mardi 23 octobre 2012

Get free

Get Free (Original Mix) by Major Lazer on Grooveshark
Je me suis levée les yeux secs d'avoir trop pleuré.

J'ai dis les jours se succèdent les uns aux autres sans saveur aucune et où est le sel de la vie, j'ai dis aussi je voudrais aller au cinéma, et puis à des expos, des conférences, et regarder des films, et participer à des débats et lire tant d'ouvrages sur tous les domaines qui m'intéressent et qui sait, qui sait, je serais peut-être une meilleure personne, ou juste plus instruite, ou avec l'esprit aiguisé - ce serait un but intéressant, non ?

J'ai demandé où trouver le temps de vivre tout ça quand je devais me rendre chaque jour dans une université, le long d'une voie rapide, pour écouter des professeurs à la voix monocorde théoriser sur des notions pourtant issues de la vie quotidienne et dont les reliefs potentiels m'apparaissent au détour de chaque phrase ; j'ai pensé à mes années parisiennes et au parti pris de mes anciens enseignants, à leur fougue, à l'engagement derrière chaque phrase ou chaque exemple, à leurs mains qui tremblaient parfois, à leur séjours en prison pour avoir animé des radios pirates, à leur travail sur l'autisme, à leurs projets invraisembables et qui, pourtant, prennent forme ; hier accrédités à Cannes, demain promeneurs à Istanbul, alors les restes de 1968 s'attardent dans l'emphase, dans les convictions des acteurs-actants de Paris 8.

J'ai dis le ciel est gris et la brique toulousaine a disparu, enfouie sous ma morosité, j'ai dis demain, et le jour d'après, et le jour suivant, mes seuls bonheurs sont les bras de Camille autour de mon cou lorsque je pousse le portillon de bois de la crèche et qu'il court presque se jeter contre ma poitrine, et son odeur tendre de bébé poussé un peu vite derrière ses oreilles ; la tête de Camille qui devient lourde contre moi lorsque je lis les histoires du soir à la lumière de sa guirlande verte, d'une voix lente et douce, d'une voix tampon, et mon cœur ralentit et mon corps trouve, un instant bref, l’apaisement. 

Après mes sanglots, Vivien s'est fâché et a mis des mots sur cette interdiction de savourer, de m'installer, de me donner le droit d'être sans courir, sans angoisser, sans vouloir aller plus vite que la vie ; il a murmuré que trop trop trop c'est aussi pas assez, que trop trop trop c'est fuir, ou alors c'était dans ma tête mais je l'ai entendu, et j'ai su qu'il fallait que j'apprenne à prendre le temps.

J'ai dis je veux boire un thé au Bol Bu, avec ma copine et lui dire regarde toutes ces choses que je vois de moi, et embrasser ses joues tristes, ne surtout pas parler de nos mères, j'ai dis je veux la faire sourire, parce que je la veux heureuse, ça lui va tellement bien. Il y aura bien un moment où je pourrais écrire une lettre à Madelon, pour lui conter le goût savoureux des thés d'ici, mon petit garçon qui marche, sa gavroche de titi parisien, les livres que j'ai lus et finir par plein de et toi, et toi, et toi, ma toute belle ?

J'ai ouvert ma boîte aux lettres machinalement, il y avait une enveloppe manuscrite - il y en a souvent ces temps-ci, pour soutenir mon amoureux - mais celle là contenait un présent, une attention surprise de mon ami. Alors, j'ai tendu le nez au ciel toulousain, rassérénée. J'ai ôté ma veste, il faisait si doux et j'ai dis, encore

j'ai un rêve lointain qui installe ses racines len-te-ment ;
j'ai un projet fou, l'amorce d'un changement, j'en suis toute émue, et heureuse ;
j'ai un secret qui me mord le cœur, il me donne tout la fois la sensation de vivre et celle de sombrer ; 

Il est 22h04, mais y-a-t-il réellement une heure pour mitonner un gâteau au chocolat et aux marrons ? C'est l'heure d'être dans, c'est l'heure d'être , c'est l'heure d'être présente, c'est l'heure d'être