lundi 14 octobre 2013

Où l'on aperçoit les vagues qui nous roulent

Je Chante by Les Têtes Raides on Grooveshark





 Oh comme il faisait beau, cette après midi là ; j'avais disposé les coussins sur le balcon et je sirotais mon thé, les yeux mi-clos, offerte à la caresse du dernier soleil d'octobre ; il me semblait que si je ne savourais pas cet été indien-là, la vie m'échapperait et je me faisais un devoir de tendre encore et encore mon visage serein à la vie ; il y avait  les cris de jeux des enfants dans la cour de l'école toute proche, l'odeur de javel dans l'appartement voisin, où la grand-mère faisait son ménage en chantonnant ; le ronronnement des voitures m'était devenu familier et les heures avançaient sans que je cherche à les retenir, sans que je cherche à les comprendre ; savoir être dans l'instant, contemplative et m'emplir de douceur pour les journées chafouines.

Dans le coffre de la voiture - que j'ai désormais droit de conduire si V. à mes côtés me guide - des cartons emplis de petits vêtements attendent d'être montés à l'appartement ; des bodies de bébé comme autant de souvenirs de nos débuts dans la vie de jeunes parents. Il me paraît si loin, ce temps des nouveaux-nés, des nuits creuses, des fous-rires incongrus  ; ce temps où mon enfant prenait le lait à mon sein, sa petite main agrippée à la mienne comme pour dire que ce lien là est éternel ; dans le rétroviseur, un clin d’œil au bel amour qui s'exclame C'est maman qui conduit !

Avant, il y avait la maison de la Comtesse, les odeurs familières, les jouets retrouvés. Le beau soleil, le froid soleil de l'automne et les feuilles qui craquent sous nos pieds pressés d'aller saluer les poules ; la cheminée qui s'affaisse, la chambre framboise dans laquelle nous avons nos habitudes, les petits bouquets des fleurs éphémères. C'est ma mère qui les avait plantées, elles ne fleurissent que quelques semaines en automne, nous sommes venus au bon moment me confie M. dans un sourire, et je souris aussi puisqu'ici, je ne sais faire autrement. Camille confectionne de petits bouquets qu'on dispose dans des verres et la cuisine hume délicieusement le poulet aux oignons et le gâteau savoyard qui servira de base au Courchevel tant désiré.

A quelques heures de là, je conduis mes premiers kilomètres sous le regard ému de mon amoureux ; à quelques heures de là nous nous retrouvons dans une petite salle de Province pour écouter le spectacle formidable de ce groupe qui nous lie depuis nos premiers instants d'amoureux ; ce concert-là, nos mains moites qui se cherchent dans l'obscurité, le sourire de mon frangin sous la lampe qui va et vient, qui va et vient, de la scène au public et accompagne le rythme effréné d'un accordéon qui laisse dans nos cœurs la marque de la vie-qui-pulse ; V. rit D'une petite salle au fin fond des Yvelines à une autre petite salle au fin de l'Auvergne, on va tout de même les voir dans des endroits improbables

Un autre jour, la table était dressée dans le jardin de la Comtesse, l'enfant sommeillait dans le hamac et nous goûtions les dernières mûres de la saison... autour du café, ça parlait surface constructible, pari sur l'avenir, rentabilité, on-ne-sait-jamais-ce-qui-peut-arriver et si-vous-voulez-vendre ; déjà je n'étais plus là mais dix ans plus tard, vingt ans plus tard ; les mêmes visages plus affaissés, les cheveux blanchis, la marque du temps un peu plus installée, attablés autour d'un plat longtemps mijoté. Quelques bouilles nouvelles aussi, des frères et des sœurs à Camille, des cousins proches et lointains, les mêmes éternels jeux, les mêmes balades auxquels s'adonnaient V. et S. lorsqu'ils étaient enfants, perpétués par des générations d'enfants attachés à cette maison hors du temps.

Dans la nuit qui nous ramenait à Toulouse, alors que nous filions depuis longtemps sur l'autoroute silencieuse, je murmurais à mon amour, Je ne veux pas envisager cet endroit vendu, je crois bien que je ne peux plus vivre qu'en sachant cette maison ici, prête à nous recevoir à tout instant.

Et c'était vrai.


vous y êtes les bienvenus


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