dimanche 30 septembre 2012

Mais bêtement, même en orage les routes vont vers des pays

Le Parapluie by Yann Tiersen & Natacha Regnier on Grooveshark

Chemin faisant, que ce fut tendre
D'ouïr à deux le chant joli
Que l'eau du ciel faisait entendre
Sur le toit de mon parapluie
J'aurais voulu, comme au déluge
Voir sans arrêt tomber la pluie


Le tac-tac-tac de mes talons virevoltant contre le pavé, le bruit dru de la pluie contre notre abri de fortune, le plateau de jeu sur la table de bois, nos bagarres et nos fous-rires, les confidences glissées entre deux riens de quotidien ; d'hier, d'aujourd'hui et, à demi-mots, des rêves de demain ; l'espace d'un instant, tendre seconde, un soleil roux darde la brique toulousaine de pâles rayons, le temps se creuse et s'étiole ; les bras de Vivien en berceau autour de l'enfant malade, la voix grave et belle de Max qui lit Prévert, mes mains tremblantes ;


dimanche 23 septembre 2012

Fatras

Wishes And Stars by Harper Simon on Grooveshark

Alors tu percutes que bon sang ! la vie c'est maintenant, pas demain ou dans trois ans, alors que tu réalises que tu peux agir, que tu peux acter tes choix, tes rêves, alors tu te dis que tout de même, il y a un lit dans ton salon et suspendus à de minuscules pinces à linge de bois, les pages des plus beaux cahiers de poèmes du monde, il y a des tournesols au quatre coins de la pièce et plus de rendez-vous dans ton agenda que tu n'as de doigts pour les compter, tu te dis qu'il y a toutes ces femmes autour de toi qui t'inspirent, parce qu'elles sont belles dans leurs mouvements, dans leurs quotidiens, dans leurs failles aussi, belles dans leur être au sens verbal du terme, tu te dis que tu n'as pas besoin de changer ton corps pour le trouver harmonieux et qu'il a été aussi menu et tendre que celui de ton fils et que probablement, on a passé des mains bienveillantes dans tes cheveux d'enfant, tu te dis qu'il a grandi en même temps que toi et qu'il t'a soutenue, là, des années durant et qu'avec lui tu as aimé à la folie, et nagé, et que tu as escaladé des montagnes, des vraies et des métaphoriques, alors que tu peux, là, danser en culotte et t.shirt, ébahie devant tant d'évidences, alors bon sang ! quel besoin as-tu d'espérer toujours après les autres ? Bien sûr que les relations nous font mais après tout, qui de mieux que toi-même pour être toi-même ? Tu t'étends sur le grand lit blanc dans le salon, tes yeux glissent des mots que tu aimes tant et qui dansent sur leur ficelle légère aux tableaux que vous avez choisis avec Vivien, ils s'arrêtent sur les premières peintures de Camille et se fixent sur les chapeaux au mur : il y en a un qui porte une fleur, une fleur solaire et lumineuse ; à cet instant, tu sais pourquoi, tu sais comment, tu sais qui ; à cet instant, la conscience aiguë de toi-même ; et tes doigts partent en quête de ton plaisir, dans les creux et les pleins de ton intimité ; toi qui pensais ne pouvoir jouir que dans l'étreinte d'un corps tiède, te voilà désormais libérée du regard de l'autre, des autres ; tu sens comme il est doux de se donner à soi-même et de se sentir exister, en toute indépendance ?


lundi 10 septembre 2012

Celle qui vient mais celle qui attend

Somewhere (from 'West Side Story') by Tom Waits on Grooveshark

O. se promenait dans mes songes la nuit dernière, sa démarche chaloupante qui le fait danser un peu dans ses pantalons de couleur ; ses dreads suivaient le rythme de ses mouvements et posé au coin des lèvres, un petit sourire exhalait de la tendresse, à la manière de cette fois où il avait surgit comme une apparition, un soir d'anniversaire sur les quais de Seine et m'avait offert dans une étreinte un pochon de lavande.
Ce soir, j'ai relu ses mails, leurs mails, j'ai murmuré les noms de mes amis, j'ai fais défiler les photos, les très vieilles et les plus récentes, le flux des sourires et des grimaces, le temps qui offre et ôte, les moments doux et les moins drôles ;
Ce soir, j'ai pensé combien la vie sait être douloureuse quand on ne peut, si l'envie subite nous en prend, serrer fort fort les très aimés dans ses bras.


samedi 8 septembre 2012

et sauter dans les vagues

Piece of My Heart by Janis Joplin on Grooveshark

Oh si tu savais ! Vivre, et jouir ; être contemplative ; faire du vélo, et puis bouquiner et sentir, dans le ciel, l'odeur de l'immensité ; embrasser mon enfant dans les plis de son cou, là où l'odeur se transmet ;  m'observer dans le miroir de la salle de bain et répéter Marie, Marie, Ma-rie, Maaaaa-riiiiie en me regardant dans les yeux. Me trouver bête mais bêêêête, éclater de rire, finir sanglotante sous le regard stupéfait de mon amoureux ; apprendre la couture, le tricot et me glisser dans les rouges fauteuils des salles de cinéma ; préparer une pâte en énumérant toutes les tartes qu'elle pourrait devenir ; rêver à  hier, à demain, jouer à qui-je-serais et dire un coup Prévert et un coup Joplin ; yeux mi-clos, sur le lit-dans-mon-salon écouter un chouette morceau, le saxophoniste et le pianiste de l'atelier du rez-de-chaussée ou juste la rumeur de la ville qui enfle et bourdonne jusqu'à mes fenêtres ; jouer trèèès tard avec mes amis à toutes sortes de jeux et avec eux, fumer de l'herbe, boire de la bière, refaire le monde ; aller marcher dans la montagne, finir la balade é-pui-sée mais emplie de satisfaction, avec le souvenir des bouquetins parmi les edelweiss ; rêver d'une maison à plein et en attendant, mettre toute mon énergie au service d'une médiation de la culture ; attendre le bruit du rideau de fer de la librairie musicale qui couiiiine à 10h30 tout pile le matin et à 19h-sans-faute le soir ; croquer le quignon de la baguette de pain et passer ma langue sur mes lèvres farineuses ; danser ; danser nue ; vibrer ; sauter dans les vagues ; crier de surprise au contact de l'eau, un peu froide ; crier de plaisir sous des mains d'homme ; crier de joie devant la vie qui s'offre ; crier d'amour, à la face du monde ; crier pour vivre ; et vivre ; et vibrer, fort fort fort.