vendredi 11 janvier 2013

That's the kinda step she takes

Florentine Pogen by Frank Zappa on Grooveshark

Je ne sentais ni la pluie dans mes cheveux, ni l'odeur de l'hiver dans l'air ; j'avançais en automate, le ventre dur, le regard fixe, les poings serrés dans mes poches. J'ai monté les marches de bois de mon immeuble, en dansant presque pour n'en faire grincer aucune. Mes poignets avaient l'odeur des mandarines, la sueur avait coulé dans la nuque de Vivien. Cette fois-ci, il lui a fallu du temps pour me ramener, pour me raccrocher, pour me rendre à la vie ; mais après son corps brûlant contre mon corps tremblant, les larmes libératrices, le visage dans le vent de janvier ; comme pour jouir un peu plus de cette renaissance, la pulsion de vie, les rêves - enfin.


dimanche 6 janvier 2013

à la folie dont tu es la raison

A toi by Joe Dassin on Grooveshark

A la vie,  à l'amour,
A nos nuits, à nos jours, 
A l'éternel retour de la chance

A la vie qui est cyclique ; au ciel qui est si souvent bleu ; à ces arbres dans lesquels j'accroche ma line ; à la garrigue de mon enfance ; à la roche chauffée par le soleil ; à ces rires, soudains et heureux ; à ces ventres pleins, et ronds ; aux enfants qui courent dans l'insouciance de leur âge ; aux grappes de raisin ; aux jeux de carte sur le coin de la table ; au café qui ronronne sur la vieille gazinière ; aux maisons de famille ; à la transmission ; aux tatouages qu'on réfléchit si longtemps ; aux tatouages qu'on exécute sur une pulsion ; aux amoureux ; aux mots tendres, qu'ils soient artificiels ou pas ; aux villas toscanes ; aux mots de Camus ; à Titou et Vivien qui parlent géopolitique ; à mes frères qui nous miment les films qu'ils ont vu ensemble ; à la complicité qu'on partage, tous les cinq ; à mes soeurs si farouchement indépendantes ; à mes amis qui savent mettre du piquant dans le quotidien ; à nos doutes ; à nos chimères, celles auxquelles on s'accroche, parfois dans un espoir insensé ; aux petites roulées ; aux pelouses sur lesquelles on pose de grandes nappes blanches, et aux paniers d'osier ; à la musique, celle qu'on fait et qu'on partage ; aux livres, qu'on lit en silence, en secret ou à voix haute ; à Emma Thompson si rayonnante dans l'adaptation que Kenneth Brannagh a faite de Much Ado About Nothing, et puis aussi, à ces films que l'on connaît sur le bout des doigts ; aux garçons maladroits qui nous révèlent des secrets la nuit dans les bars ; à ceux qui nous embrassent et à leur barbe qui rape un peu sur la joue ; aux sourires dont on ne se défait pas ; aux premières amours, aux suivantes, aux amours, aux amours qui durent toujours ; aux regards que l'on s'échange ; aux rencontres que l'on fait ; aux débuts tendres des relations ; aux premiers mots, aux premiers pas de nos enfants, à toutes ces découvertes qui embuent nos yeux et font trembler nos mains ; aux enfants des amis ; à la cuisine que l'on aime à faire tous ensemble ; à Mélodie qui dit La cuisine, chez nous c'est les garçons et ce chez nous qui veut tout dire ; à ce que l'on se dit, à ce que l'on ne se dit pas, à ce que l'on devine, aux mains sur les épaules aux petits matins douloureux ; aux deuils ; aux morts ; à la fougasse ; à ton rire ; à tes yeux qui brillent ; aux petites phrases assassines ; aux compliments à demi-mots ; aux compliments francs ; à la complicité ; à la mixité ; à cet espace de parole ; à cet homme tellement abîmé par la vie, qui ne croit plus et qui m'insulte sur la foi de mon apparence, et à sa stupeur alors que je réponds J'entends ce que tu me dis, aux mandarines juteuses de huit heures du matin lorsqu'on n'a pas dormi ; à ce refus des conventions ; à nos combats ; à cette vie comme une lutte, une lutte joyeuse mais ininterrompue ; à nos poings levés, à ce monde que l'on changera ; à ces réunions militantes ; à ces siestes à l'ombre des persiennes closes, et qui font jouer les rayons légers d'un soleil d'été ; à ces heures à parler ; à ces espoirs ; aux copines de fous-rires, aux copines qui gardent les bébés ; aux copines qui disent ma douce, ma tendre, ma biche, ma jolie... ; au sourire de Max ces jours-ci ; aux vacances que l'on passera ici ou ailleurs, mais ensemble ; aux engueulades auxquelles on n'échappera pas, douloureuses et heureuses aussi ; à cette liste qui n'est pas exhaustive et qui va continuer et qui va continuer et qui va continuer (chez toi, chez eux, chez nous, chez moi, partout) à eux, à toi, qui va et vient, à la famille, celle qui nous est donnée et celle que l'on choisit, tu sais, la Tribu, T.R.I.B.U et à mon coeur qui poumpoumpoum en songeant à tout ce bonheur encore à vivre ; A la vie,  à l'amour, A nos nuits, à nos jours, A l'éternel retour de la chance


mercredi 2 janvier 2013

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Sur un Trapèze by Alain Bashung on Grooveshark

Quand faut-il être fou
Que faut-il être encore ?

L'an nouveau a débuté dans la pénombre d'une chambre d'enfant ; dans la nuit, P. berçait Camille, qui sitôt dans ses bras, s'était apaisé, et tu. Les yeux de Vivien ne quittaient pas les miens, tandis qu'au delà de la fine cloison, nos amis s'écriaient et s'enlaçaient. Tout était à sa place en cet instant et c'était le plus fameux des commencements...

Auparavant, il y a eu tous ces chemins en direction du Vercors ; on s'est entassés dans la maison d'O., à cinq par chambre et dans la nuit, blottis sous nos couvertures on s'est chuchotés des morceaux de vie. J'ai retrouvé Pierre, que j'avais vu pour la dernière fois à Amsterdam, voilà trois ans. Aujourd'hui, nous sommes autres et nous sommes les mêmes. Les conversations se poursuivent et se croisent, la vie  nous égratigne et nous pousse, mais nous sommes toujours là, jour après jour, année après année et nous poursuivons tous le chemin de nos fragiles constructions, s'exister, les uns et les autres, les uns face aux autres, les uns avec les autres. Camille est venu agrandir la bande, de bras en bras, de genoux en genoux, de rires cristallins à rires graves, il creuse sa place et oh ! combien c'est tendre de le retrouver lové tout contre Max, et les deux profondément endormis. Des jours plus tard, tout le monde est reparti, Vivien fait chanter les verres à pied entre deux bulles de savon. La maison silencieuse renvoie un instant l'écho de ces instants qui grouillaient, qui fouguaient, qui vibraient, qui (oh, qui... !)

A Noël, dans la maison de la Comtesse, cette première nuit qui me fait chaque fois la même émotion, comme une première fois. Le temps s'etiiiiiire enfin et il y a une odeur tendre (de famille)(de vacances)(de jeux)(de feu de bois)(de vie)(de...

Un autre jour, nous chargeons notre clio de mille paquets, nous reprenons la route après de grands signes de bras à la famille, aux Bouseux, aux Elfes. Chez ma maman, on joue et on rit jusque tard dans la nuit. O. et F. sont là, et j'aime cette mixité, ce mélange des familles et des amis, cette tribu-là. Nous prenons la route de Toulouse un samedi ensoleillé. A l'autre bout de la France, une autre voiture tout aussi chargée rejoint la même direction. 

Je me souviens de ma tête qui vrillait, des mes yeux qui brûlaient et puis tout est flou, et la fièvre m'envahit, me restent des odeurs, des voix, des sensations, comme un fil-un-peu-sucré-un-peu-acide et ces images en vrac, Palmyre qui me fait couler un bain, les cocktails de Maxime, la fougasse que nous avons concoctée à quatre-mains, le sourire de Cerise si radieux et son duo de choc avec Vivien lorsqu'il s'agit de gagner au Time's up, l'enfant heureux au milieu de nos amis, le concours de bouffe, M., rentrée du Congo et toutes ces choses à se dire, les morceaux que K. me fait découvrir, B! et son crumble pommes-amandes,  et puis la fièvre, les nuits fébriles, le corps affaibli, leurs voix lointaines, les litres de thé au miel, Docteur J. qui me tutoie et son sourire, son sourire, quoi !, sa petite tape sur l'épaule, 

et ce qu'il reste de tout ça
[au creux d'un lit, mes amis, amoureusement enlacés, se murmurent leurs premières confidences]
[il y a des années, ce même jour, Vivien et moi, amoureusement enlacés, nous murmurions nos premières confidences]
[Les surprises de la vie, celles qui nous emportent, et 

On dirait que l'on soufflerait sur les braises, 
On dirait que les pirates nous assiègent, 
Et que notre amour c'est le trésor
On dirait qu'on serait toujours d'accord