dimanche 23 septembre 2012

Fatras

Wishes And Stars by Harper Simon on Grooveshark

Alors tu percutes que bon sang ! la vie c'est maintenant, pas demain ou dans trois ans, alors que tu réalises que tu peux agir, que tu peux acter tes choix, tes rêves, alors tu te dis que tout de même, il y a un lit dans ton salon et suspendus à de minuscules pinces à linge de bois, les pages des plus beaux cahiers de poèmes du monde, il y a des tournesols au quatre coins de la pièce et plus de rendez-vous dans ton agenda que tu n'as de doigts pour les compter, tu te dis qu'il y a toutes ces femmes autour de toi qui t'inspirent, parce qu'elles sont belles dans leurs mouvements, dans leurs quotidiens, dans leurs failles aussi, belles dans leur être au sens verbal du terme, tu te dis que tu n'as pas besoin de changer ton corps pour le trouver harmonieux et qu'il a été aussi menu et tendre que celui de ton fils et que probablement, on a passé des mains bienveillantes dans tes cheveux d'enfant, tu te dis qu'il a grandi en même temps que toi et qu'il t'a soutenue, là, des années durant et qu'avec lui tu as aimé à la folie, et nagé, et que tu as escaladé des montagnes, des vraies et des métaphoriques, alors que tu peux, là, danser en culotte et t.shirt, ébahie devant tant d'évidences, alors bon sang ! quel besoin as-tu d'espérer toujours après les autres ? Bien sûr que les relations nous font mais après tout, qui de mieux que toi-même pour être toi-même ? Tu t'étends sur le grand lit blanc dans le salon, tes yeux glissent des mots que tu aimes tant et qui dansent sur leur ficelle légère aux tableaux que vous avez choisis avec Vivien, ils s'arrêtent sur les premières peintures de Camille et se fixent sur les chapeaux au mur : il y en a un qui porte une fleur, une fleur solaire et lumineuse ; à cet instant, tu sais pourquoi, tu sais comment, tu sais qui ; à cet instant, la conscience aiguë de toi-même ; et tes doigts partent en quête de ton plaisir, dans les creux et les pleins de ton intimité ; toi qui pensais ne pouvoir jouir que dans l'étreinte d'un corps tiède, te voilà désormais libérée du regard de l'autre, des autres ; tu sens comme il est doux de se donner à soi-même et de se sentir exister, en toute indépendance ?