mardi 8 octobre 2013

Vienne la nuit sonne l'heure ; les jours s'en vont je demeure

Por Una Cabeza by Carlos Gardel on Grooveshark


Parfois, quand je repense à cet autre temps, cette vie emplie de rituels, de petits mots, de grands débats, de conflits aussi parfois, cette vie où chaque geste s'inscrivait sur les lignes noires des journées répétées ; parfois quand je repense à cette époque où j'avais des collègues, où j'apprenais à gérer l'autorité [Oh, l'éternel problème des supérieurs hiérarchiques] ; les mille boulots qui m'ont vue grandir, conseilleuse de livres, vendeuse de rêves, porteuse de cartons - de fait - et exaspérée des poncifs, découvreuse de délicieux albums jeunesse et noteuse de prénoms drôles ; plus tard chargée de projet, recueilleuse d'informations, imagineuse de mondes plus justes où tout le monde pourrait avoir accès aux salles de cinéma, dessineuse de plans bancals, voleuse de clichés - de petites salles et de vieilles bobines ; enfin responsable d'action culturelle, maniganceuse d'activités, dénicheuse de solutions, composeuse de jolis projets, (re)lieuse d'humains ; parfois, donc, ça me pince au coeur, oh ! pas grand chose mais tout de même ; les journées à bûcher les cours à la maison avec pour seule compagnie l'enfant lovée en mon sein me semblent souvent longues ; le café est fade quand il n'est pas partagé et le rire se répète sans âme dans l'écho d'une pièce vide ;

Pourtant, nous avons déjà de tendres habitudes, l'enfant et moi. La sieste lors des après-de-midi, ma main qui quête au dessus de mon nombril et ses petits coups répétés ; la danse légère de son corps en moi, celle que j'aimais tant alors que j'attendais son frère et que je retrouve avec volupté, les yeux dans le vague, les mains en creux, le ventre qui pointe ; 

Hier, Vivien et moi avons jeté dans l'avenir quelques rêves, deux jours à Barcelone chez M., quelques heures sans enfant ; je crois que nous avons un peu désappris à être deux, tout emportés par le tourbillon fou de la vie à trois. J'aime cette idée de retrouver des gestes, des mots, des habitudes, des petites douceurs qui se sont figés dans un quotidien dont nous perdons le fil ; des vestiges ou peut-être un sillage, qui retrace l'histoire si banale et si exceptionnelle de ce que nous sommes depuis six ans. De l'individu au couple, du couple à la famille, nous avons fondu nos êtres dans cette réunion merveilleuse. Mais je ne veux pas oublier qu'avant d'être tous, nous sommes moi, nous sommes un, nous sommes deux ; si l'existence est plus douce ensemble, elle n'existe que parce que nous existons, nous, individuellement...

J'ai rêvé de toi, tu avais un bébé petite fille ; il existe un monde pas si lointain, et qui abonde de ces messages-là, ma si chère F., je repense souvent à nos fous-rire et à nos discussions, à nos engagements, à la façon dont nous nous construisions dans cette vie étrange de jeunes femmes, entre deux rives, alors que nous devions sans cesse trouver l'équilibre entre légèreté et sérieux ; comme elles me manquent, tes robes de coquette ; et puis tes longs cheveux noirs, nos soirées à refaire le monde, ton balcon exposé aux mille vents et sur lequel je fumais mes roulées, tassées sur un bout de table, tes récits de bouts du monde, ton drôle de petit appartement un peu burlesque et un peu sage - à ton image, tout compte fait - et nos séances de sport sans cesse reportées ;  les mojitos au Foxy et puis aussi, ce jour où nous avions passé des heures à empaqueter des présents d'anniversaire multicolores et tes yeux qui n'en pouvaient plus de s'écarquiller à chaque petit paquet déballé, le sourire mutin qui ne te lâchait pas, oh combien il y avait d'amour en ces instants là ! Aussi, les nuits passées à papoter, vêtues des t.shirts trop grands de V., toujours ta maman en transparence et ta drôle d'enfance ; Ah ! Comme tu m'as manqué cet été lorsque j'arpentais les rues de la Croix-Rousse sans toi et que j'imaginais ce rêve un peu fou que nous avions ébauché un jour de pluie, oh comme tu me manques chaque jour, oh comme ta façon d'appeler mon fils et de nous prendre en entier, moi et mes doutes, moi et mon mec, moi et mon môme, nous qui tranchons tant dans ton paysage de filles sérieuses, de carrières, de fêtes et de musique ; ton sourire, F., je crois que je l'ai éraflé et ça, et ça...

J'ai rêvé de toi, tu avais un bébé petite fille ; si seulement tu savais, ma toute belle, qu'en moi grandit un bébé petite fille et qu'il est question qu'elle porte ton prénom ravissant.

Timidement, je pose les lettres de la maladie qui m'a tant et tant affectée l'an passé ; je les pose en minuscule, pour ne plus leur laisser trop de place d.é.p.r.e.s.s.i.o.n ; j'observe le chemin parcouru pour ne pas voir celui qui m'attend. Dans la rue, je me camoufle derrière la barrière rassurante de mon gros casque rouge ; je n'ose encore lever les yeux, je n'ose encore tout à fait respirer.


Merci merci pour les p'tits mots
que vous parsemez ici et là,
j'aime savoir mon cocon virtuel fleuri de vos pensées 


5 commentaires:

  1. Il est très très beau ton texte. Rempli d'humanité, d'amour, de bon sens et d'acceptation de l'autre. Il m'a beaucoup ému. Je ne sais pas quoi te dire alors juste, merci pour tes textes, et pleins de pensées affectueuses.

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  2. Félicitations pour cet heureux événement qui se profile!
    Droit devant, l'avenir semble présager un océan de bonheur pour toi et ta petite famille :)

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  3. J'aime te lire. Merci. Bo

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  4. Une petite fille.. :)
    Doux baisers, mille baisers à vous quatre et ce chemin devant et derrière, ce chemin toujours qui nous dessine <3

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