dimanche 17 mars 2013

et la maison s'est arrêtée et le printemps nous a salués


Yoyoma - Lebertango by Astor Piazzolla on Grooveshark

Le bruit des talons sur les pavés de la vieille ville, et puis sa course effrénée contre la mort, et puis sa course effrénée contre la vie, l'odeur de lavande derrière les oreilles, le bruit court de sa respiration, la poitrine qui monte et descend au rythme de sa fuite, les larmes-le rire-mêlés, la brique rose qui tourne, tourne, tourne, les yeux au ciel, soudain, et le soleil, soudain, et les violettes dans le creux de la main ; le corps en berne, quand il bleuit, le vague à l'âme, mélancolie en bandoulière ; les mots des copines, sur la toile, dans son sac, contre ses lèvres, au creux de l'oreille ; l'enfant au plus près du ventre, la bouche en morsure contre le cou chaud, les miettes de croissant dans le lit, les phrases de Prévert murmurées à l'instant même où ; les décisions, les conséquences, les envies et tous ces paradoxes ; dire merde ; la lumière dans l'appartement blanc, la lumière dans ses yeux, la lumière qui se reflète dans chaque nervure du ficus, la lumière à la fête ; le saxophoniste d'en bas, le contrebassiste d'hier, le clarinettiste au loin - les doigts d'enfant striés par les cordes drues du violoncelle et la colophane dans son étui, les petites mains de Camille si longtemps après mes petites mains ; la bicyclette et puis les quais, la tribu ; la furie, et si tout casser ; le dessin avec les doigts, les bras qui s'agitent, tu vois ? dans l'air pour raconter, pour raconter cette vie qui va si vite, la voix d'O., son souvenir dans mes nuits agitées, les petits colis d'un pays à l'autre, les places de concert, en guirlande sur le tableau de liège ; Paris encore ; un crocus sous la neige ; la chouquette du matin avant l'au-revoir chiffon, les yeux encore plein de sommeil ; savoir aimer, savoir aimer, savoir aimer ; les bas de soie, le rouge aux lèvres, les yeux charbons, comme autrefois ; le jardin d'hiver s'éteint ; dans un pot à thé, les crayons de couleur, dans un pot à thé, je vide mon coeur - à la chaleur de ses épaules, je me réchauffe et je souffle doucement dans son cou, ça chatouille, ça agace - et dis, est-ce que tu m'aimes ? et dis, est-ce que tu m'aimes ? - le recueil des mots tendres comme un trésor, à lire, à lire, le souvenir de ses sourires, là, dans les petits plis de son visage ; la crème d'amande sur la cuillère de bois, le jus des poires coule sur le menton, visage malicieux, qui a deux-ans-qui-en-a-tant ? - la bourdaloue trône ; à huit ans dans la garrigue, les mains sur la roche du Thaurac, l'odeur du thym qui empreigne tout mon corps sec et noir d'enfant nerveuse, les pieds dans des chaussons trop petits ; regarder mes compagnons grimper à la fraîche et m'endormir sur une pierre gorgée de soleil, un ciel tendre pour couverture ; les mille tableaux du Bol Bu, la liste des thés, descendre le doigt, hésiter, remonter et choisir, le breuvage précieux du jour ; aussi, le cliquetis du clavier et l'histoire qui se réinvente avant même que j'ai eu le temps de la penser, les petits personnages d'hier reprennent vie dans mes après-midi d'aujourd'hui ; cette envie folle d'ambre, des gouttes d'or à parsemer ; le printemps renaît, le doigt levé, le nez tendu, les paupières closes, je l'entends qui approche à pas feutrés