vendredi 15 juin 2012

And dreams hang in the air

Wonderful Life by Smith And Burrows on Grooveshark

Ce sont trois notes de musique, loin là haut ; c'est la lumière des lampions ; c'est cette bouteille de champagne sous cloche qu'on aperçoit là, posée sur le piano et ces voix à l'unisson, vite, vite nous nous hâtons sur les marches rouges, et perchées sur cette petite terrasse, le nez dans la brise cannoise et les épaules collées à celles de nos compagnons d'un soir, l'émotion prend racine, là, dans le moment et dans l'euphorie partagée ; dans ces cahiers de paroles qui passent de mains en mains, unies autour d'un piano vernis ;

Demain, nous reprenons le train pour Paris, mais nous n'y sommes pas, il y a tant à vivre encore, dans cette dernière nuit vibrante ; nous oublions nos pieds douloureux, la lassitude, la nostalgie qui déjà, commence à s'installer ; alors reprendre une coupe de champagne pour trois et boire sans façon les unes après les autres, colocs de hasard et complices, émues de la magie éphémère qui culmine en un merveilleux point d'orgue, ce soir  ;

C'est le souvenir d'une arrivée triomphale, d'une première baignade, bagages à peine posés et se dévêtir, courir se jeter dans l'eau fraîche et rire de bonheur sous le soleil, premier éclat mordant de la vie-qui-va-fort ; c'est cette première file d'attente, le coeur battant à l'idée de ne pouvoir entrer, et puis ce sont ces films qui s'enchaînent, une très mauvaise adaptation de Sur la Route mais comment transmettre ce rythme, ces corps, comment dessiner les pensées et les élans, comment ne serait-ce qu'esquisser une seconde Dean Moriarty dans toute sa splendeur et sa déchéance, dans tout son espoir et son fatalisme, dans ses contradictions, comment imaginer égaler la plume incroyable de Kerouac ? ; c'est cette expédition dans toutes les librairies de la ville pour acheter un énième exemplaire du bouquin, puisque j'ai toujours envie de le lire loin de chez moi et ce dépit quand je m'aperçois que tous les festivaliers ont eu la même idée et qu'il n'en reste pas un, pas un seul ;

Ce sont le Ken Loach & le Carax qui m'ébaubissent, m'éblouissent, m'emmènent ailleurs et c'est ce tendre Ernest & Célestine, coloré, musical, ces mille instruments qui s'enchevêtrent et interprètent les airs de Thomas Fersen ; je pense à Camille resté à Paris, à ce jour un peu lointain - quand il sera petit garçon - où nous le regarderons ensemble, à la magie qui ne manquera pas de pétiller dans ses yeux azur ; Ce sont des heures de marche, d'une salle à l'autre, de l'hôtel à la Croisette, ce sont ces robes étalées, ces chaussures lancées aux quatre coins, ce maquillage qui déborde et là, perdue au milieu, cette crème à la bave d'escargot qui promet des miracles ; c'est M. sa propriétaire, ses fleurs en tissu, son sourire inoubliable ; c'est T., troisième complice de ces jours heureux, son élégance, sa démarche incroyable sur ses talons vertigineux et moi qui les regarde, ces deux-là, si différentes de moi et si pareilles en même temps, si inconnues il y a quelques heures et si proches, là, dans la bulle éphémère ;
C'est L aussi, fugace apparition de blond et de soie rouge mêlés, de cernes et de sourires, généreuse L. ;
C'est un verre de vin blanc somptueux, bu à petites gorgées près de la piscine du Martinez, un cocktail rose bonbon dans le jardin d'une Villa aménagée par les Inrocks pour l'occasion, une coupe de champagne sous un chapiteau, puis une autre, et encore une autre, mes cheveux lâchés dans mon dos, le sable sous mes pieds, la mer qui chante, une énième soirée à laquelle nous sommes arrivées un peu par hasard et où nous nous mêlons à la faune locale, stars et journalistes, producteurs et équipes techniques ; c'est une robe cousue main qui fait sensation et ne cesse de tourbillonner, et ma tête tourne aussi ; mais c'est du bonheur, rien que du bonheur ; je suis ivre de sensations et de bulles ; un instant d'éternité sous les étoiles.

Le piano joue sa dernière trille et nous sursautons tous un peu lorsqu'il se referme en un clac sonore. Dans la nuit qui nous ramène, nous marchons à pas mesurés, pour mieux savourer les derniers instants, allonger le temps, un peu, rien qu'un peu ; demain, le train, Paris ; mais demain, demain.
Ce soir nous gonflons grand nos poumons et humons, une dernière fois, les effluves du festival qui ne s'est pas encore complètement éteint.