mardi 21 août 2012

dans l'abondance des soirs d'été

Un Violon, Un Jambon by Serge Gainsbourg on Grooveshark

C'est toujours la même route, sinueuse, les mêmes chemins caillouteux menant à des lieux-dits qui portent les noms des familles, les noms des fermes ; c'est toujours le même panneau de bois avec l'inscription "élevage d'alpaga" peint en lettres multicolores par la main alors menue de L. ; c'est toujours le même accueil, la table de bois, le rosé frais, les fruits du jardin, la musique du monde, le grand rire de V. qui nous transporte, sa main ferme, sa peau burinée ; c'est toujours le sourire si plein de douceur de C. et ses grands bras dorés dans lesquels on aimerait se blottir, c'est sa voix tendre, c'est leur regard sur le monde ; ce sont les desserts que cuisine Cy. quand il n'est pas en virée avec ses copains, ce sont les paniers, accrochés en guirlande à une poutre de bois, c'est L., que j'ai connu petite fille et qui s'élance et se transforme, la ravissante L., la tant aimée. Ce sont les chiens que Camille caresse "tout doux, tout doux" et ses petits pieds nus le long du sentier, sa main souple dans la main rugueuse de V. le petit ruisseau dans lequel il joue, leurs éclats de rire au loin, les vêtements de bébé qui sèchent après le bain imprévu et le corps blanc de l'enfant sous le soleil auvergnat. Ce sont, aussi, les plantes qu'ils cultivent et qu'ils vendent, la délicieuse odeur de nos vies qui se mélangent dans la maison, c'est le Gour dans lequel on va nager, très tôt le matin ou très tard le soir, fuyant les hordes de touristes et leurs pique-niques ; ce sont les jeux et la tisane d'après déjeuner ; les chatons un peu partout dans la ferme ; c'est la sensation que le temps s'arrête puisque nous sommes dans la plus merveilleuse des maisons, auprès de ceux que nous aimons.

C'est la petite demi-heure de route pour rejoindre la maison de la Comtesse, choisir soigneusement l'itinéraire que nous emprunterons cette fois ; à l'arrivée, faire le tour du jardin, poser nos mains sur les arbres, le portique et songer à l'endroit où l'on plantera le fruitier de Camille, cet automne ; c'est chaque mur, chaque meuble, chaque objet qui résonne de nos souvenirs ; c'est cette fois où blottie dans le hamac, un livre à la main, je soupirais de bien-être en écoutant les bruits de mon amoureux en cuisine, suspectant pour la première fois la présence de l'enfant sous mon nombril. Ce sont les dîners sous les étoiles, la musique, les escaliers qui grincent. C'est le lit ramené du Japon et dans lequel dormait M., à l'autre bout du monde, voilà soixante ans, qui abrite désormais les nuits auvergnates de Camille. C'est ce sommeil, justement, de plomb, dans lequel nous plongeons tous ici et ces petits déjeuners à la fraîche, c'est le St Nectaire qu'on va chercher à la crémerie et la moutarde à la pompe, directement dans le grand pot qu'on ramène à Charroux d'une fois sur l'autre. Ce sont les mots tendres et les nuits câlines, les projets du lendemain, les rêves et les confidences que nous échangeons avec Vivien, blottis l'un contre l'autre.

C'est la sensation de vie, la pulsation, ce sentiment puissant qu'ici il n'arrivera que du bon, que du doux, et que demain compte à peine puisqu'aujourd'hui est si intense, déjà... alors, dans l'abondance des soirs d'été, nous nous murmurons les prénoms de nos prochains enfants, la joie que nous avons d'avoir enfin réalisé ce projet fou de partir vivre à l'autre bout de la France, les espoirs que nous fondons, les rêves si infiniment secrets qu'il n'y a qu'ici, dans la pénombre, que nous osons nous les avouer.