vendredi 27 septembre 2013

Peuplée de lumière, et peuplée de fous

Mushaboom by Feist on Grooveshark




Ca débute les soirs, lorsque le souffle de notre enfant endormi emplit toute sa chambre d'un grand silence et que je retrouve les bras de Vivien, le creux de son cou où j'aime poser des baisers, sa peau toujours chaude ; ça se poursuit parfois en journée - lui au bureau et moi dans la petite pièce que j'ai aménagée pour travailler, ma petite pièce chaleureuse habitée de mille détails ; le plaid offert par P. & A, la petite boîte à musique qui joue The sound of silence ; les cartes postales du bout du monde, la machine à coudre, les affiches piquées lors de notre dernier passage à Avignon avec Zou et les garçons ; et puis la pile de cahiers dépareillés. Ceux de Fifi Mandirac, bien sûr mais aussi le livre d'amour de mes parents, que j'ai repêché dans la corbeille à papiers après que le divorce ait été prononcé et dont je ne me lasse pas de relire les poèmes, les espoirs, les promesses et tout à la fin, les trois pages déchirées du mystère ; il y a le carnet recyclé donné par la jolie L., et le tout petit, en cuir, déniché à Londres pour moi, par la maman de Vivien.

Alors, chacun sur nos sièges ou dans la moiteur de la nuit qui tombe, on imagine cette autre vie, cette vie de demain. On en dessine les contours, on hume les parfums, on suppose les contraintes aussi, on imagine un quotidien à mille miles des chemins citadins que nous parcourons aujourd'hui. Il y aura une grande maison, évidemment, sans doute en pierres mais peut-être en bois, et une baie vitrée par laquelle nous regarderons défiler les saisons ; il y aura un muret, un champ pour les pique-niques. Une table de bois dont on essuiera les miettes d'un revers de main, des nappes en dentelle ; un grenier fabuleux ; des chambres en enfilade peuplées de grands lits et une grange transformée en dortoir ; des lampions dans les fruitiers, un petit potager ; des amis, des amours de passage - toujours de la musique ; il y aura l'école à pieds, la boulangerie un peu plus loin, et il y aura, sans doute, les batailles malheureuses de la vie rurale.

Il me dit oh tu sais on la construit déjà cette vie là, et bien sûr qu'il a raison ; notre fournisseur d'énergie renouvelable et chaque mardi, les paniers de légume de F. & M. Les associations pour changer un peu le monde, à notre petite échelle, les réunions, les valeurs en lesquelles on croit, les jeux avec Camille, les journées où l'on file sur la route plus vite plus vite ! pour rejoindre cette maison de la Comtesse que l'on aime tant et près de laquelle nous viendrons, un jour, poser nos bagages. Il y a les dîners à P., les chatons dans les bras maladroits de Camille, les bêtes dans l'étable, l'odeur des plantes à respirer fort ; le boulot par dessus la tête qui fait à nos hôtes des regards fatigués, mais heureux. Alors, de ces soirs dans ses bras et de ces journées fuguées, on invente une évidence. Les mots deviennent faciles, les mots deviennent graciles et ils ne font qu'indiquer la direction d'un chemin qui mène vers nos rêves ;

lundi 23 septembre 2013

Quand la vie est une branche / Chaque jour est une feuille

And the Boys by Angus & Julia Stone on Grooveshark



// Le bruit des petits pas potelés sur le plancher ; l'oeil entrouvert, et son sourire plein de malice dans l'entrebâillement de la porte / l'assiette bleue, celle des fromages, déposée sur la table des petits déjeuners / La vie est belle en talisman ; les paillettes odorantes sur les poignets, derrière les oreilles, dans le creux des seins au petit matin / le café de treize heures, le carré de chocolat d'après-déjeuner / le pot de crème épaisse dans ce restaurant de bord de mer qui nous voit grandir, chaque fois un peu plus / la pile de livres sur la table de bois brut / les déjeuners où se mêlent si fort les conversations qu'il devient impossible d'en suivre une ; ces tablées immenses d'amis, de rosé, de frangins, de rires ; ces visages vieillissants qui jalonnent notre vie et qu'on retrouve toujours toujours à déjeuner chez maman / le portail de la maison de la Comtesse ; la vue sur la chaîne des Puys au loin ; la cheminée si vieille qu'elle menace de s'écrouler / le coeur qui bat devant la bibliothèque de Sorrel / la musique chez les S. / l'odeur dans la maison de M. / le dahl mitonné avec soin par N., dès que nous lui rendons visite / le Monde Diplo chaque mois au courrier / L'odeur de Camille, cette odeur si spéciale d'enfant que je hume dans sa nuque dès qu'il passe à ma portée, comme une mère-louve / Les grands arbres du parc qui battent le rythme de l'année et des saisons qui passent / les to-do-lists à n'en plus finir, et qu'on ne raye jamais / la main tendre de mon fils sur le bouton de la radio ; et un peu de Fip à chaque retour à la maison / les lundi-yoga ; les mardi soirs-jazz manouche ; les pancakes du dimanche devant les Aristochats / la main de neuf ans de Clowie dans ma main de neuf ans, comme première image du matin sur mon macbook / les quelques minutes sur le banc, au milieu de ce parc tant aimé, à méditer sur la journée à venir après avoir déposé Camille à la crèche / nos pieds nus sur le bois, et qui tourbillonnent aux premières notes de notre chanson /les tickets estampillés Pompidou qui s'entassent dans mes poches ; l'endroit précieux où mes pas me mènent à chaque escapade parisienne / le p'tit texto du lundi ; des pensées pétillantes à mes copines pour débuter la semaine / mon incapacité à dépasser les deux rangs du tricot posé sur mes aiguilles depuis deux ans / les jolis prénoms soigneusement consignés dans un petit carnet / l'enfant d'amour, le nez collé à la fenêtre et qui devise joyeusement de la vie qui file / les mains chaudes de Vivien sur mon corps, le soir, lorsque la nuit tombe et qu'il me semble, pour un instant, pour un instant seulement, que le monde nous appartient.


Je répond à la jolie idée de rendez-vous de Zaza of Mars
sur le thème des petites habitudes ;
quelques moments de douceurs récurrents


mercredi 18 septembre 2013

Au pays des matins calmes pas un bruit ne sourd

Minor Swing by Django Reinhardt on Grooveshark




***
Je suis sortie dans le silence de la nuit, il m'a fallu resserrer le foulard bariolé sur ma gorge ; il faisait froid, les sols brillaient encore de la pluie nocturne ; au coin de ma rue, la vie m'a frappé de plein fouet ; la lumière scintillait sur le trottoir hanté des pas de collégiens, la fumée du tabac, les barrettes dans les cheveux des filles et les rires un peu graves ; ils riaient dans les volutes bleues, la marque du sommeil pas tout à fait disparue de leurs visages poupins ; ces grands enfants, ces petits adultes, ces hybrides poussés encore pendant l'été, la peau tendre-le regard dur, les joues rèches des premières barbes, le trait noir au dessus de l'oeil ; mais suspendue à la fermeture éclair du sac, la fourrure douce d'un petit ours ;

***

Le dos droit, les mains à neuf-heures-quinze-ou-dix-heures-dix, je me laisse guider par sa voix. Ils sont combien à ces petites heures du matin, au volant de leurs bolides ; est-ce qu'ils écoutent Patrick Cohen ou Maxime Leforestier, à quoi pensent-ils pendant ces quelques heures volées à la course du quotidien, métro-boulot-dodo et les enfants par dessus bord ; est-ce qu'ils voient, comme moi, le soleil se lever sur les immeubles, la danse des mains contrariées sur les volants, la journée riche de possibles ; est-ce qu'ils pensent à leurs déjeuners, leurs rendez-vous, les premiers dossiers à traiter, les chaises à descendre des tables, les cris des enfants dans une cour colorée, l'odeur de javel du couloir d'hôpital ; est-ce qu'ils songent à cet instant de pause pendant laquelle ils reprendront leurs rêves au vol, quelques secondes grappillées, et revigorantes ?
Je me laisse guider par sa voix, j'inspire-j'expire avec le ventre, comme C. me l'a appris. Il tourne le bouton du magnétophone, la voix de Django emplit soudain l'habitacle d'un rythme nouveau ; Il me répète que j'ai les bons réflexes pourquoi ne vas-tu pas au bout, alors ?, parce que, mon grand, je ne fais pas confiance à mes instincts ; c'est le drame de ma vie, figure-toi, cette incapacité à aller au bout de moi-même, ce geste toujours suspendu, cette pensée perverse qui me traverse et me nuit tu te trompes ; et si je ne me trompais pas ?

***

toujours, il y a mon petit garçon, le corps de Camille lové contre le mien, sa voix tendre contre mon oreille, la pulsation rythmée sous mes doigts qui redessinent inlassablement les contours de cette petite personne que j'ai porté en moi, et qui se modèle sans nous ; toujours il y les mains chaudes de Vivien sur mon visage, front contre front et le baiser déposé au coin d'une lèvre ourlée, il y a le regard qu'il pose sur moi et qui me fait frémir, je lis oh combien ! le désir, oh alors ! la fierté dans son œil qui brille ; toujours il y a ces voix qui se mêlent et s'entremêlent, racontent mon histoire de fille, mon histoire de femme et la nuance subtile entre les mots. Dans ma tête dansent des miettes de film, des morceaux de chansons, des pages de livres, des éclats de vie, des bouts d'amis, comme un puzzle interminable qui se joue de mes questionnements et s'improvise, insaisissable ; comme palpite l'impatiente !

***

Des mains s'agitent, le visage se colore et je mime soudain ma pensée. J'éclate de rire, puis-je faire autrement que m'animer puisque la vie me pousse dans le dos ? La quête des pieds stables sur le bitume, d'une main assurée, une voix posée, quêter l'ancrage, et demain, et demain - que sera demain ? La ville est éveillée, désormais ; il ne reste de la nuit que quelques vestiges qui déjà s'estompent ; chacun a repris la danse rituelle des journées de semaine, les odeurs-et-les-bruits envahissent les rues ; je serre le frein à main, tourne la clé dans le contact ; et c'est comme si tout recommençait...


mardi 17 septembre 2013

Et c'est pas du théâtre, c'est la vie, c'est partout

(Do You Wanna) Come Walk With Me? by Isobel Campbell & Mark Lanegan on Grooveshark




Et comme ça, tout a commencé ;

// un baiser timide dans une cage d'escalier, et puis des mots qui ne savent que s'offrir / sa peau contre ma peau / nos amours débutantes / son corps / son rire comme un éclat au creux des yeux ; j'ai aimé si fort sa façon de rire avec les yeux / compter un à un les grains de beauté comme autant d'étoiles semées sur son dos / une nuit d'été, alors, nous avons fabriqué un enfant  //

Dimanche - Il est dix-huit-heures, l'heure du soleil qui rase, le soleil d'or, tu sais ? de la fin de journée ; dans le champ en contrebas, ils s'agitent comme des fourmis et c'est drôle ce mélange des couleurs, ce mouvement qui semble perpétuel. Quelque part parmi eux, il y mon frère et son amoureuse ; il y a Vivien qui fait danser les bolas autour de lui, il y a notre fils qui le regarde bouche-bée ; partout autour, des peaux burinées par le soleil, des sourires las de trois jours de festival mais aussi, cette connivence des gens qui partagent quelque chose ; ici, c'est la conviction d'un monde qui change, d'un monde d'alternatives. Et elle est goûteuse, la liberté de tous les possible, on en sent le nectar jusque dans la limonade artisanale qui pique les lèvres, avant de se faire douce dans le gosier. Derniers jours d'août, une ultime gorgée d'été avant de regagner nos pénates. Je descend à pas comptés sur le chemin de terre qui me ramène au coeur de cette vie-là, j'ai fini d'être contemplative ; dix-huit-heures, l'heure de me rappeler à l'existence.

Vendredi - Une heure-trois, l'enfant blotti contre son père se laisse chahuter par les cahots du train, les yeux grands ouverts dans la nuit qui défile. Il y a quelque chose d'irréel dans ces villes que nous traversons au coeur de l'obscurité ; alors que nous nous laissons bercer sur nos couchettes un peu raides, d'autres dorment à quelques pas à peine du sommeil du juste ; lorsqu'ils s'éveilleront à l'aube, se rendront peut-être à leurs bureaux, ou à la boulangerie acheter une poignée de croissants chauds, nous accosterons dans la gare noire et froide que nous avons laissée voilà un an. Dans le petit matin blême, nous traverserons les banlieues endormies et sourirons peut-être de cette autre vie, de cet autre temps dont il ne reste pour trace que le souvenir et un sourire partagé au dessus d'un enfant endormi. Il est fugace le temps des retrouvailles, et il me semble ne savoir dire qu'au-revoir à Paris, il me semble ne savoir que la quitter ;

Lundi - Dix-neuf-heures-vingt, l'automne est entamé. Sur un tapis de velours rouge, je fais la salutation au soleil au milieu d'autres femmes ; par la fenêtre, j'entends la mélodie de la pluie légère, qui obscurcit le ciel et habille ma ville d'une drôle de couleur, comme un rose indien mêlé d'or - je répète ma ville, ma ville, ma vie puisque nous l'avons choisie et que nous y vivons, désormais et elle résonne dans tout mon corps en mouvement la phrase-mantra ; le petit verre d'eau osmosée à la sortie du cours, les mains qui disent à la semaine prochaine ; dehors j'aime marcher sous l'eau, l'humidité dans mes cheveux, j'aime observer, silencieuse, ces autres qui se pressent, ces parapluies qui se bousculent, ces voix qui se croisent, leurs chaussures dans les flaques, les mines déconfites, et je me prend à esquisser un sourire alors que des gouttes glissent dans ma nuque, réveillant une sensualité à fleur de peau ;

Et comme ça, tout continue ;

 // les câlins du matin, à trois blottis au fond d'un lit / l'enfant qui nous fait rire de tant de mignonitude et son à taaaab les amours ! / le café de treize-heures / la piscine un-jour-sur-deux et le yoga le lundi soir / la course à la vie, et les instants de grâce / la minute du soir où je rejoins, lovés-collés-serrés-à-tout-jamais le corps chaud de mon amoureux qui n'en finit pas de se creuser pour m'accueillir au plus près de lui / et alors, septembre qui reprend ses droits, et l'année nouvelle qui débute une énième nouvelle fois //


mardi-dix-sept-septembre-deux-mille-treize ; welcome aboard, c'est reparti pour un tour.

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