jeudi 29 novembre 2012

Et tu marchais souriante épanouie ravie ruisselante


Ce récit est dédicacé à Ivan, et je crois que ma copine Pergamina y trouvera quelques clins d’œil...  

C'est un souvenir qui se rappelle souvent à toi. Tu as vingt ans, c'est un après-de-midi moite dans ce Paris qui emmagasine toute la chaleur du monde. Tu descends les escaliers de la station Bastille en traînant des pieds, rêves à une douche fraîche ou je ne sais quoi, et soudain, ton regard est attiré par l'abondance d'un chignon abricot, par mille petites mèches rousses qui tentent de s'en échapper. La fille marche dans les couloirs du métro, son allure est vive, son chignon tressaute et manque s'écrouler à chacun de ses pas. Sous la masse de cheveux soyeuse, il y a la peau de sa nuque, hérissée de petits poils clairs et tu as envie d'y poser des doigts, des lèvres ; tes pieds s'inscrivent dans ses pas et tu la suis, obnubilée par ce petit morceau de peau tendre. Il y a quelque chose d'émouvant dans sa détermination, sa marche rythmée, ses cheveux qui se soulèvent. Tu te prends à rêver poser une main ferme sur ses hanches et la faire pivoter, glisser tes bras sous ses fesses, la soulever contre un mur, embrasser son cou, dénuder son épaule, la faire rire et t'abreuver de cet éclat que tu imagines clair, et excitant. Elle s'arrête soudain, et s'adosse contre le mur, attendant l'arrivée de son wagon. Tu tentes de deviner, sous les vêtements, les contours de son corps, la bouche entrouverte, les seins petits, la taille marquée, les cuisses un peu rondes, le nombril, le bas ventre humide, tu sens le désir t'envahir et désormais, chacun de ses mouvements prends une autre ampleur, un autre sens. Les portes du métro se referment sur elle, te laissant pantelante et frustrée dans un Paris désenchanté.

Cinq ans plus tard, c'est devenu lointain, tout ça mais ça se rappelle à toi brusquement, lors d'une balade avec ton pote H. dans les vallées cévenoles. Tu es en avance et, en l'attendant, tu t'abreuves de cette chaleur printanière, tu offres ton visage au soleil, tu sens les moindres odeurs de résine, tu entends les craquements du bois et de la roche. Ton corps est réceptif, tu as envie de te donner et t'abandonner. Quand il arrive, une silhouette que tu ne reconnais pas marche à ses côtés, mais le flamboyant de sa chevelure qui brille dans le soleil de midi t'interpelle. Il ne te faut guère plus de quelques secondes pour reconnaître instantanément l'inconnue de tes vingt ans, la fille du métro, celle qui a depuis alimenté nombre de tes pensées érotiques. Ton corps s'éveille aussitôt de tous ses sens, tu sens tes seins se gonfler et ton ventre se tendre, ton visage rosit et, comme alors, tu la désires. Elle a peu changé, ses traits ont vieilli mais elle est plus belle encore, toute dorée par l'été ; ses bras, sa nuque, ses épaules sont constellés de tâches de rousseur et tu voudrais poser ta langue, lentement, sur chacune d'elles. Tu voudrais l'entendre soupirer de plaisir sous tes caresses.

Après les présentations d'usage, la marche joyeuse pendant laquelle H. te sollicite, tente d'attirer ton attention. Tu le connais depuis longtemps, H. tu viens régulièrement te poser dans ses bras, tu aimes la façon qu'il a de te regarder, sa façon de se mouvoir en toi et l'indépendance totale qu'il affiche en dehors de vos fougueuses étreintes. L'amant idéal, d'une présence intense lorsque c'est nécessaire et la distance respectueuse du bon copain le reste du temps. Il a envie de toi, c'est évident, sa main te frôle, ses allusions sont à peine voilées pendant que vous marchez tous trois dans la garrigue. Toi, tu n'as d'yeux que pour elle. Ses mouvements gracieux te captivent, tu as envie de croquer dans sa chair. Elle a toujours ce côté un peu potelé qui te plaisait déjà à l'époque, les cuisses rondes et fermes, la courbe bien dessinée de la chute de reins, les fesses larges. Tu n'entends plus rien que son souffle rauque dans les montées, tu ne vois plus rien que l'image alanguie de vos deux corps enlacés et tu manques de t'effondrer en te prenant les pieds dans les cailloux.

Tu ne sais plus comment ça arrive, mais il y a ce moment où tout chavire, sa main dans ton dos, sa bouche qui murmure quelque chose au plus près de ton oreille et son rire qui éclate, son rire comme une fontaine ; elle s'éloigne mais tu la rattrapes et tu cueilles à sa bouche le plus intense des baisers. Ton ventre brûle de désir et tu sens ton sous-vêtement s'humidifier. Elle gémit, entrouvre ses lèvres et tu y glisses ta langue ; la sienne vient répondre, vos corps se rapprochent. Le contact de sa peau contre la tienne te fais tressaillir, tu quêtes en son cou l'odeur délicieuse de ses cheveux tandis que vos mains cherchent fougueusement la route de vos plaisirs, s'attardant sur un sein, pinçant à travers l'étoffe légère de vos vêtements un téton durci, glissant sur les hanches, attrapant les fesses, et ta bouche danse le long de sa nuque, dans son dos où la sueur a laissé un goût un peu piquant, et tu remontes et l'embrasse de nouveau à pleine bouche.

H., médusé, vous observe. Il tique lorsqu'elle ôte sa robe de coton, et s'allonge nue près de la rivière, à l'ombre d'un châtaigner. Son corps est un appel aux caresses et tu reprends le chemin de son ventre, laissant tes doigts parcourir ses creux et ses pleins tandis qu'elle soupire. Tu poses tes lèvres sur son sexe, tes doigts aussi et tu fouilles en elle, et tu embrasses toute son intimité tandis qu'elle se cambre et s'offre ; elle jouit silencieusement, les mains ouvertes, paumes vers le ciel.

Quand elle a repris son souffle, elle se lève, toujours nue, et te déshabille avec lenteur, ôtant un à un chacun de tes vêtements. Elle suit des yeux les mouvements de ton corps lorsque tu te diriges vers l'eau, tu sens dans ton dos son regard empli de désir. Tu plonges dans la rivière ; loin de te rafraîchir, l'eau te galvanise et le courant sur tes seins, le long de tes bras et de tes jambes exacerbe ton plaisir, tes doigts cherchent ton ventre, ton pubis, ton clitoris et tu commences à jouer de ton bouton, emplie d'une profonde volupté ; elle te regarde en souriant t'allonger au bord de l'eau et caresse tes cheveux, ses yeux plongés dans les tiens en te murmurant d'une voix ferme jouis, jouis... le plaisir monte en toi rapidement, tu cries et tu ris dans le même temps quand la vague te prend subitement.

Assises l'une face à l'autre, vous appelez H. qui a observé la scène mi-figue mi-raisin et semble avoir du mal à trouver sa place. Son hébétude vous fait rire, toutes deux et il vous dit que c'est un bonheur, vos rires ensemble et vos corps ensemble ; combien l'image de votre étreinte lascive l'a ému, et troublé. Son ardeur est attisée, il baise tes lèvres avec avidité, comme pressé d'entrer dans ce cercle enivrant de sensualité. Tu sens ton corps s'éveiller à nouveau et le sien se tendre et se durcir. Elle vous observe, un demi-sourire posé sur sa bouche, encore gonflée de plaisir.

L'encouragement dans ses yeux et le corps d'H., que tu connais si bien et que tu chéris t'emplissent de fougue, tu sens le feu en toi et tu les regarde tout deux avec gourmandise, tu t'assoies sur H. en déposant de légers baisers sur son visage, tu mordilles doucement une oreille et tu souris gaiement de son cri de plaisir. Il t'attrape par les fesses et tu le sens s'enfoncer en toi, tu ondules du bassin, tu te cambres, et elle est là de nouveau, elle embrasse tes seins avec délice tandis que H. lacère ton dos de ses ongles et tu danses, tu danses, tu te fonds en lui, la chaleur te gagne, tu sens les larmes affluer à tes yeux, tu contiens, tu veux tellement que ça dure, le soleil sur ta peau, le clapotis de l'eau à côté, le corps nu et tout en courbes qui caresse le tien, les petits seins à peine couverts par la chevelure rousse, qui tressautent au rythme de tes vas-et-vient, les épaules carrées d'H. et sa verge en toi qui se gonfle, cette sensation d'absolue beauté dans vos trois corps qui s'unissent, là, juste parce que vous en avez envie, et tu jouis fort, brusquement. Elle s'approche et t'embrasse, effleurant ta poitrine pulpeuse de ses seins minuscules, enlaçant ton corps extatique du sien. H. se retire et éjacule sur vos ventres réunis.

Vous êtes rompus, languides, vous vous regardez sans savoir quoi penser ; encore tout palpitants du plaisir qui vous a tous trois emportés à l'improviste. Encore nus, des gouttes de sueur perlent sur vos peaux veloutées, vos cheveux sont emmêlés de brindilles. L'extase perdure quelques minutes, durant lesquelles vous vous sentez apaisés, emplis de cette félicité des amants qui viennent de se donner sans retenue. L'incongruité de vos ébats laisse place à une évidence douce et vous savez, sans avoir besoin d'en parler, que ça n'est là qu'une première fois...


Summertime - Janis Joplin par Rikku-49

lundi 26 novembre 2012

Parce qu'un malheureux brûle encore, bien qu'ayant tout brûlé

Gracias A La Vida (Live) by Joan Baez on Grooveshark

Après avoir enfanté, après avoir nourri mon fils à mon sein, après avoir quêté dans les rues de Barcelone la femme en moi, après avoir pleuré de plaisir dans des bras d'homme, après avoir dansé pieds nus par une nuit brûlante, après avoir appris chaque courbure de mon corps, après

Le souvenir douloureux de mon dernier séjour espagnol s'estompe. Dans mon ventre, grandit une lune basse, et rouge ; une béance, une faille, la petite douleur du corps qui s'amollit et se détend, qui ne répond à rien d'autre que son besoin de repos ; Voici venu le temps du renouveau.

Je cherche dans les yeux des hommes et des femmes, dans les mouvements de leurs mains, dans l'effluve qui se dégage d'une masse de cheveux soyeuse, dans une nuque offerte à la morsure, dans un sein tendre, dans une main au creux de reins, dans une cambrure, dans un rire, dans une attitude, je cherche la sensualité, les prémices à l'amour ; sur un cahier neuf, je gratte les pages au son des voix qui me narrent leurs histoires ; 

La voilà, la quête de ce qui unit les êtres, ce qui les réunit et leur donne l'envie de se frôler, de se murmurer, de se toucher, de se rire, de se cambrer, de se donner, de se mordre, de se caresser, ce qui invente en eux l'envie furieuse ou le désir tendre ; et qu'est-ce qui t'émeut, toi ? Et qu'est-ce qui te fait vibrer ? Je te fais un thé, on s’assoit un petit moment et tu me racontes ?



lundi 12 novembre 2012

L'or sur le ventre des mouettes

Betty et Zorg by Gabriel Yared on Grooveshark

Au fil de mon périple,

[il y avait l'or sur le ventre des mouettes, et les yeux au large. Le bras de Max sous le mien, la sensation de plénitude ; et les mojitos à la fraise]

Le rythme de  la musique,
Le corps rompu, 
Les bras, les jambes parsemés de bleus,

[il y avait la chaleur électrisante d'un homme sur moi, son désir contre mon ventre, ses lèvres sur ma peau ; et l'étincelle qui embrase la nuit]

L'avion, les pensées brumeuses, le petit livre offert par Madelon,
le souvenir doux-amer,
les questions sans réponses

[il y avait, au cœur d'une nuit sans lune, la main apaisante d'un homme aux cheveux blancs, il me parlait de Foucault ; et ses grandes jambes qui quittent la chambre bleue, disparaissent sans prévenir dans les rues de Paris]

Le bouquin oublié dans la poche d'Orcrawn
Les heures dans la voiture, les rencontres de la route, le Chiffon Rouge,
Et toi, le syndicaliste si pris par sa cause, 
Et toi avec qui nous avons évoqué Mermet, Halimi et Harmony
avec qui nous avons lu des extraits du Diplo
et toi, dis, sais-tu combien nos conversations m'ont remuée ?

[il y avait un nid tendre posé entre deux montagnes, et dans lequel les conversations naissaient sans qu'on le leur demande ; et sa voix, tout au bout de la pièce qui dit Jouis, Jouis et mes doigts qui quêtent sans relâche mon plaisir. Dans le silence, mes cris soudains]

Le train qui serpente entre les vallées, le lac Léman qui miroite,
Mes sauts de cabris dans la montagne du Salève, 
Rouler à n'en plus finir dans l'herbe à peine rousse et pleurer de rire,
Improviser un train sur un tronçon de bois et inviter I. à prendre place
Tu sais, mes larmes sont gaies, souvent.

[il y avait cet ami si ancien et si différent de moi, les liens que l'on tisse ensemble ; et qui nous rapprochent, petit pas à petit pas, depuis des années]

Le rire de Camille dans la nuit toulousaine, ses petits bras 
et ses Maman dans mon cou
Le corps de Vivien, la chaleur de Vivien, l'étreinte de Vivien
La marque des copines, passées en mon absence, dans l'appartement,
Le dernier livre de Djian, et Par dessus le bord du monde de Tim Winton
Le cable tendu entre deux arbres ; jouer l'équilibriste, sur un rythme précaire.

[il y avait la décision, et le tournant dans ma vie. La nuque raide, les yeux clos, les mains calleuses, la certitude d'avoir fait, pour une fois, un choix éclairé et heureux]

Vivien qui m'enlace, qui m'embrasse, et qui valse ; des mots entre deux tourbillons, et cette vision,
- Tu es une nomade de la vie, tu n'es pas faite pour le sédentarisme,
Et il sera mon île et mon repère, et ses bras seront ma maison 
et tout aura du sens puisque, partout-à-chaque-instant, je saurais qu'il existe,
mon bel Amour, mon grand Amour ;

[il y avait les mots de Brel dans ce spectacle en Avignon/dans ce film vu et revu ; les mots que je me répète en boucle ; et j'y trouve la pulsation de vie]

Une île
Voici qu'une île est en partance
Et qui sommeillait en nos yeux
Depuis les portes de l'enfance
Voici venu le temps de vivre
Voici venu le temps d'aimer.


[il y avait le saxo en creux dans la chanson - tu l'entends ? - ; et dans l'atelier sous notre perchoir ; le saxo entre les mains de Vivien & dans les miennes il y a fort longtemps ; le saxo en capsules de bière découvert par Clowie à Bogotá et toujours, toujours le saxo ]