samedi 15 décembre 2012

Ultimo bacio

La vita e bella by Nicola Piovani on Grooveshark


Comme je le lui avais promis, j'ai écris l'histoire de ma rencontre avec E., ce joli conte d'hiver qui allume encore quelques paillettes dans mes yeux quand je l'évoque ; j'ai tenté mille fois de le lui envoyer mais je n'ai jamais pu appuyer sur la touche blanche de mon macbook. Il y a tant de choses que j'aimerais lui dire, et ce qu'il a ouvert en moi, et ce souvenir gai que je garde au chaud pour passer l'hiver, et ses yeux qui riaient, et comme j'étais émue, et ce spectacle qui lui plairait sans doute, et ce que demain promet ; et tant encore. Les mots me fuient à l'instant où je tente de les lui écrire ;

Je me suis assise dos au radiateur, bercée par la chaleur, j'ai clos les paupières et j'ai dis n'oublie pas la cannelle, surtout ! mais l'a-t-il déjà oubliée ? A chaque gorgée, la saveur du chocolat brûlant et celle des épices se mêlent en une symphonie délicieuse, j'ai l'impression d'avoir vingt ans dans le salon d'O., dos au radiateur déjà, et je le regarde jongler en m'étirant paresseusement.

A cet instant, la chanson, Vivien sourit, je sais exactement ses pensées... et je ris, maintenant de cette complicité, oh bon sang ! continue de me prendre dans tes bras et de me faire valser pieds nus dans notre cuisine de minuit, mon amour, si tu savais comme je t'aime et comme la vie est tendre lorsque ton corps se presse contre le mien et m'étourdit ainsi.

Dans le pâle soleil de décembre, Camille observe les passants pressés, des colis plein les bras, le pas rapide et la démarche guindée, et puis les amoureux se bécotant sous les illuminations, et puis les enfants heureux, et puis la boulangère qui répète inlassablement le même trajet, et puis le souffle des chaudières dans la rue glacée, et puis et puis et puis la vie qui va... Nous avons tendu l'oreille. Le réparateur de mélodies en bas de chez nous jouait du saxophone. Alors nous nous sommes tus et nous l'avons écouté, blottis dans les bras l'un de l'autre. Sa petite main pressait ma grande main à chaque trille, à chaque envolée, j'entendais son rire dans sa poitrine, comme c'était doux.

J'ai fermé les yeux très fort pour m'imprégner de ce moment de grâce et je me suis dis que vraiment, la chose qui me réussit le mieux dans la vie, c'est attraper les instants d'éternité. J'ai fouillé dans les rayonnages de ma bibliothèque, la fameuse, dont tout le monde me parle sans cesse et j'ai trouvé ce que je cherchais, un vieil exemplaire de La première gorgée de bière, et autres plaisirs minuscules. J'ai traversé la pièce, mon trésor a la main, tournant les pages, me souvenant de telle phrase ou tel mot qui, déjà à ma précédente lecture m'avaient enchantée, et je suis allée le poser près du lit de Camille, comme nouveau livre de chevet.