mardi 16 octobre 2012

the answer, my friend

Across Waters by 17 Hippies on Grooveshark

Il y avait la fatigue, bien sûr, la lassitude, les angoisses, les interrogations. Il y avait les rires nerveux et les boulettes ; il y avait l'intimité que crée deux jours passés collés-serrés, les rires, le groupe ; il y avait, à l'issue de ce week-end de formation, ce lien si fort entre nous ; cette impossibilité de se quitter, soudés comme nous étions, et puis cette décision de prolonger un peu autour d'une boisson chaude et d'une part de banoffee à l'Autre Salon de Thé. Ca tombait bien, nous étions dimanche-dix-sept-heures et il pleuvait.

J'ai été marquée par ce week-end, par le contenu de la formation, bien sûr, mais surtout par la fougue de chacun d'entre nous ; de parcours différents, d'âges différents et pourtant en chacun de nous, ce fond de militantisme, ces projets, cette façon de s'investir ; qui dans l'associatif, qui dans ses études, qui dans sa passion mais toujours avec vigueur, avec une forme de sagesse... Qu'ils étaient beaux mes compagnons d'un temps dans leurs diatribes et leurs motivations, dans leur façon de construire leur vie.

J'ai pensé à mon frère, à Liège, qui commence à sentir les effets de la crise et la nécessité de faire des études ; j'ai pensé à F. et ses rêves de grandeur ; j'ai pensé à Etienne qui a mis le pied dans un chemin qui le rend si heureux, et son rire au téléphone, dans chacun des mots qu'il prononce ; j'ai pensé à Madelon qui cherche un stage en se demandant ce qu'elle veut faire de sa vie, et puis aussi à sa copine B. partie étudier en Irlande ; j'ai pensé à ma chère Clowie, encore partie à l'autre bout du monde et qui peine à trouver ses marques ; j'ai pensé à mon amoureux qui passe ses jours dans son nouvel emploi et ses soirs à rédiger sa thèse, patiemment, mot après mot ; j'ai pensé à Max à Barcelone, à Palmyre à Paris, à O. dans le Vercors, à Cerise entre deux chaises et deux villes ; j'ai pensé aux trois de l'Atelier ; au décalage entre nos envies et la réalité, à nos illusions déchues, à la vie qui nous chahute ; 

A la foi, pourtant, que nous mettons dans nos boulots & nos études ; à cette force pour imprégner nos vies de joie ; à la conviction que tout tient dans nos mains ; à cette façon que nous avons, jour après jour, de donner du sens à tout ça ; malgré la colère, malgré la déception, malgré les doutes, malgré cette impression, parfois, que l'insouciance est loin derrière et qu'on nous a vendu du rêve. On retrousse nos manches et on prend le monde à bras le corps ; peut-être parce que nous sommes d'éternels optimistes ou peut-être parce que nous nous transmettons cette respiration-là ; que nos coudes se frôlent toujours de près ou de loin ; peut-être que ça marche parce que nous relayons l'espoir ; parce nous nous aimons et que cet amour nous porte, nous donne l'élan qu'il faut lorsque nous nous arrêtons le souffle court, le corps hésitant ;

J'ignore si la réponse s'envole réellement dans le vent, mais j'ai envie d'y croire ; fermer un instant les yeux, me laisser emporter par l'odeur glacée des soirs d'automne, le vent dans mes oreilles, le bruit des premiers pas de Camille sur le sol parsemé de feuilles rousses et brunes ; tendre le nez et chercher si the answer, my friend, is blowin' in the wind, the answer is blowin' in the wind.