Cash on Grooveshark



Il y a des années de cela, en terrasse d'un bistrot du 8ème à Paris, on servait quatre coupes de champagne et dans la rue nous nous prenions le bras pour esquisser quelques pas de danse. Nous venions de signer pour un appartement immense, avec du parquet et deux salles de bain. Nous ne pouvions rien imaginer à cet instant précis des intrigues folles qui s'y joueraient, des soirées où sans nous concerter nous rentrerions à la même heure, ferions tinter nos quatre jeux de clés dans l'entrée et nous collerions les uns aux autres pour regarder la série qui nous faisait rire mais riiiire, rien des fêtes communes avec nos voisins du deuxième et du troisième, des rendez-vous sur le canal, des concours de cuisine, de crêpes flambées fameuses et de cette voisine intrigante au prénom de roi breton. Nous ne pouvions prévoir non plus les malentendus, les non-dits, la tension qui s'installe sournoisement et le dernier anniversaire fêté à peu près ensemble dans soixante-dix mètres carrés dénués de meubles et de rires, une unique part de gâteau ornée d'une bougie dans le frigo vide. Il y eut des au-revoirs qui sonnaient comme des adieux et puis plus rien.

// Sur la première photo, ils dansent dos à dos et nous les observons de loin, Vivien & moi, engonçés dans nos costumes de mariés, pantins de pacotille dans cette journée qui fuit vite. Il y a quelque chose d'émouvant dans leurs gestes qui croisent nos regards. Septembre deux-mille-neuf, la vie pétille / Sur la deuxième photo, il y a ce que fut l'appartement partagé, il y a le ventre rond de cette femme que je n'ai pas su aimer comme elle le méritait et à qui je n'ai pu opposer qu'un silence maladroit ; il y a ce bel homme brun à qui j'ai dit voilà cinq ans les choses les plus tristes du monde. Septembre deux-mille quatorze, l'appartement de mes vingt-deux-ans une dernière fois vidé et désormais rendu, des quatre il ne reste qu'une poignée de souvenirs gais et beaucoup de rancoeur //

Mercredi-vingt-et-une-heure, la nuit est tombée depuis longtemps lorsque Pascale Clark prend l'antenne et Clowie vient de claquer la porte de la voiture en disant à vite, ma belle ; dans la ville en mouvement, je me laisse griser par les feux rougeoyants des autres voitures, par la voix enjouée de Clark, j'observe les voyageurs en partance, en latence, presqu'en romance, de quel train descendent-ils et dans lequel vont-ils monter, quelle est leur vie, qui embrassent-ils et pourquoi sourient-ils ; que cachent leurs valises à carreaux, leurs sacs de lycéens ornés de dessins au tipex, leurs attachés-case de grandes personnes, leurs formidables cabas multicolores, leurs mallettes, leurs balluchons de toutes  les sortes ? Je voudrais laisser ma voiture là, sans préavis, juste ouvrir la portière et glisser dans le mouvement universel, plisser les yeux devant les phares et les klaxons et sauter dans le premier train pour ailleurs. Faire fi de la destination,  jouir de mes mains sur la vitre, des paysages qui se succèdent et ne se ressemblent pas, de mes yeux qui se ferment lentement, des possibles innombrables qui n'existent qu'à la faveur de ce temps suspendu.

Est-ce que tous les mois de septembre traînent cette mélancolie sourde ? Est-ce qu'il ne sont faits que d'autres parts, d'autres rêves, de projections et de matins moroses ? Si même la voix de mes amis dans le combiné, les soirs chafouins, si même Clowie sur le petit balcon qui jouxte l'appartement, si même mes frangins, si même les mains potelées des mômes, si même la peau chaude et tendre de Vivien qui vit contre la mienne ; si même, malgré tout le chagrin, que reste-t-il alors à vivre ? Je voudrais être partout ailleurs qu'ici, partout ailleurs qu'à chaque instant que je vis, à l'exception, peut-être, des moments où je pédale le nez au vent.


vendredi 26 septembre 2014

These are a few of my favorite things



Il y a eu d'autres soirs et d'autres mélancolies, et puis Blanche a posé ses minuscules mains en appui sur le lit bleu, et de la pointe de ses pieds délicats s'est élevée vers moi, a frotté son nez au mien, dans le plus caresssant des baisers. Je suis revenue à la vie par la grâce de la belle aux cheveux flamboyants. Comment oublier les corps de nos enfants entre les nôtres et leurs souffles qui se mêlent en un rythme grave ? Comment oublier les jours d'écolier de Camille et les promenades à bicyclette, les minus dans la remorque et vaille que vaille mes mollets pour nous emporter ; les mines radieuses des passants sur notre drôle d'équipage ? Comment oublier le visage préoccupé de mon aîné lorsque sa soeur ne parvient pas à trouver le sommeil ? Comment échapper, une fois la porte refermée sur eux, aux murmures qui filtrent de la chambre d'enfants je suis là, Blanche, je suis là et les rires en cascade de la petite fille ? J'ai beau savoir qu'elle leur appartient, cette relation toute neuve, je ne peux m'empêcher de glisser le long du mur et d'écouter les yeux clos l'amour si grand et si puissant qu'il s'échappe partout, partout et souvent, je ris et je pleure en même temps. Je pense à ma propre fratrie, à nos enfances mêlées, aux chamailleries souvent à la solidarité surtout, à nos jeux, à nos lectures, à ces goûters que l'on dissimulait d'une chambre à l'autre lorsque l'un de nous en était privé. Il y a tout et là en vrac, les textes de Cécile, son regard grave sur le monde et sa fragilité, le voyage de Titou et ces aventures qu'il se promet de vivre auprès de la bienveillante Mai, le corps de Laure, ma si grande et si petite môme, qui se blottissait encore tout contre moi il y a peu de temps, et puis Etienne qui me donne cette force de faire, cette force d'être, les mots d'Etienne qui se meuvent par tous les interstices et qui me trouvent toujours, comme ça, de plein fouet.

// Une après-midi, Clowie m'apporte des biscuits à la noix de coco pour guérir mes genoux égratignés, et me conte ces gâteaux que ma mère cuisinait toujours, les fameux brownies qu'elle parsemait de pétales de coco / un jour, je sanglote sur le balcon de Lou et je crois que je me sauve / mille fois, je reçois les mots doux de Palmyre, comme un baume à mes blessures / les appels avec Pauline jusque tard, si tard qu'on ne sait plus trop s'il est demain ou aujourd'hui et après tout, who cares / le mail qu'Ivan m'avait écrit voilà des années, les photos que je retrouve, les souvenirs que l'on évoque inlassablement et comment ai-je pu oublier que l'on s'est dit je t'aime, nous étions si jeunes alors / la fougue d'A. et les points d'exclamation à chaque phrase, le rythme de nos conversations sans fin / une nuit de lune éteinte, combien êtes-vous pour saturer ainsi ma messagerie de belles déclarations et de pansements, alors que je pleure la fin d'un amour / Oh vous, tous, oh oui, votre présence qui me porte si loin //

J'ouvre la petite boîte ramenée d'Haïti, mon autre vie, là-bas, et c'est une tempête d'hier, mais combien en ai-je reçu des lettres d'amour ; l'amoureux de mes quinze ans, celui de mes dix-sept, un roi de coeur, le coton et la petite pile de coquillages volés aux plages de Mayotte, et les poèmes de Victor, les billets de train pour la mer unis au sourire d'Arthur ; ces photos où je suis dans tous les bras, et Vivien partout, cet amour dont il me semble qu'il ne s'éteindra jamais, des tickets pour Buffo, les paroles d'une chanson que Toux m'avait écrite, le souvenir des poires de Renaud, la demande en mariage de M., toujours sous scellés, la bouille de cinq ans de Thomas qui s'affaire à m'ôter le bouton si difficile, vous savez ? celui du haut, et toujours toujours, les lettres de ma grand-mère ; il est toutes ces choses secrètes que je préserve jalousement et que je ne conterais ni ici ni ailleurs, et bon sang  comment ai-je pu faire fi de ces émotions-là ?

Sur le balcon qui jouxte notre appartement, B. m'a demandé et tout cet amour, mais comment fais-tu pour en avoir tant, et comment pouvait-il savoir ce bouillonnement permanent de vos vies qui percutent la mienne, comment lui faire comprendre le bruissement fou de nos élans, la valse étourdissante de ces confrontations, les éclats, la ferveur, le feu au plus près de mon ventre ? Pouvais-je dire, alors, que les interactions font le sel de ma vie ? Il aurait fallu avouer que mon arbre favori est le Tremble quand ses feuilles graciles dansent dans le vent d'été, et que le signifié qu'induit cet aveu me fait sourire.

Un soir de septembre chafouin, je marche dans la nuit et Clowie est à mes côtés. C'est un drôle de lieu occupé où nous entrons sur la pointe des pieds, la lumière s'est tue et nous nous glissons au milieu des spectateurs silencieux. Dans un coin de la pièce, un saxophoniste use de son baryton de toutes les façons imaginables, il y a ces sons puissants, des marrons qui roulent, un gâteau passe de main en main et la voix aigüe d'une femme aux cheveux noués lie* les lettre d'Apollinaire à Madeleine ; plusieurs bières et une poignée d'heures plus tard, la gorge nouée, j'écoute Diane&Clément jouer du blues des 40's, et tout est là, voilà ; les cheveux roux qui ondulent au rythme des mots de Billie Holliday ; ma copine dans le clair-obscur ; les discussions qui ne cessent jamais vraiment et qu'on reprend d'une fois sur l'autre, parfois après une heure, parfois après des mois ; le théâtre et le chant ; ce grand endroit taggué qui accueille, qui cueille même des distorsions artistiques folles ; mon corps aminci dans une robe offerte par M. je ne sais même plus quand et la peau hérissée. C'est cela que j'aurais aimé raconter, sur le petit balcon qui jouxte notre appartement, c'est juste là, maintenant, le coeur gonflé, la lèvre humide et les mains tendues, Ah ! comment ne pas aimer à s'en étourdir lorsque l'on reçoit tant ?

*et bien sûr qu'elle les lisait, mais je crois que tout compte fait, ce lapsus de l'écriture instinctive fait sens.

mardi 23 septembre 2014

Hey, that's no way to say goodbye



Ca m'arrive alors que je pédale sous le ciel gai d'un été qui se prolonge ; de part et d'autre des visages répondent à mes sourires, des mains se lèvent et saluent mes pitreries. Je sens au coeur cet élan fou de la course et du rire, je suis sereine, la ville est belle sous ce ciel d'or et cette bicyclette prêtée par ma copine est une merveille. Alors, sans que rien ne le laisse présager, je me souviens son absence et mes jambes se dérobent, je bascule en avant, de grand cris explosent dans mon corps meurtri et sous mes yeux emplis de larmes, il n'y a que l'amer béton, le froid goudron, il y a le gris du trottoir et mon ventre qui n'en finit pas de hurler au manque. Je frotte mes genoux endoloris et il y a ses grandes mains tremblantes, toute la place qu'elles prennent soudain dans mon esprit, ces grandes mains qui tremblent et son corps long et maigre contre le mien dans ce bain tendre, des pulsations dans ses muscles quand nous nous battions, il y a son regard sur cette photo qui n'est même pas nous, des baisers qui s'éternisent dans un train qui ne se décide guère à partir, rallier les rails, railler l'amour. Il n'y a plus rien à vivre, je me le répète, oh si je pouvais graver les mots dans la pierre ou dans la peau, il n'y a plus rien à vivre, que reste-t-il six semaines après l'amour ? rien, ou pas grand chose, pas même une photo ou trois mots rédigés à glisser dans une boîte à regrets, qu'un enfant grandi ouvrira peut-être dans des dizaines d'années, curieux de savoir quelle femme était sa mère.
Voilà quel était l'amour de mes vingt-sept ans, cette fougue soudaine de fin d'été qui a embrasé mes sens et qui, si elle se fait oublier souvent, se rappelle à moi en vagues déferlantes alors que je ne m'y attend plus. Voilà quel était l'amour de mes vingt-sept ans, entre deux rêves, entre deux rives, l'amour inattendu et brut, l'amour violent qui mange le coeur, qui brûle le corps ; je me suis sentie vivre et il m'a semblé que je n'aurais plus peur, que je pouvais respirer de nouveau et puisqu'il en est ainsi, je ne refuserais plus rien et que cette existence soit folle alors alors ; alors, la vie a repris ses droits et le bel amour n'est plus qu'une morsure dans le creux de mon ventre, qui s'éveille parfois quand je pédale trop fort et que le vent fait voler mes cheveux dans tous les sens.


jeudi 18 septembre 2014

Pour nos cœurs déchirés, c'est le dernier naufrage


Partir au-delà des montagnes, et tout désapprendre
M'enivrer de tes bras tendres, et tout désapprendre
Humer l'odeur d'un escalier mille fois gravi, et tout désapprendre
Oh, combien t'aimer, tu sais ?, et tout désapprendre
Les vagues qui nous roulent, et tout désapprendre
La joie en bandoulière,
Parfois, alors que la vie chamboule, et tout désapprendre
Au croisement des eaux, cette étourdissante lumière, et tout désapprendre
Dormir au cœur d'un soleil brûlant, et tout désapprendre
L'or des mots d'amour inopinés sous la cerne bleue, et tout désapprendre
Trois douces lampes plus tard, et tout désapprendre
Entendre respirer le Doron lorsque la nuit tombe, et tout désapprendre
Marcher dans ton sillage, et tout désapprendre
S'il fallait faire feu des ombres, oh tout désapprendre
Lire à mots posés des textes aimés, et tout désapprendre
Quand la fougue s'en vient du fond des âges, et tout désapprendre
Ecouter l'épaisseur du silence entre nous, et tout désapprendre
L'élan soudain inassouvi, et tout désapprendre
Mon visage dans ton cou, ma main dans ta poche, et tout désapprendre
Où fuient les heures interminables de l'été,
Le rire, le coeur et la bamboche ? et tout désapprendre
La cendre d'une nuit déjà morte, et tout désapprendre
Six semaines après l'amour, et tout désapprendre

A tout prendre, que reste-t-il de nos idylles
ou quelques souvenirs qui se défilent


Bons baisers d'aujourd'hui.



dimanche 7 septembre 2014

Je ricoche à l´infini / Les corps de mots / Les corps de cris


recommencer, réécrire sans se lasser, reprendre le chemin des mots et se laisser porter par un nouveau rythme, par une nouvelle histoire. Je vous la lis ici, laissez-vous guider (?) :



J'ai avancé à petits pas, yeux clos ; mes mains ont dénoué les bretelles de coton et j'ai senti le vêtement courir le long de mes hanches avant de tomber par terre à mes pieds ; j'ai eu un frisson, un long frisson qui prend sa source dans la nuque, à la racine des cheveux et qui descend le long de l'échine avant de se perdre dans les courbes des reins. Mon pied gauche s'est levé, posé sur ma cheville droite, je piaffais, impatiente mais indécise. Et puis j'ai ouvert les yeux et je me suis regardée dans le miroir, mon corps nu offert à la lumière crue de la mi-journée. Mon visage s'est froissé en une moue boudeuse et un instant, j'ai de nouveau fermé les yeux. Puis, je me suis souvenue...

Je me suis souvenue que ce corps tu l'as parcouru, embrassé, chatouillé, caressé, tu l'as pénétré, griffé, pincé, tu l'as observé, tu l'as photographié, tu as parcouru de tes doigts, de tes lèvres les constellations de grains de beauté, tu as suivi les courbes, tu as dessiné notre histoire, ce corps que j'ai peine à regarder aujourd'hui, tu l'as admiré. Oui, admiré, exactement et tu l'as aimé, de cet amour inconditionnel que partagent les amants, tu l'as aimé -et tu l'aimes encore- pour ce qu'il est, pour ce qu'il représente et pour ce qu'il deviendra, tu l'as aimé sans te poser de questions et dans son intégralité, dans ses changements, dans ses évolutions, tu l'as aimé quand j'avais vingt ans, tu l'aimes encore et demain, et le jour suivant, et toujours tu auras pour lui cet amour infini des corps qui se sont trouvés et adoptés, de ces chaleurs qui se fondent l'une en l'autre, de ces danses silencieuses ; nos corps ont crée le chemin de nos intimités, mon amour et depuis ils ne cessent de se chercher l'un l'autre.
Je me suis souvenue que tu l'as fertilisé ; dans la jouissance, tu as ouvert en lui tous les possibles et des jours plus tard, Camille est né, de ce corps là, ce corps dont je détourne les yeux. Camille, l'enfant, notre enfant, mon enfant, qui a grandi derrière mon nombril, qui a dansé de chacun de ses petits membres merveilleux et qui a frappé un coup pour te signaler sa présence. Camille est né et a laissé gravée en moi la trace de son passage, par un demi sourire mélancolique tout en bas de mon ventre, là, quand on suit la petite ligne qui part du nombril et qui descend doucement, cet endroit doux où tu poses ta main la nuit, quand tu dors. Dans la rencontre, nous avons conçu Blanche et des mois plus tard, nous travaillions elle-moi à la faire naître dans une nuit froide de décembre, à l'ombre des montagnes. Ce corps-là dont je détourne les yeux et qui pourtant a porté deux enfants, les a bercés de son eau tendre, a accompagné leurs harmonieux ballets, ce corps qui, seul, les a mis au monde.
Il a porté, alors qu'il était enfant, le lourd instrument de bois et de cordes et l'a accompagné dans son amplitude, il a vibré au gré de l'archet qui embrassait le monde ; il a parcouru des chemins innombrables et escaladé autant de falaises, il s'est laissé glisser dans l'eau glacée au croisement des rivières. Ce corps-là a été photographié et peint, il s'est plié aux exigences des arts, il a supporté des nuits sans sommeil et des pleurs de désespoir, il a dansé sans fin, s'est soumis à la joie et au tremblement, ce corps, ce corps-là a survécu aux chahuts et aux doutes, il s'est mêlé, entremêlé, a été aimé à en être grisé, il s'est offert sans conditions et a joui souvent du vif de l'amour.
Aujourd'hui, pleine de ces certitudes j'ouvre les yeux en grand, comme on se jette à l'eau, comme on souffle dans un saxophone, comme le premier trille d'une sonate de Mozart, comme le rire qui naît dans le matin clair, j'ouvre les yeux et je contemple ce corps nu, sans artifice, ce corps avec qui je vis depuis ma naissance à moi, qui a mué mille fois mais qui m'est d'une fidélité indéfectible, ce corps que je peine à apprivoiser, ce corps dont le fonctionnement m'est encore si souvent étranger ; je regarde mes cheveux qui n'obéissent jamais, mon front, mes yeux, mon nez et ma petite bouche, mes joues rondes, j'observe ; mes épaules dorées ; mes bras ; mes mains et ce petit grain de beauté égaré sur ma paume gauche -celle du coeur- mes seins lourds, mes seins de femme, mes seins de nourricière ; ma taille fine, mon ventre encore épais, reste des grossesses, la cicatrice sur mon pubis, mes hanches larges ; mes fesses et mes cuisses musclées ; mes mollets ombrés de bleus ; mes pieds solidement campés là, devant ce miroir.

Je me regarde encore, encore, encore et encore, et je sais tandis que mon regard chemine au gré de mes pleins et de mes creux, je sais, bien sûr que c'est toi, bien sûr que c'est Camille et puis Blanche mais ce corps c'est moi aussi, comme une maison, une maison solide dans laquelle je peux planter des racines et espérer qu'elles donneront des pousses au printemps, c'est moi et ce corps, imparfait et si terriblement unique, j'ai envie de l'aimer comme tu l'aimes, j'ai envie de m'y ancrer. 

Il est temps de prendre corps.

vendredi 5 septembre 2014

Brûle encore, même trop, même mal


Je lui parle de toi, de sa naissance et de notre rencontre, je lui parle de cette route qui semblait ne s'arrêter jamais et comme je la mettais au monde, sous les étoiles de décembre. Je lui dis l'amour, à cette enfant qui ne sait que sourire, et contre son coeur bat le mien, à tout rompre.

Aux lendemains de l'amour, que reste-t-il, oh, dites-le moi. Dites moi le vide puisqu'il m'effraie tant, et en creux, le velours d'un corps qui brûle le mien. Dites moi le souffle puisqu'il n'existe rien d'autre que celui-là contre mon oreille, dites moi la peur et dites moi le regard embué, oh, dites-le moi.

Avignon deux mille quatorze, dans la cour immense d'un palais ancien, le vent & le feu mêlés, les mots les mots les mots, d'accord d'accord, les podcasts de France Cul, la voix de Gallienne dans les matins endormis, l'enfant de trois ans blotti dans mes pleins et dans mes doutes, la maison de la Comtesse, le coca-les glaçons à dix-sept heures sous la pluie qui rythme comme un métronome les journées d'été ; quitter l'endroit aimé une main sur le volant l'autre sur le coeur et observer seule la danse fascinante des volutes de cette fumée bleue qui fuit vers l'inconnu.

Il n'y aura pas eu assez de Clowie, d'Etienne, de Cécile ou de Laure dans cet été grisant, il y aura eu Titou et des mots jetés trop vite trop fort comme toujours, il y aura eu des séparations et des retrouvailles, des espoirs secrets et des silences merveilleux, il y aura eu la jouissance dans les bras graves de mon amoureux, les escalators de Beaubourg, un verre de chardonnay en la plus belle des compagnies. Il existe quelque-part un jardin aux mille promesses où je lisais le Monde Diplo dans un matin brumeux, la rosée n'en finissait pas de parsemer le monde et mon corps se hérissait de froid et de joie, il y aura demain en forme d'inconnu, one more cup of coffee et peut-on espérer plus, après tout ?

PS : suite à la merveilleuse idée de Lucile, j'ai eu envie de vous le lire, ce texte.


mercredi 2 avril 2014

que le temps d'un souffle de vent dans la cime d'un arbre




//Le concert a débuté et nous n'en finissions pas de gagner des parties de flipper les unes après les autres. Accoudée à la vitre lumineuse, je regardais la bille monter et descendre au rythme des coups de rein de Vivien et dans mon ventre il y avait comme une petite boule qui montait et descendait tout pareil. J'avais envie de coller mon corps transpirant à son dos humide, de coller mes lèvres à sa nuque et de rester là forever and ever, de rester là enlacés à regarder cette foutue petite bille rebondir. Ce soir là, nous avons allumé une cigarette roulée comme aux temps où nous nous sommes rencontrés dans cette drôle de cage d'escalier, ce soir-là je crois que j'étais un peu ivre. Je me souviens de ma copine qui dansait et comme elle était belle, elle semblait si jeune, elle ressemblait à une lycéenne avec ses joues rouges d'avoir sauté et sa belle fougue, j'étais émue, j'avais la larme facile. Il parait que la vie m'a prise sous le bras et j'entendais et tu ne savais pas qu'on pouvait crever et revivre à nouveau / voilà dix ans, peu ou prou, je quittais la maison familiale, un peu par provocation, un peu poussée dehors et c'était la première gifle. Dix ans déjà que j'erre comme un navire à l'abandon, poussée par le vent, voguant au gré des vagues, baissant la tête dans la tempête et la relevant les yeux emplis de larmes, toujours, toujours / dans une toute petite pièce boisée, je regarde tomber mes vêtements sur le parquet doux. Deux mains tendres et plissées se posent sur mon corps, en dessinent les contours abîmés. Sur le beau visage marqué par l'âge, un sourire qui m'illumine et puis des mots, et puis des mots, et puis des mots, oh le pouvoir incroyable de ces mots enfilés comme autant de perles sur le collier de la rédemption / un mardi, j'ai installé Blanche contre mon coeur et j'ai marchémarchémarché jusqu'à la gare, et je suis montée dans le premier train ; au bout de la route, il y avait Cécile, il y avait Etienne, il y avait Laure ; nous avons parlé de Titou à Spa et de Chloé à Bruxelles, des conversations que nous poursuivons par écrans interposés et de quand nous pourrons enfin nous serrer dans des bras tremblants, reculer de deux pas pour mieux nous regarder et nous serrer encore, encore, palper ces corps, deviner la promiscuité que la distance efface d'une fois sur l'autre ; nous avons parlé de nos enfances enlacées, de notre mère qui se bat. Il y a eu du thé et des larmes, des instants de grâce, je suis rentrée à Toulouse le soir-même, pleine d'e(ux) / Sur la photo, je prends conscience pour la première fois du regard à la fois flou et si net de la femme que j'ai aimée le plus au monde, je la vois me regarder comme elle me regardait autrefois, mettant dans ses yeux tout l'amour du monde et cette conviction que je réussirais ma vie ; je reconnais sur son visage la fierté dont elle m'enveloppait lors de nos interminables balades à bicyclette et quand j'en demandais encore, encore ! pour prolonger ces moments avec elle, et quand elle ne tenait plus sur son vélo et que je restais des heures à son chevet pour lui raconter mes virées dans le cdi silencieux du collège dont j'avais chipé les clefs et quand ses mains tremblaient et quand elle est morte loin de moi / j'ai envie de me croire bachelière encore une fois, tout recommencer dans la stabilité fraîchement acquise, m'inscrire de nouveau dans cette discipline que j'avais soigneusement choisie à dix-sept ans, puis abandonnée quand tout s'est fait trop dur. Cette fois où la vie m'a bousculée très fort, qu'il a fallu quitter l'université et entrer les premiers salaires de ma vie de très jeune fille, aux dépens de tout le reste. Oh, donnez-moi le droit de prendre cette enfant de dix-sept ans-ou-à-peu-près, cette enfant de presque vingt-sept ans dans mes bras et de lui dire va ma belle, la vie est devant, la vie est devant et le monde est à portée de main //

***

Ecoutez écoutez ce texte magnifique de Stig Dagerman et la prochaine fois que vous passerez la porte de votre bibliothèque, cherchez son Automne Allemand, il est si terrible, et si beau aussi.

mardi 25 mars 2014

ici ou là, tu sais, ça ne change rien

Moonshine Blues by Bob Dylan on Grooveshark

Aujourd'hui, il pleuvait à verse dans le soleil et j'ai sangloté le long du mur de la cuisine. J'ai pleuré mes amis éparpillés aux quatre coins du monde (et peut-être plus), j'ai pleuré une vie d'étudiante dans le Paris de mes vingt ans, et puis aussi les mains de T. sur mon corps impatient dans la chambre jaune de mon premier amour, j'ai pleuré une vie de libertés dont je ne savais jouir et la conscience aigüe, désormais, d'un temps à soi si précieux - quand je n'en ai plus guère. J'aurais voulu que Clowie soit assise auprès de moi et qu'il y ait du thé brûlant à partager.
Les larmes s'accrochaient à mes ciels avant de rouler sur les joues rougies et de tomber en faisant floc-et-floc sur mes mains ouvertes. Mes épaules tressaillaient sans que je puisse endiguer le flot alors j'ai laissé place au chagrin, jusqu'à n'avoir plus de souffle. Quand enfin mon corps a eu cessé de trembler, j'ai ouvert la fenêtre pour faire entrer le vent et il y avait, très loin et un peu caché par un grand immeuble blanc, un arc-en-ciel.

Vous savez ?, j'aime ce tryptique de mes vingt ans, le doute et le rire mêlés.

jeudi 20 mars 2014

jusqu'au point du jour

9th Ode to Joy - Beethoven by Beethoven on Grooveshark



Je voudrais me souvenir toujours de ces heures de printemps bafouillant, de thés sur le balcon, les pieds battant la mesure d'un menuet, du générique de La marche de l'Histoire, je voudrais me souvenir toujours des soirs d'après-crèche où l'on prend encore le temps, Camille et moi de pâtisser pour anticiper un petit déjeuner de cookies frais, de courir à la bibliothèque main dans la main - et le rire du documentaliste derrière ses petites lunettes carrées quand je lui demande On a bien dix minutes pour bouquiner, dites ? en pianotant fébrilement sur le comptoir et qu'il me répond Oh, même un gros quart d'heure ! avec un clin d’œil pour mon enfant aux yeux bleus qui a déjà ôté sa veste, préparé sa petite pile de livres favoris et s'impatiente derrière moi ; je voudrais me souvenir toujours de ces grands canapés qui appellent à la contemplation dans le squatt tout nouvellement installé au bout de ma rue et du potager communautaire des Pavillons Sauvages, de l'appel impromptu de N. et de la colère qui s'en est allée sur la pointe des pieds, je voudrais me souvenir des dîners chez mes amis d'il y a longtemps où l'on évoque nos souvenirs et nos projets ; je voudrais me souvenir des matins avec Blanche dans ces endroits où s'égarent mes pas, des ateliers de couture dans des maisonnettes à briques roses surmontées de drapeaux multicolores, des jardins incroyables, de la bulle rose le mardi et du marché le jeudi ; je voudrais me souvenir toujours de nos siestes enlacées, de son visage barbouillé de lait quand elle décroche ses lèvres parfaitement ourlées de mon sein vidé et qu'elle gémit de bonheur, de mes réveils à l'heure de Là bas si j'y suis, quitter la chambre bleue sur la pointe des pieds pour ne point réveiller la chérie endormie et me blottir sur le sofa, emmitouflée dans un plaid moelleux, un thé brûlant dans les mains ; je voudrais me souvenir toujours du regard de V. sur ses enfants, nos enfants, de ses mains sur mes hanches et des instants volés du mercredi matin, de sa façon si douce de me faire l'amour quand mon corps se dérobe, de nos discussions sans fin, de nos couchers tardifs ; je voudrais me souvenirs toujours combien j'aime partager avec lui, une pièce de théâtre, une lecture à voix haute, un ballet ou une expo, quel partenaire idéal de découverte il est et comme c'est doux ces débats enflammés qui nous emmènent là où on ne s'y attend jamais ; je voudrais me souvenir toujours de ses pas au rythme des miens lorsque nous dansons, et des sourires de Camille & Blanche, alors ; je voudrais me souvenir toujours de l'eau chlorée de la piscine, l'odeur de nos samedis matins, chocolatine et chlore, des promenades de nos dimanches, des chatouilles dans le grand lit de la chambre bleue, de jeux sur le parquet de la chambre verte, de tous nos pieds nus sur le carrelage froid de la cuisine et des coups de coude dans la douche ne prends pas mon eau chaude, hé ! ; je voudrais me souvenir toujours des premiers mois qui construisent la relation de Blanche et de Camille, des gazouillis adorables que la belle réserve à son frère et du soin qu'il porte à chaque chose qui la concerne : lorsqu'il lui raconte sa journée, qu'il embrasse une joue, un bras, une jambe potelés, lorsqu'il veut changer sa couche, la vêtir et qu'il hume - comme je le fais - dans son cou l'odeur encore présente de nouvelle-née ; je voudrais me souvenir toujours de ces rêves, sentir de nouveau la corde dure d'un violoncelle contre la pulpe de mon doigt, m'éveiller nue contre lui au soleil d'un matin qui s'éternise, boire des tas de cafés délicieux dans la merveilleuse petite librairie de la rue Gambetta sans compter le temps, partager une bière ambrée avec Baptiste, Étienne, Cécile & Laure, l'un après l'autre et aussi tous ensemble, rire de notre petite mère qui se laisse aller au sommeil, bercée de bien-être par les éclats de joie de ses cinq enfants qui jouent au Times Up jusqu'au milieu de la nuit, réinventant chaque fois ce qu'est notre incroyable fratrie ; surtout, surtout je voudrais me souvenir toujours de ces heures tendres de mars deux-mille-quatorze, me souvenir toujours de l'élan, de l'amour aux tempes, aux bras, au ventre, au cœur lorsque je les observe être heureux, tous ceux qui me sont chers - et ils le font si bien, si vous saviez...

vendredi 14 mars 2014

Elle a mis une carte d'amour / Dans le lit / Avec le petit oreiller

Minuet In G Major - Bach by Bach on Grooveshark



V. avait du savon plein les mains, ses coudes s'enfonçaient dans la mousse et j'observais ses épaules, sa nuque, les petits cheveux hérissés. J'ai glissé mon ventre contre son dos, mes bras-sa taille enlacés, et posé mes mains de chaque côté de son nombril. Dans un souffle, j'ai baisé la nuque offerte. Depuis sa chaise haute, Blanche n'en pouvait plus de sourire et de sourire encore face au tableau de ses parents riant d'amour ; 

mercredi 26 février 2014

Transportant les rêves qu'elle n'avait jamais eus vers un soleil qu'elle n'aurait jamais cru

Des pays by Mano Solo on Grooveshark

Rêve général

Vingt-trois-heure-cinquante-trois, je casse de grands morceaux de chocolat dans un bol de grès bleu, je bats un œuf, j'ajoute la purée de noisettes ; minuit-quatorze, deux pots de mousse stockés au frais, demain il faudra faire cuire des meringues, monter le tout, saupoudrer, décorer, s'amuser. Demain, les becs sucrés de la maison seront ravis de leur dessert, j'imagine déjà le museau de Camille constellé de gourmandises et lui me dire, comme je l'embrasserais en riant, oh maman, j'ai des moustaches de baisers ;

Dans ma ville comme dans tant d'autres, les élections approchent, et cette fébrilité ambiante, et les questions aux candidats organisées par tout un tas de chouettes associations. Ce seront des dimanches de fête puisqu'on pourra se permettre d'espérer ; Camille se faufilera derrière le rideau et je lui permettrais de glisser le fameux bulletin dans l'enveloppe bleue. Sur le retour, nous achèterons des fleurs, pour embaumer la maison, embellir notre journée, des fleurs pour un lendemain qui chante. En attendant mars, la polémique sur la parité dans la liste des Verts enflamme toutes les lèvres ; et je suis peinée par ce souci du détail un peu sordide et tout l'étalage qu'il en est fait dans les médias quand ce qui devrait compter, c'est que quelqu'un ait été entendu et respecté pour ce qu'il est.

Sur mon calepin, je note au crayon les dates des rencontres EELV, les réunions du planning familial, de la commission genre d'Attac ; je note au crayon les conférences et puis les rencontres planifiées dans la petite librairie où j'aime tant aller boire un thé, je note les assemblées générales des assos vélo et les cycles de cours sur le cinéma organisés par l'université populaire ; jeudi-vingt-sept-février, Serge Halimi viendra parler du monde, dans quel monde voulons-nous vivre ? au théâtre Sorano, je me répète chaque matin pour ne pas oublier ; je note et puis aussi, je griffonne sur les pages les titres de tous les livres qui attendent d'être feuilletés et de ce film qu'Etienne nous a offert à Noël et que nous n'avons pas eu le temps de voir encore, je note les horaires des séances babyfriendly à l'Utopia, je note les spectacles de théâtre pour les trois-ans, je note, je note, je note ; je voudrais être partout.

Je voudrais être partout et finalement, il me semble me trouver nulle part, peut-être est-ce trop tôt, peut-être est-ce encore le temps où les choses bouillonnent et trépignent avant de trouver leur place ? je passe de nombreux coups de fil, j'envoie des mails, je griffonne des idées, je m'impatiente ; puis soudain, la vie-ralentie me rappelle à elle et au milieu d'une phrase, je m'endors lovée contre Blanche, dans un sommeil aux relents de lait et aux rêves confus, ma peau contre sa peau, mon sein lacté offert à ses lèvres charnues et la rondeur de ses joues que je me retiens de croquer, oh comme je suis amoureuse de cette enfant aux cheveux d'or et comme je pourrais la dévorer dans la chaleur de nos siestes de midi ;
et l'attente redevient supportable ;

Mardi soir, nous chantons un petit Shalala en souvenir d'une bille qui avait roulé du Sacré-Cœur jusqu'à Bastille ; mardi soir, je me dis que mon heure viendra, qu'elle sait se faire attendre ; mardi soir, comment ne pas frémir et me dire qu'un soir dans le vent, je rejoindrais les partisans de ceux qui ont de l'amour pour la vie ; qu'un soir dans le vent, il suffira d'un instant pour comprendre la force d'être unis ; alors, je vais embrasser mes enfants, je fourre mon nez dans leurs tignasses, je m'enivre de leurs odeurs de bébés et je me demande si je leur transmettrais cette fougue, ce qu'ils garderont de nos convictions, des heures passées à débattre autour de la table basse ; ce qu'ils garderont des manifestations, des slogans scandés ; de ces soirs où nous les berçons de chants révolutionnaires ; je me demande ce qu'ils garderont du fruit de nos luttes, et des luttes de leurs grands-parents, et des générations précédentes - le droit d'être qui ils veulent, de s'affirmer comme tel, le droit de s'exprimer, le droit d'être éduqués, le droit de lire ce qui leur plaît et ce qui leur déplaît aussi, le droit d'être d'accord et de ne pas l'être, le droit de le dire, le droit d'épouser qui ils le souhaitent, le droit de disposer de leurs corps - je me demande quel monde sera le leur et ce qu'ils auront envie d'en faire ;

(to be continued, parce que la vie, vous savez...)

dimanche 23 février 2014

Et puis à force de trop s’aimer, on laisse une trace de notre partage

Track 7 by Lambarena-Bach to Africa on Grooveshark


Un soir, le téléphone de Vivien fait bilibip bilibip et comme ça, au milieu du quotidien, nous apprenons qu'une enfant est née, une petite fille délicieusement prénommée et qui a choisi de voir le jour un dix-sept, tout comme Blanche. Voilà que six mois ont passé depuis cette nuit au pied de Fourvière ; une nuit chaude et moite, je portais mon ventre rond très en avant, Blanche était encore l'Enfant blottie là-derrière, et comme un rien, le secret avait fusé sous le ciel noir, au printemps, nous serons parents nous aussi... Mercredi soir, vingt-deux-heure-huit, dans notre salon endormi, il y a le silence des émotions. Désormais, dans ce petit groupe là, nous ne sommes plus les seuls à être parents, désormais ils seront trois à envahir l'espace de leurs rires et de leurs jeux ; désormais ils seront trois à entremêler leurs enfances.

Samedi, treize-heure-douze. Le soleil brille par la verrière et fait danser sur les pompons de jolis éclats d'or ; les enfants dorment dans une maison silencieuse,  la voix de Vivien convoque les personnages et les lieux de son enfance. Les yeux mi-clos, baignée de lumière, je me laisse bercer par ses histoires, m'envole en d'autres temps où mon bel amour a vogué sans moi, est-ce seulement possible ? et que je ne peux qu'imaginer.

Dans notre immeuble aux murs de carton, nous entendons la vie battre son plein ; chacun a ses petites habitudes, Monsieur et Madame A. au rez-de-chaussée font leurs emplettes quotidiennes et rentrent à onze heure avec une baguette et un bouquet de fleurs, Madame N. mitonne des soupes odorantes, Lola et son amoureux rentrent déjeuner avant de repartir, vitevite, en cours ; j'aime la vie rythmée de ce tout petit immeuble au milieu des maisons roses, les existences discrètes et uniques des huit familles qui le composent, les rendez-vous silencieux, les attentions délicates et les petites douceurs qui se glissent de porte en porte.

Du deuxième étage, la vue plonge sur un méli-mélo de toits enchevêtrés ; ça me fait penser à des chansons de ramoneurs et d'enfants qui s'envolent de rire, ça me fait penser à Olivier qui possédait une clé universelle et combien de fois avons-nous vu le soleil se coucher depuis les toits montpelliérains, et combien de fois, la tête sous les étoiles, isolés du monde ?

Dans le soleil de midi, Vivien et moi plions le linge en prenant soin de l'étiiiiirer pour qu'il se gorge de cette lumière, de la douceur de cette atmosphère en suspension. L'attente du premier cri d'enfant, un arrreuuuh ou un Marrrie-Vuyiiien, je suis réveilléééé, mais avant avant, il y a le temps incertain, le temps éphémère et improbable. Nous tiiiiiirons le linge et chaque fois que nos mains se rejoignent dans les plis du tissu, chaque fois que nos corps se rapprochent, nos bouches se volent de goulus baisers et je frotte mon front contre sa joue barbue ;

Un autre jour, Camille nous danse le courant d'air et ses mèches blondes se soulèvent à chaque saut de cabri ; un autre jour, je danse nue sur la Marmaille nue en oubliant les fenêtres ouvertes, il fait si beau si beau ; un autre jour, ma copine Pergamina me dit qu'il y a du mimosa place Sainte Anne ; un autre jour, ma copine Louve cuisine des crêpes à la fleur d'oranger ; un autre jour, je conduis la nouvelle voiture, je cale six fois, SIX FOIS mais ça me fait rire, cette maladresse de débutante ; un autre jour, il y a du vent, de l'herbe, un grand lac sur lequel miroitent les bulles que soufflent mes amours et sur le chemin du retour, l'impression que le vent a lissé mon visage et comme les enfants, je m'endors tandis que V. nous conduit à la maison dans la lumière déclinante de fin de journée ; un autre jour, une fille qui porte le même prénom que moi m'annonce qu'elle va se marier avec son amoureuse, dans quelques mois ; un autre jour, je bidouille la recette ma copine C. pour fabriquer avec Camille des cookies à la noisette* vegan qui fondent entre les lèvres ;

Au coin de ma rue, un vieux local retrouve vie sous les mains habiles d'hommes et de femmes aux vêtements colorés. Le jeudi la vélorution y établit ses quartiers et les autres jours, on y boit du thé à la menthe, du café et on y croque de petits gâteaux. Il y aura peut-être des ateliers, et puis des contes aussi ; on y porte du bois, de vieux meubles et des tissus indiens, on y porte le cœur en bandoulière ; On ne sait trop à qui il appartenait, ce local désaffecté, mais ils en font un endroit chouette où des mains aux couleurs multiples œuvrent ensemble ; Voilà, ce qu'on trouve en transparence, au coin de ma rue ; La musique des lendemains...

* dans un saladier, mélanger cent-vingt grammes de farine, soixante grammes de cassonade et une demi cuillère à café de bicarbonate ; dans un autre récipient, il faut trois grosses cuillères à soupe de purée de noisettes (ou d'amandes blanches pour un goût neutre) et une banane écrasée, auxquels on peut ajouter du miel ou du sirop d'érable. Lier le contenu des deux saladiers, bien mélanger, ajouter la garniture (nous sommes fidèles aux traditionnelles pépites de chocolat !). Sur un papier cuisson, former de petites boules et les écraser légèrement. Cuire une quinzaine de minutes dans un four préchauffé à 180°,  dégustez tièdes. Enjoy !

mardi 18 février 2014

Mais les bombes ne peuvent rien / Là où il y a plus de cœur qu'il n'en faut

(Rum bala rum bala rum ba la)

¡Ay Carmela! by Club Artístico Libertad on Grooveshark



Un jour, je retrouve le chemin de cette rue pavée, la magnifique porte de bois et le code gravé dans ma mémoire, le petit escalier au fond de la cour. Derrière la porte, il y a le sourire de D., de grands rideaux rouges et les petits tapis disposés sur le sol. Je retrouve des visages familiers, j’apprends de nouveaux prénoms. Ici, rien ne semble avoir changé et pourtant, tout est différent. J'enfile un body, Blanche dort dans les bras de D. et enfin, je peux redécouvrir ce corps, changé par les grossesses, meurtri. Je m'applique à réaliser chaque exercice avec soin et songe que bientôt, je pourrais reprendre mes heures de nage, seule avec mes pensées et le tranchant vif de mon bras dans l'eau chlorée ; alors la souplesse reviendra, peut-être. Lors du temps de relaxe, je visualise une grande lumière, un éclat éblouissant, un soleil chaud, des peaux nues, des yeux clos et je porte cette belle vision sur ma journée, sur ma semaine, sur ma vie. 

Une autre fois, je pénètre avec Vivien dans une grande salle ; il y a des personnes assises partout, sur des chaises, dans des fauteuils moelleux, enfoncés dans de grands canapés mais aussi une demi-fesse posée sur une table ou un meuble quelconque et les derniers par terre. A son tour, chacun parle et raconte un rêve, un projet, une valeur à défendre. Ce soir là, il y a des enseignants, des comédiens, des éducateurs, des coachs de vie, il y a des agriculteurs, des poètes, des chômeurs et des médecins, il y a de doux rêveurs et de grands idéalistes, ce soir là, il y a une jeune femme qui vit sans argent depuis cinq ans, il y a un agent immobilier qui propose un grand château où chacun pourrait vivre et travailler, où le potager serait commun, dans la terre toutes les mains sont soumises au même froid et à la même volupté. Ce soir là, je me prend à rêver un monde différent, un monde où chacun fait sa part. Ce soir là, nous sommes venus avec de la timidité et un cake-pesto-pignons, nous sommes repartis avec dans les poches un saucisson fait-maison, quelques numéros de téléphone et au coeur, une joie électrique.

Camille réalise un petit film, il se promène caméra au poing et m'affirme qu'il fait le film de Blansse, ajoute ça va poulette, dans l'écran ? ; consciencieusement, il nomme ici la table, ici le ciel, voilà le dîner et là mes zouets. Et Blansse aussi ; le petit film restera et dans quelques années, ce sera un joli instantané de cette vie-là, de cette année des deux-ans, Maman, mais après z'aurait trois ans et un gâteau mach'mag'gouine, des premières semaines de Blanche et de leur rencontre, à tous deux, leur rencontre au Long-Court, quelle relation créent-ils, quelles relations vont-ils créer ? Que leur restera-t-il de ces premiers moments d'enfance commune, furtifs et déterminants ?

Sur une feuille, je note des idées et des mots-clés, j'ai renoncé à l'université pour cette année [mais ne le répétez pas trop fort, je ne suis pas sûre de me l'avouer encore], il y a trop à vivre pour m'enfermer, j'espère que septembre sera un mois plus clément pour ce renouveau étudiant, j'ai envie de croire que oui-oui-oui ; pourtant, je prend des rendez-vous et j'aime ce temps d'avant, ce temps de définition et de projection, pas assez pour oublier l'instant présent, suffisamment pour ressentir en mon ventre ce doux sentiment qui me donne envie de piétiner et de chanter ; demain sera beau, ohoui, OHOUI. Sur une feuille, je note la vie de plus tard et je la laisse décanter, espérant qu'elle me raconte des choses. 

Justement à la sortie de la crèche, il y a Héloïse et sa maman. La maman d'Héloïse évolue dans les mêmes sphères et ce sont les mêmes noms qui reviennent ; ça me plait cette boucle-qui-boucle, cette idée que tout ça fait sens. Toutes deux sont arrivées ici peu après nous et je sens comme ça a été dur pour elles de faire leur petit espace dans cette grande ville qui bouge fort, parfois trop fort. Pourtant la maman d'Héloïse a le visage qui pétille et la jupe qui danse lorsqu'elles partent toutes deux sur le grand vélo rose, en nous faisant des signes de la main à demain, à demain ; il me semble qu'elle l'a gagnée, cette ville si exigeante et qu'elle le sait.

Janvier a été doux et immobile, janvier a été contemplatif, il me semble que février tremble imperceptiblement, il annonce le printemps, nous le frôlons sans le sentir vraiment, février est fait de petites douceurs, une pluie légère aussi légère qu'un vêtement de soie qui glisse le long d'un dos ; et dans le même temps, un soleil éblouissant, de grands arc-en-ciels, des projets qui s'esquissent, un voyage en Italie pour mes vingt-cinq-ans(et quelques), quelques jours à Bilbao, de grandes promenades dans la pinède de mon enfance, quelques concerts, quinze jours de folie de Toulouse à Bruxelles et ce mariage, ce mariage ! et puis, comme chaque février, l'anniversaire de Clowie en demi-teinte puisque nous sommes si loin, un petit paquet à préparer et à garnir de tendresses ; les questions existentielles d'Ivan, qui bousculent les miennes, qui bousculent celles de Clowie et quel drôle d'âge entre vingt-cinq et trente, chahutés par la vie qui ralentit un peu pour mieux nous pousser dans le dos.

Aujourd'hui, un petit message de ma copine d'il y a longtemps clignotait sur mon téléphone, qui proposait notre dîner hebdomadaire pour ce soir et ça tombe bien, il y a de la tarte aux pommes.

lundi 10 février 2014

Why do birds suddenly appears everytime you are near

Monochrome by Yann Tiersen on Grooveshark


Il me dit ça va ma chérie ? il ajoute et toi Blanche, ça va ? avec le petit sosotement qui me rappelle comme il est minus, encore, mon garçon. Alors je dis oui, ça va, ça va mon tout beau et je n'ajoute pas que je me pose tant de questions et que ma vie semble comme en suspens, je n'ajoute pas que je suis parfois si fatiguée que je voudrais avoir vingt ans, quand je ne savais pas toutes les cartes que j'avais en main et cette folie douce à portée de vie, quand j'ignorais que je tenais le monde dans mon poing serré, je voudrais avoir vingt ans encore et faire l'amour avec tous ces garçons charmants, boire des bières et rire à gorge déployée ; je n'ajoute pas que je me sens parfois si seule avec mes angoisses ankylosantes.
Un soir, des amis que je connais depuis longtemps franchissent le pas de ma porte, s'installent un peu partout dans ma maison, trois mômes courent en tout sens, main dans la main et la petite dernière dort sereinement dans tout un tas de bras. Le monde peut bien s'arrêter de tourner puisque Blanche fait pétiller les visages de mes amis émus. Un soir, ma copine C. me rappelle qu'elle aussi (.) et mes doutes trouvent un écho dans son parcours ; je nous revois à dix-sept ans, comment imaginer, alors, que nous nous retrouverions dans la ville rose, face à ce qui nous semble des échecs mais qui, peut-être, sont en réalité des richesses ? Quand je vois ma fille dans ses bras, j'ai envie de rire et de pleurer tant ça me semble évident, et doux. Dans le salon, ça parle revenu de base, crème Budwig, manipulation médiatique tandis que la crépière tourne à plein régime ; dans la chambre de Camille, deux petites filles ont pris possession des jouets et mon bel enfant les regarde, éperdu d'admiration. Il répète je veux donner la main à celui-là et N. à peine plus âgée le prend dans ses bras, le soulève, le couvre de baisers ; alors il rougit de bonheur et je pouffe cachée derrière mes doigts. Très loin d'ici, au milieu des montagnes suisses, il y a mon ami Ivan, et comment ne pas repenser à cet appel un peu désespéré, après deux ans de silence Je viens de le quitter j'avais murmuré, des larmes dans la voix, donne moi ton adresse et ne bouge pas, j'arrive. Dans sa toute petite voiture qui roulait beaucoup trop vite, il me disait des mots de la vie, des mots qui me donnaient une envie furieuse de mordre et de crier, de me jeter à corps perdu dans l'amour et bon sang, comme j'avais fais l'amour cet été là, et avec quelle fougue je jouissais dans tous ces bras tendres !, la petite bagnole s'était arrêtée à P. et cette fois-ci, c'est aussi des crêpes qu'ils m'avaient préparé à l'improviste. Un dimanche soir, la petite voix de Camille me demande ça va, ma chérie ? ; il ajoute et toi Blanche, ça va ?, d'un geste enlace la tête minuscule de sa soeur Et toi, mon petit papa poulet, ça va ? Je dis oui ça va, ça va bien même et je n'ajoute rien parce qu'en fait, oui, ça va, ça va bien même.

vendredi 7 février 2014

Entre la chance et le puits, tu reviens et c'est fini

Clarao do Lua by Nazare Pereira on Grooveshark



// Je crois que je suis en train de me perdre / Rha, ces études qui n'en finissent pas et qui prennent toute la place, ces projets qui se ramifient, qui m'éloignent toujours un peu plus de mes objectifs initiaux, me poussent à réinventer  ; il y a ces métiers fantasmés, les lignes qui s'empilent sur mon curriculum comme autant de vies passées ; j'aimerais qu'on me dise où je vais, bon sang, et pour quoi je suis faite ! j'aimerais trouver un sens à toutes ces petites choses que je découvre et que je sais, et qui s'entassent dans ma tête sans cohésion / ailleurs, il y a ces amitiés douloureuses, reléguées au passé comme si elles n'avaient existé que dans mes petits carnets reliés. Quels sont ces gens et que racontent leurs histoires, nos histoires ? je suis lasse de briser les jolies choses, je suis lasse de faire table rase  au moindre obstacle, comme pour mieux recommencer, et découvrir alors que finalement, tout est toujours nuancé ; la seule chose qui a changé, peut-être, c'est que je suis un peu plus abîmée chaque fois ; pourtant, il y a aussi ceux qui s'accrochent et qui préparent pour moi, pour nous des plats locaux dans de grandes marmites, des plats mitonnés, les haricots cueillis chez la grand-mère et les bocaux préparés avec soin chaque année, ceux qui envoient des cartes postales du bout du monde, des contes récités qui viennent rejoindre les dossiers faire découvrir à Camille de ma boîte à messages, ceux qui téléphonent pour les petites nouvelles hebdomadaires et parfois plus, ceux qui appellent au coeur du concert et c'est comme si nous étions là, à leurs côtés, dans l'euphorie de ces mélodies que nous scandons à des kilomètres de là, dans la lumière vacillante de notre appartement-tard-le-soir ; il y a ceux qui me rappellent pourquoi j'aime et combien je donnais, moi aussi, autrefois / aussi, ces femmes autour de moi et qui rayonnent d'une aura merveilleuse ; serais-je jamais la femme aux mains délicates que fut ma grand-mère, aurais-je jamais sa plume tendre et ciselée, serais-je la mère organisée et inventive qu'est encore la mienne, serais-je l'écrivain, la comédienne, l'amoureuse, serais-je la vie, qui se souviendra de moi, un jour, dites, comme je me souviens d'elles ? / les doutes, le vent d'autan, l'hiver cruel. Pourtant, j'ai envie de croire qu'il y aura [des matins chantants, des petits matins aux cheveux ébouriffés et aux yeux reflétant l'amour, des doigt entrelacés, des lèvres humides au coin desquelles, discret, le rire][le corps de mes enfants contre mon flanc, à mon sein][les doigts brûlés par les cordes de l'instrument que j'aurais frottées][des bougies qui s'éteignent dans un nuage de fumée d'avoir trop brûlé] existeront-ils, dites, ces instants ? aurons-nous encore droit aux gâteaux ratés et aux fou-rires qui leur font écho, à la musique partagée, aux petits bals où des bras inconnus vous font tourbillonner et rire, oh rire, avant de vous offrir à d'autres bras, et d'autres encore, jusqu'à ce que la tête vous tourne et qu'il faille, une main sur le coeur, vous asseoir un instant ? Oh fougue, Oh souffle, reprenez-moi en votre sein et laissez-moi croire que je peux jouir encore de la vie / je ne sais plus qui je suis, je ne sais plus où je vais, je ne sais plus ce qui a du sens et comment lever cette tristesse insondable qui prend tant de place dans mes pensées ; je veux garder le nez collé dans la nuque de ma toute petite fille, m'emplir de ce corps moelleux, m'enivrer de sa tendre odeur de bébé tout juste né, je veux garder les mains brûlantes de mon garçon encore si petit posées sur mon visage, je veux l'entendre murmurer tout contre mon oreille ma Marie chérie et chuchoter contre la sienne les mots d'amour que j'invente pour lui, je veux la présence réconfortante de Vivien toujours près de moi et son corps qui sait si bien répondre au mien / je veux me blottir dans ce doux cocon et y rester jusqu'à ce la vie m'oublie / le monde m'attire terriblement et me terrorise dans le même temps / je crois que je suis en train de me trouver //

[Et vous, vous avez connu cette sensation d'être perdus dans l'immensité ? 
J'ai envie de croire qu'on peut s'en défaire, dites moi que oui]

vendredi 31 janvier 2014

It's your day

It's Your Day by Yiruma on Grooveshark



Il faisait grand beau, ce matin là et j'avais dormi tard. La veille au soir, Vivien et moi retrouvions le chemin de nos corps endormis, presqu'à tâtons, la redécouverte de l'autre dans le silence de la nuit, les je t'aime et les j'ai peur murmurés au creux d'une oreille qui recevait comme un secret les tendres messages ; de ses mains oh combien douces de magicien, il a fait naître au creux de mon ventre un fougueux espoir et les reins cambrés, le corps offert, j'ai ri comme il y avait longtemps que je n'avais plus ri, un rire un peu fou, le rire d'un bonheur inespéré, le rire d'une vie un peu bosselée, d'une vie emplie de cahots et de drôles de routes, une vie qui fait sens dans cet instant de grâce-là ; il faisait grand beau, je lisais sur le fauteuil tandis que Blanche dormait dans le couffin d'osier. Les yeux mi-clos, je savourais. Dans quelques heures, Vivien viendrait déjeuner et nous mangerions sur le pouce, ou peut-être ne mangerions-nous pas, il y avait tant à se dire, tant à se toucher, tant à se dévorer des yeux ; mais tout cela serait plus tard, plus tard - il était encore temps de jouir de ce silence, de ces quelques lignes de roman, de chantonner dans une jatte, dans une jatte plate et de sourire un peu benoîtement ; il faisait grand beau ce matin là, mais lorsque le soir venu, je suis descendue dans ma toutetoute petite rue, la pluie battait le pavé. Blanche blottie contre mon ventre, une main sur son dos, l'autre tenant au dessus de mes nattes un journal, j'ai couru, espérant passer entre les gouttes. Un instant, j'ai cessé ma course folle et levant les yeux au ciel, j'ai soupiré. Quel drôle d'hiver que celui où ma fille avait choisi de naître, toute cette pluie et toutes ces questions, ces amitiés qui se forment et celles-ci qui se redécouvrent ; Je pensais qu'il me faudrait organiser une grande soirée avec nos amis, une soirée pour jouer. Saurais-je encore les règles du tarot ? si nous étions assez nombreux, nous pourrions même faire une belle partie de loups-garous. Oh, et si Etienne et mes soeurs pouvaient faire un saut de puce et être des nôtres, ce serait formidable ! Dans ma tête, je pensais, appeler C. et son amoureux, et puis L., aussi, et peut-être ma sage-femme, oserais-je dépasser le lien formel qui nous unit ? Nous avons retrouvé Camille à la crèche, la pluie avait cessé. Il répétait je n'ai pas mes bottes pour sauter dans les flaques mais sa petite main dans la mienne tirait fortfortfort en direction de l'eau attirante et très vite, il était trempé jusqu'aux chevilles. Il voulait prendre la passerelle et nous montions les escaliers pour voir d'en haut le canal et les canards, et puis il voulait prendre le métro. Je pestais intérieurement en me disant que nous irions plus vite à pieds mais il y avait tant de joie sur son visage poupin que tant pis, même pour une station, nous prendrions le métro. Arrivés sur la place du marché aux cochons, la bibliothèque nous faisait de l'oeil. Il faisait grand beau, ce matin là, mais à dix-huit heures, le soleil était couché et deux enfants m'écoutaient religieusement lire les histoires choisies par C., encore et encore, jusqu'à ce que deux coups contre la vitre nous extirpent des univers dans lesquels nous nous étions enfuis et que nous tournions la tête vers le visage souriant de V. Ce soir là, pour faire durer encore la belle journée, il y avait de la grenadine à table et je léchais mon doigt plein de sucre, il y avait du poulet pané et un petit garçon qui embrassait une minuscule petite fille avec tant de conviction que s'il n'y avait plus de soleil dehors, il faisait grand beau dans mon coeur. 

lundi 13 janvier 2014

On dirait que l'on soufflerait sur les braises



Se voir, se revoir, se découvrir et se jeter l'un sur l'autre, avec fougue, avec passion. Croiser nos corps, se toucher, s'embrasser et les doigts qui s'emmêlent, les cheveux qui se mélangent, et les reins qui se creusent et la vague de plaisir qui monte, qui monte. A deux corps nus sur le carrelage froid, le vif du désir, il était une fois l'orgasme et lui et moi et lui et moi, jouir fort et crier, encore encore encore jusqu'à ce que le feu me brûle le ventre et que je ne puisse que m'affaisser, pantelante, des nœuds dans les cheveux et le corps en vrac, mes doigts encore fermement accrochés aux siens, ma bouche humide et le regard vague, toute pleine de cette intensité partagée, retrouvée, de cette intimité ébouriffante... reprendre nos esprits et le cours de nos vies, un instant oublié...

jeudi 2 janvier 2014

Mais oserais-je un jour chanter ce refrain là ?

New Slang by The Shins on Grooveshark

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Blanche est née au coeur d'une nuit d'hiver ; je me souviens d'une voiture sur le bas-côté et d'une lumière bleue qui pulsait par intermittence au loin, d'une fée intervenue à l'instant propice et qui, plus tard, nous porterait des fruits frais et un puits sans fond d'amour, je me souviens des battements de mon coeur et de cette sensation que je n'avais pas connue la première fois, de mettre mon enfant au monde ; son petit visage contre le mien, mes mots balbutiants contre ses yeux encore clos et sa bouche avide de nouvelle-née ; les yeux emplis de larmes de Vivien, ses lèvres contre mon front ; pouvais-je aimer plus encore ? il semblerait que oui. Blanche est née, le monde a tremblé.
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On dit que l'année sera faite de toutes ces choses auxquelles on s'affaire le premier jour d'an ; premier janvier deux-mille-quatorze, voilà des mois riches de promesses. De baisers en mots tendres, de cuisine qui mijote et de délicieux rochers à la coco, mitonnés par l'enfant chéri, de belles tétées, de lectures, de jeux et de rires ; de quelques tensions aussi et de quelques cris mais peut-on nier l'émotion, dites ? Ces radios que nous aimons pour bercer les moments partagés ; la peau de mon amoureux, chaude et vivante sous mes doigts, le tressaillement presque imperceptible de son corps quand j'y dépose un baiser ; le lit à pois rouges et blancs de Camille dans lequel je me suis réfugiée en ce matin de janvier et les jeux que notre enfant partage si volontiers ; dans son sommeil, Blanche émet de minuscules bruits qui nous font rire, les mains de Vivien glissent le long de mes jambes endolories,
Ô temps ! Suspends ton vol, et vous, heures propices suspendez votre cours : laissez-nous savourer les rapides délices des plus beaux de nos jours
et nous couler paresseusement dans ce courant de bonheur-là.
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Un autre matin, alors que nous avons crié au-revoir, au-revoir, revenez-nous vite ! depuis le balcon avec de petits mouchoirs blancs que nous agitons en riant, nous sommes stupéfaits par ce silence, soudain. Le grand appartement qui abrite pourtant nos quatre vies paraît bien vide. Quatre vies. Quatre. pour quelques minutes, la voix d'Etienne nous parvient et prend toute la place dans la pièce, comme s'il était là. Je crois qu'à ce moment nous avons tous fermé les yeux et imaginé son grand corps tout maigre, sa touffe de cheveux et sa bouille d'amour parmi nous. Ce matin-là, Camille choisit les petits vêtements de Blanche et regarde sur le macbook blanc des enfants qui décorent à la craie un grand Bonne Année ; il dit Encore les enfants qui dessinent, Maman, encore ! ; Plus tard, les garçons partent faire une petite course. Camille se promet de monter sur le grand vélo, et Vivien arbore cet air charmant et un peu décalé qui me plaît tant chez lui ; sa veste de velours vert bouteille, son casque de cycliste, ses tennis rouges et ses cheveux tout ébouriffés ; un drôle d'air dont je suis tombée amoureuse voilà des années et qui me séduit aujourd'hui encore et chaque jour aussi.
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Il y a tant de choses à penser, des listes à faire, des ne pas oublier à inscrire sur l'ardoise du réfrigérateur, des rendez-vous à noter dans l'agenda, oh oui, il y a tant de promesses dans cette année deux-mille-quatorze ; oh mais pour ces premiers jours d'an, je n'en ai pas envie. Pas encore. Je laisse filer le temps comme si nous en avions tellement à vivre que peu importe, finalement, aujourd'hui ou dans quelques jours... Les tâches attendront. Ces jours-ci, il n'y a que nous, lui et lui, et elle et moi, notre grand appartement douillet, des projets de crêpes au beurre, des matins à se blottir les uns contre les autres sous une grande couette bleue, des après-midi à lire des bandes-dessinées en écoutant Fip, des circuits de petit train à monter, de grandes tétées à partager, et un baiser à aller poser sur les lèvres de mon aimé.
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