samedi 23 juin 2012

dans la nuit sucrée, à un piano accoudé

Rising by Lhasa on Grooveshark

La nuit est sucrée ce dernier jour de juillet et la quiétude retombe lentement sur Avignon. Dernière scène, derniers éclats et dans cette ruelle pavée trône un piano, vestige improbable du festival qui s'achève...  Je porte un tournesol à mon chapeau et il me semble qu'aux heures les plus obscures, ma fleur appelle un soleil flamboyant...alors, cet inconnu et son sourire, quelques mots échangés, on s'accoude à l'instrument et trouvons tant à nous dire que nous ne cessons plus de parler ; nous suivons la foule jusqu'à ce petit bar improvisé, quatre planches de bois autour d'un grand arbre et l'ivresse nous emmène plus loin dans la confidence ; outre le théâtre, la littérature, nous nous découvrons en commun cet amour des autres, une envie d'ouvrir grands les bras, une écoute, un rire là, au creux de la poitrine qui ne demande qu'à sortir et exploser en cascade ; les heures s'écoulent, nous reprenons notre marche nocturne, et dans la promenade, nos mains se frôlent puis se fuient. Oh, cette péniche qui nous emporte, quelques coussins de-ci delà, nos mains nerveuses, nos visages proches, nos paroles murmurées, son souffle sur mon visage, léger et tendre, et ce baiser volé ; la sensation que le temps s'arrête pour nous offrir, dans la plus belle nuit d'Avignon, un supplément d'allégresse.

vendredi 15 juin 2012

And dreams hang in the air

Wonderful Life by Smith And Burrows on Grooveshark

Ce sont trois notes de musique, loin là haut ; c'est la lumière des lampions ; c'est cette bouteille de champagne sous cloche qu'on aperçoit là, posée sur le piano et ces voix à l'unisson, vite, vite nous nous hâtons sur les marches rouges, et perchées sur cette petite terrasse, le nez dans la brise cannoise et les épaules collées à celles de nos compagnons d'un soir, l'émotion prend racine, là, dans le moment et dans l'euphorie partagée ; dans ces cahiers de paroles qui passent de mains en mains, unies autour d'un piano vernis ;

Demain, nous reprenons le train pour Paris, mais nous n'y sommes pas, il y a tant à vivre encore, dans cette dernière nuit vibrante ; nous oublions nos pieds douloureux, la lassitude, la nostalgie qui déjà, commence à s'installer ; alors reprendre une coupe de champagne pour trois et boire sans façon les unes après les autres, colocs de hasard et complices, émues de la magie éphémère qui culmine en un merveilleux point d'orgue, ce soir  ;

C'est le souvenir d'une arrivée triomphale, d'une première baignade, bagages à peine posés et se dévêtir, courir se jeter dans l'eau fraîche et rire de bonheur sous le soleil, premier éclat mordant de la vie-qui-va-fort ; c'est cette première file d'attente, le coeur battant à l'idée de ne pouvoir entrer, et puis ce sont ces films qui s'enchaînent, une très mauvaise adaptation de Sur la Route mais comment transmettre ce rythme, ces corps, comment dessiner les pensées et les élans, comment ne serait-ce qu'esquisser une seconde Dean Moriarty dans toute sa splendeur et sa déchéance, dans tout son espoir et son fatalisme, dans ses contradictions, comment imaginer égaler la plume incroyable de Kerouac ? ; c'est cette expédition dans toutes les librairies de la ville pour acheter un énième exemplaire du bouquin, puisque j'ai toujours envie de le lire loin de chez moi et ce dépit quand je m'aperçois que tous les festivaliers ont eu la même idée et qu'il n'en reste pas un, pas un seul ;

Ce sont le Ken Loach & le Carax qui m'ébaubissent, m'éblouissent, m'emmènent ailleurs et c'est ce tendre Ernest & Célestine, coloré, musical, ces mille instruments qui s'enchevêtrent et interprètent les airs de Thomas Fersen ; je pense à Camille resté à Paris, à ce jour un peu lointain - quand il sera petit garçon - où nous le regarderons ensemble, à la magie qui ne manquera pas de pétiller dans ses yeux azur ; Ce sont des heures de marche, d'une salle à l'autre, de l'hôtel à la Croisette, ce sont ces robes étalées, ces chaussures lancées aux quatre coins, ce maquillage qui déborde et là, perdue au milieu, cette crème à la bave d'escargot qui promet des miracles ; c'est M. sa propriétaire, ses fleurs en tissu, son sourire inoubliable ; c'est T., troisième complice de ces jours heureux, son élégance, sa démarche incroyable sur ses talons vertigineux et moi qui les regarde, ces deux-là, si différentes de moi et si pareilles en même temps, si inconnues il y a quelques heures et si proches, là, dans la bulle éphémère ;
C'est L aussi, fugace apparition de blond et de soie rouge mêlés, de cernes et de sourires, généreuse L. ;
C'est un verre de vin blanc somptueux, bu à petites gorgées près de la piscine du Martinez, un cocktail rose bonbon dans le jardin d'une Villa aménagée par les Inrocks pour l'occasion, une coupe de champagne sous un chapiteau, puis une autre, et encore une autre, mes cheveux lâchés dans mon dos, le sable sous mes pieds, la mer qui chante, une énième soirée à laquelle nous sommes arrivées un peu par hasard et où nous nous mêlons à la faune locale, stars et journalistes, producteurs et équipes techniques ; c'est une robe cousue main qui fait sensation et ne cesse de tourbillonner, et ma tête tourne aussi ; mais c'est du bonheur, rien que du bonheur ; je suis ivre de sensations et de bulles ; un instant d'éternité sous les étoiles.

Le piano joue sa dernière trille et nous sursautons tous un peu lorsqu'il se referme en un clac sonore. Dans la nuit qui nous ramène, nous marchons à pas mesurés, pour mieux savourer les derniers instants, allonger le temps, un peu, rien qu'un peu ; demain, le train, Paris ; mais demain, demain.
Ce soir nous gonflons grand nos poumons et humons, une dernière fois, les effluves du festival qui ne s'est pas encore complètement éteint.


mardi 12 juin 2012

du kiwi et de l'ananas dans la salade de riz

Valse de la Suite de Jazz N°2 (Extrait) by Dmitri Dmitrievitch Chostakovitch on Grooveshark

Le vent bruisse dans les cimes des arbres, je suis montée tout en haut, tout en haut ; accrochée dans les airs, j'avance à petits pas, je mesure l'absolue sérénité que je trouve ici ; le silence à peine troublé par les rires au loin ; le sifflement du descendeur sur le câble quand je m'élance d'un tronc à l'autre ; la conscience de moi-même, de mon corps, poids et contrepoids, balancer, prendre appui, sauter. Et les bras griffés, et les jambes moulues et le rire en cascade, et le regard de mon amoureux qui veille ; en bas, il y a Camille, deux petits picots ivoire derrière les lèvres tendres ; ce rire constant dans ses grands yeux bleus ; le monde qui défile, et sa curiosité de tout instant ; il me semble que les contraintes du monde s'éclipsent ; si je tend les bras et que je ferme les yeux, une seconde, je vole, oh oui ! vraiment, je m'envole et il n'y a plus que leurs deux visages derrière mes paupières closes, il n'y a plus que la pulsation de mon coeur. Demain est autre ; en attendant, M. a mis du kiwi et de l'ananas dans la salade de riz, le vin et la joie coulent à flot ; on trinque "Aux trente ans" et S. dit que, finalement, il se sent toujours jeune.

Le soir, Vivien et moi préparons des petits gâteaux délicieux pour son frère et il y a la fête, dans ces pâtisseries là, et l'amour aussi ; il y a le plaisir de les cuisiner pour lui et il y a cette fraternité chaude des gens qui s'aiment d'évidence, parce que c'est comme ça, que ça l'a toujours été mais aussi qui savent conscientiser cet amour pour en faire un choix, et je crois que nous l'avons chaque jour, cette conscience des chers aimés ; et alors, et alors... alors quand nous sommes tous redescendus, et que nous avons levé les yeux au ciel, au travers des branches qui bougeaient doucement, il y avait la lumière ; et la promesse d'une vie partagée.