vendredi 13 décembre 2013

c'est un voyage imprévisible entre des lieux qui n'existent pas

One More Cup of Coffee by Bob Dylan on Grooveshark



Cet instant suspendu, mon visage contre celui de mon enfant, je regarde ses paupières papillonner et sa peau si tendre, sa petite bouche comme un bonbon, je regarde sur sa joue blanche ses longs cils bruns et ma main dans sa nuque effleure les mèches blondes, blond comme les blés mon joli coeur, blond comme l'était son père au même âge. Tandis que son souffle se régule et qu'il trouve le chemin du sommeil, je me dis que c'est peut-être la dernière fois que nous sommes là, nez contre nez, mère unique pour enfant unique. 

J'essaie de me souvenir de mes deux ans, du ventre rond de ma mère, j'essaie de me souvenir du nouveau-né avec lequel elle est rentrée tandis que mon père qui l'avait attendu des semaines était dans l'avion du retour pour Haïti, ratant de quelques heures la rencontre avec son premier fils. A quoi pensais-je en passant d'enfant unique à soeur aînée ? Où étais-je ? Avais-je alors conscience de la tempête qui s'annonçait, et de tous les autres enfants à naître ? Pouvais-je deviner, seulement, combien je les aimerais, et comme ils jalonneraient ma vie, forever and ever ?

Dans le silence de la nuit tombée, contre le menton potelé de Camille, les premières notes s'élèvent ; comme ils sont doux ces moments du soir où je chante les chansons de mon enfance, deux petits bras en collier autour de mon cou et nos souffles qui se mêlent. Est-ce que ma mère chantait tout près de moi en se posant mille questions à quelques jours d'accoucher de B. ? 

Sur le petit meuble vert, dans l'angle de la chambre, les aquarelles de Béatrix Potter attendent d'autres lectures ; ce petit coffret de papier me replonge loin, une chambre parisienne, des cafés trop sucrés, des cigarettes roulées, trop de larmes et mon frère écorché ; le canapé de l'appartement que je partageais avec V., C. & A. sur lequel mon frangin dormait ensuite, les nuits à le veiller, poser en mère une main sur sa poitrine pour sentir le souffle affluer, la peur permanente lorsqu'il franchissait la porte de chez nous, les larmes secrètement essuyées pour ne jamais oublier d'être forte. Un jour, dans une librairie, un coffret des histoires de notre enfance, et comment ne pas entrer, comment ne pas l'acheter pour lui, comment ne pas essayer de le raccrocher aux rassurantes racines familiales ?

Des années plus tard, près du berceau qui abritait Camille alors nouveau-né, B. avait posé le coffret. Son corps s'était remis et ses plaies avaient cicatrisé, un peu, je crois. Il transmettait les histoires et les souvenirs, il transmettait les racines. Au printemps, il y aura ce grand pèlerinage de Toulouse à Liège pour le voir dire Oui à la plus chouette fille du monde ; alors nous serons tous là autour de lui, comme une grande mer humaine d'amour pour les porter aux nues. 

En attendant, je regarde mon petit garçon à moi et j'ai peine à imaginer qu'il y a seulement trois ans, c'est lui qui occupait la maison dans mon ventre, c'est lui qui dansait sous mon nombril, j'ai peine à imaginer qu'il est venu au monde par un matin de mai où les oiseaux chantaient et que bientôt, au coeur de décembre, un autre enfant verra le jour, qui sera de notre famille.

mercredi 11 décembre 2013

Il faut qu’on se noie encore une fois dans les nuits fauves et les grands soirs

A ton Etoile (Yann Tiersen mix) by Noir Désir on Grooveshark




L'ombre noire des arbres se découpe dans l'or du matin et mon garçon colle son nez à la fenêtre. Il regarde le vol des oiseaux de l'aube qui se dessinent là, comme autant de personnages découpés, ciselés à la façon de ses livres d'histoire ; il connaît sur le bout des doigts des dizaines de chansons et quand sa voix jaillit dans la nuit qui s'étiole à la faveur du petit jour, son père et moi échangeons un regard empli de... empli d'amour, empli d'espoir, empli de vie, tu sais, ce genre de regard qui se comprend comme ça, qui ne se définit pas.

Un soir, tard, à l'heure où habituellement l'enfant s'endort, nous dansons sur une place pavée ; un accordéoniste joue du Brassens, un jongleur fait tourner des quilles rouges et dans les bras de V. je valse jusqu'à perdre la mémoire. Mon gros ventre l'empêche de me serrer tout contre lui mais mes lèvres trouvent le chemin de son cou, l'endroit avec un peu de barbe là, le coin d'une lèvre si joliment ourlée, et puis ma main dans sa nuque, les petits cheveux à la drôle d'implantation, et puis son odeur, et mes pas dans ses pas, et nos nuits valsées comme à l'époque, comme nous sommes.

Sur un banc de pierres, Camille regarde ses parents tourbillonner. Dans sa main potelée, un bol de chocolat très sucré et dans son autre main, un petit ballon en forme de chien, présent merveilleux d'un passant souriant. Lorsque je m'approche et lui tend les bras, il murmure tu danses avec papa, tu danses avec papa et son sourire chocolaté s'élargit lorsque je rejoint les bras de son père, et au creux de moi, ma fille donne de grands coups pour ne pas qu'on l'oublie - mais le pourrait-on seulement ?

Les journées sont longues dans l'attente de sa naissance, mais fort remplies aussi ; il y a la sieste en début d'après-midi, qui me rattrape quand bien même j'essaie d'y échapper ; il y a les cours et les mille devoirs de fin de semestre à rendre ; il y a France Inter et toutes les merveilles des cinquante ans ; il y a les coups de fil de mon frère ; il y a la voix dans les chansons de Fauve qui me brûle la peau ; il y a des promesses de tartes aux pommes et la chaude odeur de cannelle ; il y a les mots doux et les colis tendres qui arrivent de partout ; il y a les voisins qui viennent dire si besoin, tu sais que je suis là - et oui, je le sais, oh oui ; il y a quelques rendez-vous et certains au-revoir signifient la prochaine fois, ce sera avec elle.

Des mots, des centaines de mots qui noircissent des centaines de pages ; des histoires, des projets, mais aussi des excuses, des explications ; il y a la réparation, prononcer plus souvent le-mot-en-d, dire j'aurais dû expliquer, j'aurais dû demander mais comment aurais-je pu, au plus profond de la détresse ? Le soleil sur le balcon me promet des lendemains meilleurs, des soirées à écouter du jazz dans ce petit bar que j'aimais tant, des promenades dans les montagnes avec ceux qui ont été mes amis, et qui le resteront peut-être, des nuits blanches à oublier tout le reste, le corps en mouvement dans des boîtes espagnoles, des escapades dans de vieilles bagnoles pour voir la mer et manger les meilleures moules de Normandie, des rencontres, des projets, des yeux qui brillent, des corps qui exultent, des cris de jouissance et des rires en cascade ;

A I., je dis tu m'emmèneras, dis, danser au son de la musique électronique et me perdre dans la vague humaine ? et il me répond Oui. Dans ma tête, je me jure d'emmener la toute petite fille à Bruxelles, de retrouver la douceur de cette ville si aimée et les traces qu'y laisse mon amie Clowie, le pilier, la fidèle, la solide ; l'amie de vingt-cinq ans. Avant cela, il y a les plaies de Z. & O. à panser et aurons-nous assez d'une pile de crêpes et d'une infinité d'amour pour leur montrer que la vie peut-être belle même si elle semble parfois s'acharner sur certains d'entre nous ?

Dans l'entre-deux, une main sur mon ventre, je ris de sentir l'enfant bouger en moi, je profite de ces mouvements-là, je tends le visage au moindre rayon de soleil, je m'immobilise, je silence ; dans l'entre-deux, il n'y a plus de projets ni d'attentes, il y a l'attente-au-singulier, tu es une femme singulière, tu sais  ça ? ; oh, je ne sais guère trop qui je suis, femme ou fille, singulière ou non. Tout ce que je sais de moi, à cet instant, c'est ce besoin d'un espace d'inaction. Un instant de contemplation ; laisse-moi être sans bouger, laisse moi être sans mouvement, laisse moi être, encore un peu, j'ai des forces à reprendre avant de m'immiscer de toutes mes forces dans le fil violent et merveilleux de la vie-qui-pulse ;

Alors, V., mon bel amour, mon grand amour, mon si cher ; Oh, Vivien, cette maison qui fait nos rêves et cette complicité qui fait nos jours, pourvu que tout ça ne cesse jamais, n'arrête pas la valse, mon tout beau, grâce à toi je vis, grâce à toi, je vis, grâce à toi j'existe ; sur le petit balcon, trône un sapin orné d'or dans son pot de terre - après Noël, nous irons à quatre le planter dans une terre fertile, et qui sait si nous n'aurons pas, un jour, une forêt de sapins ?

dimanche 10 novembre 2013

Là-bas ne seraient point ces fous qui nous disent d'être sages

Love Me by Yann Tiersen on Grooveshark

le havre

feuillus

Les mots tranchants dans la porte qui se referme d'un coup d'un seul ; par la fenêtre, sa silhouette s'éloigne dans la nuit triste et une chape de plomb s'abat sur mes épaules encore tremblantes. Ce soir plus que jamais j'ai la conscience que tout est si fragile ; le souffle de mon enfant qui emplit la chambre colorée, ma grande bibliothèque de bric et de broc, les soupirs de Vivien dans mon cou et l'odeur de sa peau, et la texture de sa peau, et le chemin de grains de beauté dans son dos, les mots qu'on n'a plus besoin de se dire, les expressions de son visage que je connais par coeur, ses mains-ses mains-ses mains, la solidité qui me manque, la certitude ; le rire dans ma vie ; 

deux jours plus tard, sur les pavés mouillés, les feuilles d'automne semblent s'incruster sur le trottoir et ça me fait penser à ma proffe de yoga qui dit votre corps s'enfonce et s'enfonce et semble vouloir tatouer le sol et c'est comme si les arbres voulaient tatouer le bitume noir de leurs ors et de leurs rouges, marquer à jamais ma route de ce novembre deux-mille-treize, premier et dernier de ma vie ; mes pas suivent les nervures délicates, et avant mes pieds mon ventre rond qui tiiiire tout mon corps là-bas. J'avais lu une fois que la grossesse était la période la plus adéquate pour faire une thérapie et je crois que c'est la vie qui m'analyse, mon ventre qui m'entraîne de l'avant malgré moi, les réveils en sueur encore pleine d'odeurs passées et de chansons oubliées ; le thé qui refroidit - pardon pardon Amélie - faute de temps pour le boire ; le rire de V. qui s'éloigne au même rythme que ses pas dans la rue mouillée, et est-ce la pluie ou mes larmes dans la tempête ?

Quand il revient coller ses pieds glacés contre mes pieds chauds, je renifle sur son torse et sur ses bras, oh je ne veux vivre sans toi, mon amour-mon bel amour, oh tu es ma vie, oh dans un an, dans dix ans, dans cinquante ans, à tes côtés toujours et ton visage si familier parcheminé, et mes courbes et tes sillons, nos cheveux un peu tombés peut-être et nos petits pas bras dessus bras dessous comme à présent ; nos grands éclats de rire et nos débats sans fin, oh mon amour de vingt ans, oh mon amour de trente ans - nous ne sommes qu'au printemps de nos vies et quand l'automne d'une année se mêlera à l'automne de nos existences, qui serons-nous et qu'en sera-t-il de nos amours, nos belles amours d'aujourd'hui ?

Il est des choses qui nous survivront ; dans la terre fraîche du verger de la Comtesse, Camille a creusé un trou pour planter un petit pommier né la même année que lui et a versé sur le sol meuble les premières eaux ; ce jour-là, une âme bienveillante m'a murmuré que j'étais l'arbre qui portait le plus tendre des fruits. Au printemps, tandis que mon bel enfant croquera la chair juteuse de ses fruits, j'aurais enfanté du mien ; une chérie dont nous ne disons le prénom que dans le secret de notre petite famille de trois-et-bientôt-quatre. Alors si le temps nous file entre les doigts et souvent nous brûle, je cache ma peur et j'inspire à pleins poumons cet air nouveau qui s'appelle vivre.


jeudi 31 octobre 2013

On m'a donné un bout de rien j'en ai fait cent mille chemins

Here We Go Again by Angus & Julia Stone on Grooveshark


Le froid est tombé, sec comme les pans d'un rideau lourd sur une scène de théâtre ; hier encore je travaillais au soleil, quêtais sur mon dos nu la caresse chaude ; je dormais mollement, toutes fenêtres ouvertes ; il n'y avait que le bruit de la rue au petit matin, le vrombissement de quelques moteurs, le chant des oiseaux résistants, les rires des écoliers quelques rues plus loin pour m'arracher à la volupté du sommeil ; Alors, il y a eu un matin glacé et cette odeur si familière d'hiver, les promenades au pas plus vif, les petites mèches autour de mon visage qui volent dans le vent, et le rire qui remonte du ventre ;

Aux aurores, nous sommes chez J., derrière la porte de bois les vagissements de nouvelle-née se mêlent aux jeux d'enfants plus grands, on hume les vacances, les matins paresseux, le courageux sort - bonnet vissé et écharpe enroulée à grands tours - et ramène à tous des viennoiseries encore brûlantes et odorantes. Dans son cabinet J. danse, il chante, il fait trois pas, il dit que tout est parfait. Ses mains un peu rugueuses, les mains de V., mes mains se mêlent pour faire danser mon enfant au creux de mon ventre et la guider tout en bas-tout en bas, à l'orée de mon bassin ;

Dimanche, nous étions deux ; au réveil, yeux clos, je cherchais le taptaptap habituel de Camille sur le plancher, son petit corps chaud venu se lover contre le mien, son odeur de bébé à renifler dans le cou, dans les petits cheveux de la nuque mais ce matin là, la maison était silencieuse, il n'y avait que le corps lourd de mon amoureux endormi contre le mien et mes baisers sur ses paupières, nos gestes emprunts de gravité dans le demi-sommeil, les souvenirs d'autres matins, dans d'autres villes, d'autres réveils lascifs ;

Une fois, quelques jours plus tôt, nous avons vu deux films dans deux salles de cinéma différentes, et pique-niqué sur un muret de pierres. Dans la plus chouette librairie de Toulouse, il y avait deux petits cafés pour nous pendant de nouvelles lectures, chacun sur une chaise de bois, face à face, ensemble et distincts ; dans l'après-midi, résonnait la voix tendre de mon petit garçon enthousiaste au téléphone, il avait vu des ânes, des poules et mangé des pâtes alors tout allait pour le mieux et nous le retrouverions bientôt, mais profite de ta grand-mère, mon amour, et de tes jeux de petit campagnard. 

Le soir tombait et sur une place, des rêveurs dansaient ; parfois en couple, parfois en groupe, formant des cercles et avançant des pas que nous avions du mal à compter... une main tirait celle de V. et une autre attrapait la mienne et nous nous retrouvions au milieu des danseurs, comptant un peu les pas, riant beaucoup ; sur un banc, alors que je reprenais mon souffle, un tout petit garçon venait de trouver mes bras et sa maman me racontait les bals sauvages, notait sur un petit bout de papier qu'il ne faudrait surtout pas perdre quelques mots, un numéro, une adresse mail. Nous nous sommes promis de nous revoir, et sommes partis enlacés dans la nuit rose ;

Alors voilà, Octobre dans la ville aux mille couleurs, et puis les heures de cours, le découragement, les amis au bout du fil, au bout du mail et qui m'expliquent encore encore encore sans se lasser, les petites grues esquissées par les mains habiles de mon amoureux et les pompons jaunes pour habiller notre maison d'hiver ; la couverture que je tente de tricoter pour l'enfant à venir, les chocolats chauds pour refaire le monde, l'anniversaire de mon frère-les mails secrets-la fièvre-et enfin les billets pour la Nouvelle Orléans et son carnaval au Printemps ; Etienne justement, et Camille aussi, à plat ventre sur la moquette, leurs conversations surréalistes pendant que je m'endors sur le premier canapé du premier appartement de mon frangin ; les rendez-vous qui se succèdent avec mes sage-femmes chéries, les mails du planning familial, les séminaires de l'université du temps libre, les pensées des copines que je reçois en pluie sur mon téléphone, sur ma boîte à messages, les projets pour après, les livres éparpillés partout, les sacs de pommes qu'on ramène de l'amap, les heures de conduite et la date de l'examen qui approche, les siestes qui me volent en quelques secondes à la réalité, avant que je n'ai pu dire ouf, le soleil froid de l'automne, les feuilles rousses, jaunes et rouge dans le parc, les cailloux que je retrouve dans mes poches et qui me font sourire, novembre sur le pas de la porte et sur mes lèvres, qui s'éternise, le premier baiser posé chaque matin par mon bel amour ;

lundi 14 octobre 2013

Où l'on aperçoit les vagues qui nous roulent

Je Chante by Les Têtes Raides on Grooveshark





 Oh comme il faisait beau, cette après midi là ; j'avais disposé les coussins sur le balcon et je sirotais mon thé, les yeux mi-clos, offerte à la caresse du dernier soleil d'octobre ; il me semblait que si je ne savourais pas cet été indien-là, la vie m'échapperait et je me faisais un devoir de tendre encore et encore mon visage serein à la vie ; il y avait  les cris de jeux des enfants dans la cour de l'école toute proche, l'odeur de javel dans l'appartement voisin, où la grand-mère faisait son ménage en chantonnant ; le ronronnement des voitures m'était devenu familier et les heures avançaient sans que je cherche à les retenir, sans que je cherche à les comprendre ; savoir être dans l'instant, contemplative et m'emplir de douceur pour les journées chafouines.

Dans le coffre de la voiture - que j'ai désormais droit de conduire si V. à mes côtés me guide - des cartons emplis de petits vêtements attendent d'être montés à l'appartement ; des bodies de bébé comme autant de souvenirs de nos débuts dans la vie de jeunes parents. Il me paraît si loin, ce temps des nouveaux-nés, des nuits creuses, des fous-rires incongrus  ; ce temps où mon enfant prenait le lait à mon sein, sa petite main agrippée à la mienne comme pour dire que ce lien là est éternel ; dans le rétroviseur, un clin d’œil au bel amour qui s'exclame C'est maman qui conduit !

Avant, il y avait la maison de la Comtesse, les odeurs familières, les jouets retrouvés. Le beau soleil, le froid soleil de l'automne et les feuilles qui craquent sous nos pieds pressés d'aller saluer les poules ; la cheminée qui s'affaisse, la chambre framboise dans laquelle nous avons nos habitudes, les petits bouquets des fleurs éphémères. C'est ma mère qui les avait plantées, elles ne fleurissent que quelques semaines en automne, nous sommes venus au bon moment me confie M. dans un sourire, et je souris aussi puisqu'ici, je ne sais faire autrement. Camille confectionne de petits bouquets qu'on dispose dans des verres et la cuisine hume délicieusement le poulet aux oignons et le gâteau savoyard qui servira de base au Courchevel tant désiré.

A quelques heures de là, je conduis mes premiers kilomètres sous le regard ému de mon amoureux ; à quelques heures de là nous nous retrouvons dans une petite salle de Province pour écouter le spectacle formidable de ce groupe qui nous lie depuis nos premiers instants d'amoureux ; ce concert-là, nos mains moites qui se cherchent dans l'obscurité, le sourire de mon frangin sous la lampe qui va et vient, qui va et vient, de la scène au public et accompagne le rythme effréné d'un accordéon qui laisse dans nos cœurs la marque de la vie-qui-pulse ; V. rit D'une petite salle au fin fond des Yvelines à une autre petite salle au fin de l'Auvergne, on va tout de même les voir dans des endroits improbables

Un autre jour, la table était dressée dans le jardin de la Comtesse, l'enfant sommeillait dans le hamac et nous goûtions les dernières mûres de la saison... autour du café, ça parlait surface constructible, pari sur l'avenir, rentabilité, on-ne-sait-jamais-ce-qui-peut-arriver et si-vous-voulez-vendre ; déjà je n'étais plus là mais dix ans plus tard, vingt ans plus tard ; les mêmes visages plus affaissés, les cheveux blanchis, la marque du temps un peu plus installée, attablés autour d'un plat longtemps mijoté. Quelques bouilles nouvelles aussi, des frères et des sœurs à Camille, des cousins proches et lointains, les mêmes éternels jeux, les mêmes balades auxquels s'adonnaient V. et S. lorsqu'ils étaient enfants, perpétués par des générations d'enfants attachés à cette maison hors du temps.

Dans la nuit qui nous ramenait à Toulouse, alors que nous filions depuis longtemps sur l'autoroute silencieuse, je murmurais à mon amour, Je ne veux pas envisager cet endroit vendu, je crois bien que je ne peux plus vivre qu'en sachant cette maison ici, prête à nous recevoir à tout instant.

Et c'était vrai.


vous y êtes les bienvenus


mardi 8 octobre 2013

Vienne la nuit sonne l'heure ; les jours s'en vont je demeure

Por Una Cabeza by Carlos Gardel on Grooveshark


Parfois, quand je repense à cet autre temps, cette vie emplie de rituels, de petits mots, de grands débats, de conflits aussi parfois, cette vie où chaque geste s'inscrivait sur les lignes noires des journées répétées ; parfois quand je repense à cette époque où j'avais des collègues, où j'apprenais à gérer l'autorité [Oh, l'éternel problème des supérieurs hiérarchiques] ; les mille boulots qui m'ont vue grandir, conseilleuse de livres, vendeuse de rêves, porteuse de cartons - de fait - et exaspérée des poncifs, découvreuse de délicieux albums jeunesse et noteuse de prénoms drôles ; plus tard chargée de projet, recueilleuse d'informations, imagineuse de mondes plus justes où tout le monde pourrait avoir accès aux salles de cinéma, dessineuse de plans bancals, voleuse de clichés - de petites salles et de vieilles bobines ; enfin responsable d'action culturelle, maniganceuse d'activités, dénicheuse de solutions, composeuse de jolis projets, (re)lieuse d'humains ; parfois, donc, ça me pince au coeur, oh ! pas grand chose mais tout de même ; les journées à bûcher les cours à la maison avec pour seule compagnie l'enfant lovée en mon sein me semblent souvent longues ; le café est fade quand il n'est pas partagé et le rire se répète sans âme dans l'écho d'une pièce vide ;

Pourtant, nous avons déjà de tendres habitudes, l'enfant et moi. La sieste lors des après-de-midi, ma main qui quête au dessus de mon nombril et ses petits coups répétés ; la danse légère de son corps en moi, celle que j'aimais tant alors que j'attendais son frère et que je retrouve avec volupté, les yeux dans le vague, les mains en creux, le ventre qui pointe ; 

Hier, Vivien et moi avons jeté dans l'avenir quelques rêves, deux jours à Barcelone chez M., quelques heures sans enfant ; je crois que nous avons un peu désappris à être deux, tout emportés par le tourbillon fou de la vie à trois. J'aime cette idée de retrouver des gestes, des mots, des habitudes, des petites douceurs qui se sont figés dans un quotidien dont nous perdons le fil ; des vestiges ou peut-être un sillage, qui retrace l'histoire si banale et si exceptionnelle de ce que nous sommes depuis six ans. De l'individu au couple, du couple à la famille, nous avons fondu nos êtres dans cette réunion merveilleuse. Mais je ne veux pas oublier qu'avant d'être tous, nous sommes moi, nous sommes un, nous sommes deux ; si l'existence est plus douce ensemble, elle n'existe que parce que nous existons, nous, individuellement...

J'ai rêvé de toi, tu avais un bébé petite fille ; il existe un monde pas si lointain, et qui abonde de ces messages-là, ma si chère F., je repense souvent à nos fous-rire et à nos discussions, à nos engagements, à la façon dont nous nous construisions dans cette vie étrange de jeunes femmes, entre deux rives, alors que nous devions sans cesse trouver l'équilibre entre légèreté et sérieux ; comme elles me manquent, tes robes de coquette ; et puis tes longs cheveux noirs, nos soirées à refaire le monde, ton balcon exposé aux mille vents et sur lequel je fumais mes roulées, tassées sur un bout de table, tes récits de bouts du monde, ton drôle de petit appartement un peu burlesque et un peu sage - à ton image, tout compte fait - et nos séances de sport sans cesse reportées ;  les mojitos au Foxy et puis aussi, ce jour où nous avions passé des heures à empaqueter des présents d'anniversaire multicolores et tes yeux qui n'en pouvaient plus de s'écarquiller à chaque petit paquet déballé, le sourire mutin qui ne te lâchait pas, oh combien il y avait d'amour en ces instants là ! Aussi, les nuits passées à papoter, vêtues des t.shirts trop grands de V., toujours ta maman en transparence et ta drôle d'enfance ; Ah ! Comme tu m'as manqué cet été lorsque j'arpentais les rues de la Croix-Rousse sans toi et que j'imaginais ce rêve un peu fou que nous avions ébauché un jour de pluie, oh comme tu me manques chaque jour, oh comme ta façon d'appeler mon fils et de nous prendre en entier, moi et mes doutes, moi et mon mec, moi et mon môme, nous qui tranchons tant dans ton paysage de filles sérieuses, de carrières, de fêtes et de musique ; ton sourire, F., je crois que je l'ai éraflé et ça, et ça...

J'ai rêvé de toi, tu avais un bébé petite fille ; si seulement tu savais, ma toute belle, qu'en moi grandit un bébé petite fille et qu'il est question qu'elle porte ton prénom ravissant.

Timidement, je pose les lettres de la maladie qui m'a tant et tant affectée l'an passé ; je les pose en minuscule, pour ne plus leur laisser trop de place d.é.p.r.e.s.s.i.o.n ; j'observe le chemin parcouru pour ne pas voir celui qui m'attend. Dans la rue, je me camoufle derrière la barrière rassurante de mon gros casque rouge ; je n'ose encore lever les yeux, je n'ose encore tout à fait respirer.


Merci merci pour les p'tits mots
que vous parsemez ici et là,
j'aime savoir mon cocon virtuel fleuri de vos pensées 


vendredi 27 septembre 2013

Peuplée de lumière, et peuplée de fous

Mushaboom by Feist on Grooveshark




Ca débute les soirs, lorsque le souffle de notre enfant endormi emplit toute sa chambre d'un grand silence et que je retrouve les bras de Vivien, le creux de son cou où j'aime poser des baisers, sa peau toujours chaude ; ça se poursuit parfois en journée - lui au bureau et moi dans la petite pièce que j'ai aménagée pour travailler, ma petite pièce chaleureuse habitée de mille détails ; le plaid offert par P. & A, la petite boîte à musique qui joue The sound of silence ; les cartes postales du bout du monde, la machine à coudre, les affiches piquées lors de notre dernier passage à Avignon avec Zou et les garçons ; et puis la pile de cahiers dépareillés. Ceux de Fifi Mandirac, bien sûr mais aussi le livre d'amour de mes parents, que j'ai repêché dans la corbeille à papiers après que le divorce ait été prononcé et dont je ne me lasse pas de relire les poèmes, les espoirs, les promesses et tout à la fin, les trois pages déchirées du mystère ; il y a le carnet recyclé donné par la jolie L., et le tout petit, en cuir, déniché à Londres pour moi, par la maman de Vivien.

Alors, chacun sur nos sièges ou dans la moiteur de la nuit qui tombe, on imagine cette autre vie, cette vie de demain. On en dessine les contours, on hume les parfums, on suppose les contraintes aussi, on imagine un quotidien à mille miles des chemins citadins que nous parcourons aujourd'hui. Il y aura une grande maison, évidemment, sans doute en pierres mais peut-être en bois, et une baie vitrée par laquelle nous regarderons défiler les saisons ; il y aura un muret, un champ pour les pique-niques. Une table de bois dont on essuiera les miettes d'un revers de main, des nappes en dentelle ; un grenier fabuleux ; des chambres en enfilade peuplées de grands lits et une grange transformée en dortoir ; des lampions dans les fruitiers, un petit potager ; des amis, des amours de passage - toujours de la musique ; il y aura l'école à pieds, la boulangerie un peu plus loin, et il y aura, sans doute, les batailles malheureuses de la vie rurale.

Il me dit oh tu sais on la construit déjà cette vie là, et bien sûr qu'il a raison ; notre fournisseur d'énergie renouvelable et chaque mardi, les paniers de légume de F. & M. Les associations pour changer un peu le monde, à notre petite échelle, les réunions, les valeurs en lesquelles on croit, les jeux avec Camille, les journées où l'on file sur la route plus vite plus vite ! pour rejoindre cette maison de la Comtesse que l'on aime tant et près de laquelle nous viendrons, un jour, poser nos bagages. Il y a les dîners à P., les chatons dans les bras maladroits de Camille, les bêtes dans l'étable, l'odeur des plantes à respirer fort ; le boulot par dessus la tête qui fait à nos hôtes des regards fatigués, mais heureux. Alors, de ces soirs dans ses bras et de ces journées fuguées, on invente une évidence. Les mots deviennent faciles, les mots deviennent graciles et ils ne font qu'indiquer la direction d'un chemin qui mène vers nos rêves ;

lundi 23 septembre 2013

Quand la vie est une branche / Chaque jour est une feuille

And the Boys by Angus & Julia Stone on Grooveshark



// Le bruit des petits pas potelés sur le plancher ; l'oeil entrouvert, et son sourire plein de malice dans l'entrebâillement de la porte / l'assiette bleue, celle des fromages, déposée sur la table des petits déjeuners / La vie est belle en talisman ; les paillettes odorantes sur les poignets, derrière les oreilles, dans le creux des seins au petit matin / le café de treize heures, le carré de chocolat d'après-déjeuner / le pot de crème épaisse dans ce restaurant de bord de mer qui nous voit grandir, chaque fois un peu plus / la pile de livres sur la table de bois brut / les déjeuners où se mêlent si fort les conversations qu'il devient impossible d'en suivre une ; ces tablées immenses d'amis, de rosé, de frangins, de rires ; ces visages vieillissants qui jalonnent notre vie et qu'on retrouve toujours toujours à déjeuner chez maman / le portail de la maison de la Comtesse ; la vue sur la chaîne des Puys au loin ; la cheminée si vieille qu'elle menace de s'écrouler / le coeur qui bat devant la bibliothèque de Sorrel / la musique chez les S. / l'odeur dans la maison de M. / le dahl mitonné avec soin par N., dès que nous lui rendons visite / le Monde Diplo chaque mois au courrier / L'odeur de Camille, cette odeur si spéciale d'enfant que je hume dans sa nuque dès qu'il passe à ma portée, comme une mère-louve / Les grands arbres du parc qui battent le rythme de l'année et des saisons qui passent / les to-do-lists à n'en plus finir, et qu'on ne raye jamais / la main tendre de mon fils sur le bouton de la radio ; et un peu de Fip à chaque retour à la maison / les lundi-yoga ; les mardi soirs-jazz manouche ; les pancakes du dimanche devant les Aristochats / la main de neuf ans de Clowie dans ma main de neuf ans, comme première image du matin sur mon macbook / les quelques minutes sur le banc, au milieu de ce parc tant aimé, à méditer sur la journée à venir après avoir déposé Camille à la crèche / nos pieds nus sur le bois, et qui tourbillonnent aux premières notes de notre chanson /les tickets estampillés Pompidou qui s'entassent dans mes poches ; l'endroit précieux où mes pas me mènent à chaque escapade parisienne / le p'tit texto du lundi ; des pensées pétillantes à mes copines pour débuter la semaine / mon incapacité à dépasser les deux rangs du tricot posé sur mes aiguilles depuis deux ans / les jolis prénoms soigneusement consignés dans un petit carnet / l'enfant d'amour, le nez collé à la fenêtre et qui devise joyeusement de la vie qui file / les mains chaudes de Vivien sur mon corps, le soir, lorsque la nuit tombe et qu'il me semble, pour un instant, pour un instant seulement, que le monde nous appartient.


Je répond à la jolie idée de rendez-vous de Zaza of Mars
sur le thème des petites habitudes ;
quelques moments de douceurs récurrents


mercredi 18 septembre 2013

Au pays des matins calmes pas un bruit ne sourd

Minor Swing by Django Reinhardt on Grooveshark




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Je suis sortie dans le silence de la nuit, il m'a fallu resserrer le foulard bariolé sur ma gorge ; il faisait froid, les sols brillaient encore de la pluie nocturne ; au coin de ma rue, la vie m'a frappé de plein fouet ; la lumière scintillait sur le trottoir hanté des pas de collégiens, la fumée du tabac, les barrettes dans les cheveux des filles et les rires un peu graves ; ils riaient dans les volutes bleues, la marque du sommeil pas tout à fait disparue de leurs visages poupins ; ces grands enfants, ces petits adultes, ces hybrides poussés encore pendant l'été, la peau tendre-le regard dur, les joues rèches des premières barbes, le trait noir au dessus de l'oeil ; mais suspendue à la fermeture éclair du sac, la fourrure douce d'un petit ours ;

***

Le dos droit, les mains à neuf-heures-quinze-ou-dix-heures-dix, je me laisse guider par sa voix. Ils sont combien à ces petites heures du matin, au volant de leurs bolides ; est-ce qu'ils écoutent Patrick Cohen ou Maxime Leforestier, à quoi pensent-ils pendant ces quelques heures volées à la course du quotidien, métro-boulot-dodo et les enfants par dessus bord ; est-ce qu'ils voient, comme moi, le soleil se lever sur les immeubles, la danse des mains contrariées sur les volants, la journée riche de possibles ; est-ce qu'ils pensent à leurs déjeuners, leurs rendez-vous, les premiers dossiers à traiter, les chaises à descendre des tables, les cris des enfants dans une cour colorée, l'odeur de javel du couloir d'hôpital ; est-ce qu'ils songent à cet instant de pause pendant laquelle ils reprendront leurs rêves au vol, quelques secondes grappillées, et revigorantes ?
Je me laisse guider par sa voix, j'inspire-j'expire avec le ventre, comme C. me l'a appris. Il tourne le bouton du magnétophone, la voix de Django emplit soudain l'habitacle d'un rythme nouveau ; Il me répète que j'ai les bons réflexes pourquoi ne vas-tu pas au bout, alors ?, parce que, mon grand, je ne fais pas confiance à mes instincts ; c'est le drame de ma vie, figure-toi, cette incapacité à aller au bout de moi-même, ce geste toujours suspendu, cette pensée perverse qui me traverse et me nuit tu te trompes ; et si je ne me trompais pas ?

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toujours, il y a mon petit garçon, le corps de Camille lové contre le mien, sa voix tendre contre mon oreille, la pulsation rythmée sous mes doigts qui redessinent inlassablement les contours de cette petite personne que j'ai porté en moi, et qui se modèle sans nous ; toujours il y les mains chaudes de Vivien sur mon visage, front contre front et le baiser déposé au coin d'une lèvre ourlée, il y a le regard qu'il pose sur moi et qui me fait frémir, je lis oh combien ! le désir, oh alors ! la fierté dans son œil qui brille ; toujours il y a ces voix qui se mêlent et s'entremêlent, racontent mon histoire de fille, mon histoire de femme et la nuance subtile entre les mots. Dans ma tête dansent des miettes de film, des morceaux de chansons, des pages de livres, des éclats de vie, des bouts d'amis, comme un puzzle interminable qui se joue de mes questionnements et s'improvise, insaisissable ; comme palpite l'impatiente !

***

Des mains s'agitent, le visage se colore et je mime soudain ma pensée. J'éclate de rire, puis-je faire autrement que m'animer puisque la vie me pousse dans le dos ? La quête des pieds stables sur le bitume, d'une main assurée, une voix posée, quêter l'ancrage, et demain, et demain - que sera demain ? La ville est éveillée, désormais ; il ne reste de la nuit que quelques vestiges qui déjà s'estompent ; chacun a repris la danse rituelle des journées de semaine, les odeurs-et-les-bruits envahissent les rues ; je serre le frein à main, tourne la clé dans le contact ; et c'est comme si tout recommençait...


mardi 17 septembre 2013

Et c'est pas du théâtre, c'est la vie, c'est partout

(Do You Wanna) Come Walk With Me? by Isobel Campbell & Mark Lanegan on Grooveshark




Et comme ça, tout a commencé ;

// un baiser timide dans une cage d'escalier, et puis des mots qui ne savent que s'offrir / sa peau contre ma peau / nos amours débutantes / son corps / son rire comme un éclat au creux des yeux ; j'ai aimé si fort sa façon de rire avec les yeux / compter un à un les grains de beauté comme autant d'étoiles semées sur son dos / une nuit d'été, alors, nous avons fabriqué un enfant  //

Dimanche - Il est dix-huit-heures, l'heure du soleil qui rase, le soleil d'or, tu sais ? de la fin de journée ; dans le champ en contrebas, ils s'agitent comme des fourmis et c'est drôle ce mélange des couleurs, ce mouvement qui semble perpétuel. Quelque part parmi eux, il y mon frère et son amoureuse ; il y a Vivien qui fait danser les bolas autour de lui, il y a notre fils qui le regarde bouche-bée ; partout autour, des peaux burinées par le soleil, des sourires las de trois jours de festival mais aussi, cette connivence des gens qui partagent quelque chose ; ici, c'est la conviction d'un monde qui change, d'un monde d'alternatives. Et elle est goûteuse, la liberté de tous les possible, on en sent le nectar jusque dans la limonade artisanale qui pique les lèvres, avant de se faire douce dans le gosier. Derniers jours d'août, une ultime gorgée d'été avant de regagner nos pénates. Je descend à pas comptés sur le chemin de terre qui me ramène au coeur de cette vie-là, j'ai fini d'être contemplative ; dix-huit-heures, l'heure de me rappeler à l'existence.

Vendredi - Une heure-trois, l'enfant blotti contre son père se laisse chahuter par les cahots du train, les yeux grands ouverts dans la nuit qui défile. Il y a quelque chose d'irréel dans ces villes que nous traversons au coeur de l'obscurité ; alors que nous nous laissons bercer sur nos couchettes un peu raides, d'autres dorment à quelques pas à peine du sommeil du juste ; lorsqu'ils s'éveilleront à l'aube, se rendront peut-être à leurs bureaux, ou à la boulangerie acheter une poignée de croissants chauds, nous accosterons dans la gare noire et froide que nous avons laissée voilà un an. Dans le petit matin blême, nous traverserons les banlieues endormies et sourirons peut-être de cette autre vie, de cet autre temps dont il ne reste pour trace que le souvenir et un sourire partagé au dessus d'un enfant endormi. Il est fugace le temps des retrouvailles, et il me semble ne savoir dire qu'au-revoir à Paris, il me semble ne savoir que la quitter ;

Lundi - Dix-neuf-heures-vingt, l'automne est entamé. Sur un tapis de velours rouge, je fais la salutation au soleil au milieu d'autres femmes ; par la fenêtre, j'entends la mélodie de la pluie légère, qui obscurcit le ciel et habille ma ville d'une drôle de couleur, comme un rose indien mêlé d'or - je répète ma ville, ma ville, ma vie puisque nous l'avons choisie et que nous y vivons, désormais et elle résonne dans tout mon corps en mouvement la phrase-mantra ; le petit verre d'eau osmosée à la sortie du cours, les mains qui disent à la semaine prochaine ; dehors j'aime marcher sous l'eau, l'humidité dans mes cheveux, j'aime observer, silencieuse, ces autres qui se pressent, ces parapluies qui se bousculent, ces voix qui se croisent, leurs chaussures dans les flaques, les mines déconfites, et je me prend à esquisser un sourire alors que des gouttes glissent dans ma nuque, réveillant une sensualité à fleur de peau ;

Et comme ça, tout continue ;

 // les câlins du matin, à trois blottis au fond d'un lit / l'enfant qui nous fait rire de tant de mignonitude et son à taaaab les amours ! / le café de treize-heures / la piscine un-jour-sur-deux et le yoga le lundi soir / la course à la vie, et les instants de grâce / la minute du soir où je rejoins, lovés-collés-serrés-à-tout-jamais le corps chaud de mon amoureux qui n'en finit pas de se creuser pour m'accueillir au plus près de lui / et alors, septembre qui reprend ses droits, et l'année nouvelle qui débute une énième nouvelle fois //


mardi-dix-sept-septembre-deux-mille-treize ; welcome aboard, c'est reparti pour un tour.

test

test

jeudi 2 mai 2013

laissez moi ce repère ou je perds la mémoire

La Ville que j'ai tant aimée by Tri Yann on Grooveshark

// Noué dans ma nuque, posé en talisman au creux de la gorge, le pendentif de ma grand-mère / Les cheveux noués en nattes savantes répondent aux doigts de fée que Maman mariait à mes mèches fougueuses / Au matin, en moi, sur moi, les enfants-aux-baisers / les mots de Vivien en pansement derrière mon oreille, son corps sur le mien qui gémit, la volupté et la complicité mêlées / Dans ma boîte à messages s'entassent les maisons à vendre dans notre coin de montagne et les mots d'O. croisent les nôtres, évoquent un demain charmant / J'ai tendu une main sereine vers l'enfant que j'étais / J'ignore où vous êtes, mais je suis, moi, sur mon chemin //


dimanche 17 mars 2013

et la maison s'est arrêtée et le printemps nous a salués


Yoyoma - Lebertango by Astor Piazzolla on Grooveshark

Le bruit des talons sur les pavés de la vieille ville, et puis sa course effrénée contre la mort, et puis sa course effrénée contre la vie, l'odeur de lavande derrière les oreilles, le bruit court de sa respiration, la poitrine qui monte et descend au rythme de sa fuite, les larmes-le rire-mêlés, la brique rose qui tourne, tourne, tourne, les yeux au ciel, soudain, et le soleil, soudain, et les violettes dans le creux de la main ; le corps en berne, quand il bleuit, le vague à l'âme, mélancolie en bandoulière ; les mots des copines, sur la toile, dans son sac, contre ses lèvres, au creux de l'oreille ; l'enfant au plus près du ventre, la bouche en morsure contre le cou chaud, les miettes de croissant dans le lit, les phrases de Prévert murmurées à l'instant même où ; les décisions, les conséquences, les envies et tous ces paradoxes ; dire merde ; la lumière dans l'appartement blanc, la lumière dans ses yeux, la lumière qui se reflète dans chaque nervure du ficus, la lumière à la fête ; le saxophoniste d'en bas, le contrebassiste d'hier, le clarinettiste au loin - les doigts d'enfant striés par les cordes drues du violoncelle et la colophane dans son étui, les petites mains de Camille si longtemps après mes petites mains ; la bicyclette et puis les quais, la tribu ; la furie, et si tout casser ; le dessin avec les doigts, les bras qui s'agitent, tu vois ? dans l'air pour raconter, pour raconter cette vie qui va si vite, la voix d'O., son souvenir dans mes nuits agitées, les petits colis d'un pays à l'autre, les places de concert, en guirlande sur le tableau de liège ; Paris encore ; un crocus sous la neige ; la chouquette du matin avant l'au-revoir chiffon, les yeux encore plein de sommeil ; savoir aimer, savoir aimer, savoir aimer ; les bas de soie, le rouge aux lèvres, les yeux charbons, comme autrefois ; le jardin d'hiver s'éteint ; dans un pot à thé, les crayons de couleur, dans un pot à thé, je vide mon coeur - à la chaleur de ses épaules, je me réchauffe et je souffle doucement dans son cou, ça chatouille, ça agace - et dis, est-ce que tu m'aimes ? et dis, est-ce que tu m'aimes ? - le recueil des mots tendres comme un trésor, à lire, à lire, le souvenir de ses sourires, là, dans les petits plis de son visage ; la crème d'amande sur la cuillère de bois, le jus des poires coule sur le menton, visage malicieux, qui a deux-ans-qui-en-a-tant ? - la bourdaloue trône ; à huit ans dans la garrigue, les mains sur la roche du Thaurac, l'odeur du thym qui empreigne tout mon corps sec et noir d'enfant nerveuse, les pieds dans des chaussons trop petits ; regarder mes compagnons grimper à la fraîche et m'endormir sur une pierre gorgée de soleil, un ciel tendre pour couverture ; les mille tableaux du Bol Bu, la liste des thés, descendre le doigt, hésiter, remonter et choisir, le breuvage précieux du jour ; aussi, le cliquetis du clavier et l'histoire qui se réinvente avant même que j'ai eu le temps de la penser, les petits personnages d'hier reprennent vie dans mes après-midi d'aujourd'hui ; cette envie folle d'ambre, des gouttes d'or à parsemer ; le printemps renaît, le doigt levé, le nez tendu, les paupières closes, je l'entends qui approche à pas feutrés  

dimanche 10 février 2013

I would be your eyes so you can see the morning light



Cette nuit là, la pluie transperçait mon vêtement, mon rire, l'entrain  ; sur un coin de zinc poli, deux nectars d'ambre ; sa chemise entrouverte laissait apercevoir, sur son torse velu, une médaille d'enfant. Nos rires sonnaient faux, nos gestes étaient maladroits, saccadés et toute la moiteur du monde s'immisçait entre nous, comme pour mieux nous éloigner. Les heures s'égrenaient et chaque mot, chaque regard, chaque mouvement étaient autant d'égratignures.  Dans une pantomime grotesque, nous avons esquissé un au-revoir, qui sonnait comme un adieu. Sa silhouette s'est éloignée dans la nuit brumeuse, noir sur noir, sans se retourner ; mon ventre s'est creusé, et la petite fougue, la grosse tempête, le feu, le rire aux éclats, la jouissance au creux des reins, la force de vie se sont envolés, me laissant vide, pantelante, désabusée ; et les mots me fuient, et la vie serpente sans flamme, et mes paupières se closent inexorablement, et l'âme meurtrie ; et [je quête sans relâche, tu sais... ce qui éveille coeur & corps, le frémissement ... encore]

vendredi 11 janvier 2013

That's the kinda step she takes

Florentine Pogen by Frank Zappa on Grooveshark

Je ne sentais ni la pluie dans mes cheveux, ni l'odeur de l'hiver dans l'air ; j'avançais en automate, le ventre dur, le regard fixe, les poings serrés dans mes poches. J'ai monté les marches de bois de mon immeuble, en dansant presque pour n'en faire grincer aucune. Mes poignets avaient l'odeur des mandarines, la sueur avait coulé dans la nuque de Vivien. Cette fois-ci, il lui a fallu du temps pour me ramener, pour me raccrocher, pour me rendre à la vie ; mais après son corps brûlant contre mon corps tremblant, les larmes libératrices, le visage dans le vent de janvier ; comme pour jouir un peu plus de cette renaissance, la pulsion de vie, les rêves - enfin.


dimanche 6 janvier 2013

à la folie dont tu es la raison

A toi by Joe Dassin on Grooveshark

A la vie,  à l'amour,
A nos nuits, à nos jours, 
A l'éternel retour de la chance

A la vie qui est cyclique ; au ciel qui est si souvent bleu ; à ces arbres dans lesquels j'accroche ma line ; à la garrigue de mon enfance ; à la roche chauffée par le soleil ; à ces rires, soudains et heureux ; à ces ventres pleins, et ronds ; aux enfants qui courent dans l'insouciance de leur âge ; aux grappes de raisin ; aux jeux de carte sur le coin de la table ; au café qui ronronne sur la vieille gazinière ; aux maisons de famille ; à la transmission ; aux tatouages qu'on réfléchit si longtemps ; aux tatouages qu'on exécute sur une pulsion ; aux amoureux ; aux mots tendres, qu'ils soient artificiels ou pas ; aux villas toscanes ; aux mots de Camus ; à Titou et Vivien qui parlent géopolitique ; à mes frères qui nous miment les films qu'ils ont vu ensemble ; à la complicité qu'on partage, tous les cinq ; à mes soeurs si farouchement indépendantes ; à mes amis qui savent mettre du piquant dans le quotidien ; à nos doutes ; à nos chimères, celles auxquelles on s'accroche, parfois dans un espoir insensé ; aux petites roulées ; aux pelouses sur lesquelles on pose de grandes nappes blanches, et aux paniers d'osier ; à la musique, celle qu'on fait et qu'on partage ; aux livres, qu'on lit en silence, en secret ou à voix haute ; à Emma Thompson si rayonnante dans l'adaptation que Kenneth Brannagh a faite de Much Ado About Nothing, et puis aussi, à ces films que l'on connaît sur le bout des doigts ; aux garçons maladroits qui nous révèlent des secrets la nuit dans les bars ; à ceux qui nous embrassent et à leur barbe qui rape un peu sur la joue ; aux sourires dont on ne se défait pas ; aux premières amours, aux suivantes, aux amours, aux amours qui durent toujours ; aux regards que l'on s'échange ; aux rencontres que l'on fait ; aux débuts tendres des relations ; aux premiers mots, aux premiers pas de nos enfants, à toutes ces découvertes qui embuent nos yeux et font trembler nos mains ; aux enfants des amis ; à la cuisine que l'on aime à faire tous ensemble ; à Mélodie qui dit La cuisine, chez nous c'est les garçons et ce chez nous qui veut tout dire ; à ce que l'on se dit, à ce que l'on ne se dit pas, à ce que l'on devine, aux mains sur les épaules aux petits matins douloureux ; aux deuils ; aux morts ; à la fougasse ; à ton rire ; à tes yeux qui brillent ; aux petites phrases assassines ; aux compliments à demi-mots ; aux compliments francs ; à la complicité ; à la mixité ; à cet espace de parole ; à cet homme tellement abîmé par la vie, qui ne croit plus et qui m'insulte sur la foi de mon apparence, et à sa stupeur alors que je réponds J'entends ce que tu me dis, aux mandarines juteuses de huit heures du matin lorsqu'on n'a pas dormi ; à ce refus des conventions ; à nos combats ; à cette vie comme une lutte, une lutte joyeuse mais ininterrompue ; à nos poings levés, à ce monde que l'on changera ; à ces réunions militantes ; à ces siestes à l'ombre des persiennes closes, et qui font jouer les rayons légers d'un soleil d'été ; à ces heures à parler ; à ces espoirs ; aux copines de fous-rires, aux copines qui gardent les bébés ; aux copines qui disent ma douce, ma tendre, ma biche, ma jolie... ; au sourire de Max ces jours-ci ; aux vacances que l'on passera ici ou ailleurs, mais ensemble ; aux engueulades auxquelles on n'échappera pas, douloureuses et heureuses aussi ; à cette liste qui n'est pas exhaustive et qui va continuer et qui va continuer et qui va continuer (chez toi, chez eux, chez nous, chez moi, partout) à eux, à toi, qui va et vient, à la famille, celle qui nous est donnée et celle que l'on choisit, tu sais, la Tribu, T.R.I.B.U et à mon coeur qui poumpoumpoum en songeant à tout ce bonheur encore à vivre ; A la vie,  à l'amour, A nos nuits, à nos jours, A l'éternel retour de la chance


mercredi 2 janvier 2013

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Sur un Trapèze by Alain Bashung on Grooveshark

Quand faut-il être fou
Que faut-il être encore ?

L'an nouveau a débuté dans la pénombre d'une chambre d'enfant ; dans la nuit, P. berçait Camille, qui sitôt dans ses bras, s'était apaisé, et tu. Les yeux de Vivien ne quittaient pas les miens, tandis qu'au delà de la fine cloison, nos amis s'écriaient et s'enlaçaient. Tout était à sa place en cet instant et c'était le plus fameux des commencements...

Auparavant, il y a eu tous ces chemins en direction du Vercors ; on s'est entassés dans la maison d'O., à cinq par chambre et dans la nuit, blottis sous nos couvertures on s'est chuchotés des morceaux de vie. J'ai retrouvé Pierre, que j'avais vu pour la dernière fois à Amsterdam, voilà trois ans. Aujourd'hui, nous sommes autres et nous sommes les mêmes. Les conversations se poursuivent et se croisent, la vie  nous égratigne et nous pousse, mais nous sommes toujours là, jour après jour, année après année et nous poursuivons tous le chemin de nos fragiles constructions, s'exister, les uns et les autres, les uns face aux autres, les uns avec les autres. Camille est venu agrandir la bande, de bras en bras, de genoux en genoux, de rires cristallins à rires graves, il creuse sa place et oh ! combien c'est tendre de le retrouver lové tout contre Max, et les deux profondément endormis. Des jours plus tard, tout le monde est reparti, Vivien fait chanter les verres à pied entre deux bulles de savon. La maison silencieuse renvoie un instant l'écho de ces instants qui grouillaient, qui fouguaient, qui vibraient, qui (oh, qui... !)

A Noël, dans la maison de la Comtesse, cette première nuit qui me fait chaque fois la même émotion, comme une première fois. Le temps s'etiiiiiire enfin et il y a une odeur tendre (de famille)(de vacances)(de jeux)(de feu de bois)(de vie)(de...

Un autre jour, nous chargeons notre clio de mille paquets, nous reprenons la route après de grands signes de bras à la famille, aux Bouseux, aux Elfes. Chez ma maman, on joue et on rit jusque tard dans la nuit. O. et F. sont là, et j'aime cette mixité, ce mélange des familles et des amis, cette tribu-là. Nous prenons la route de Toulouse un samedi ensoleillé. A l'autre bout de la France, une autre voiture tout aussi chargée rejoint la même direction. 

Je me souviens de ma tête qui vrillait, des mes yeux qui brûlaient et puis tout est flou, et la fièvre m'envahit, me restent des odeurs, des voix, des sensations, comme un fil-un-peu-sucré-un-peu-acide et ces images en vrac, Palmyre qui me fait couler un bain, les cocktails de Maxime, la fougasse que nous avons concoctée à quatre-mains, le sourire de Cerise si radieux et son duo de choc avec Vivien lorsqu'il s'agit de gagner au Time's up, l'enfant heureux au milieu de nos amis, le concours de bouffe, M., rentrée du Congo et toutes ces choses à se dire, les morceaux que K. me fait découvrir, B! et son crumble pommes-amandes,  et puis la fièvre, les nuits fébriles, le corps affaibli, leurs voix lointaines, les litres de thé au miel, Docteur J. qui me tutoie et son sourire, son sourire, quoi !, sa petite tape sur l'épaule, 

et ce qu'il reste de tout ça
[au creux d'un lit, mes amis, amoureusement enlacés, se murmurent leurs premières confidences]
[il y a des années, ce même jour, Vivien et moi, amoureusement enlacés, nous murmurions nos premières confidences]
[Les surprises de la vie, celles qui nous emportent, et 

On dirait que l'on soufflerait sur les braises, 
On dirait que les pirates nous assiègent, 
Et que notre amour c'est le trésor
On dirait qu'on serait toujours d'accord