vendredi 13 avril 2012

et la vie a continué

Let It Be by Joan Baez on Grooveshark

Ce petit minois rougi par le froid, ces menottes sagement posées sur ses genoux, son souffle dans mon cou ; nous avons regardé les animaux, puis nous avons marché et marché dans les allées fleuries avant de choisir un pot, un joli pot sans affreuses chrysanthèmes. Il y avait des variétés de bruyère colorées, il y avait un peu de blanc aussi. Il nous a plu. Tous les trois, nous avons repris cette route devenue familière avec le temps, nous sommes garés sur le petit parking et avons grimpé la pente douce en discutant.


J'ai repensé en lisant les noms sur les tombes à ces romans-fleuves où des générations de personnages se succèdent, dans lesquels le symbole, le lien importent, dans lesquels les jeunes générations transcendent les rêves de leurs aînés. Ces sagas où il n'y a pas de place pour la peur de mourir, puisqu'on sait qu'il y aura un personnage pour prendre le rôle principal.


Soudain, je n'ai plus eu peur. J'ai senti que tout était à sa place, j'ai vu notre enfant s'inscrire dans notre histoire familiale, je l'ai vu à deux ans, dix ou vingt-cinq, j'ai vu ses frères et ses sœurs, ses cousins, les rides sur le visage de Vivien, le châle sur les épaules de M., j'ai vu V. rire et parler fort, j'ai vu en L. une ravissante jeune femme et C. en jeune père. J'ai vu mes soeurs, mes frères aux différents âges de leurs vies. J'ai vu chacun de nous vieillir. Cela m'a semblé évident, cela m'a semblé doux et je n'ai plus eu peur de ce temps qui file, à une vitesse folle.


Je sais que, lorsque je ne serais plus là pour continuer ma route, de nombreux chemins en partiront et que sur chacun il y aura un être aimé, quelqu'un pour ouvrir la voie à d'autres routes, encore et encore et encore.


Je suis mon personnage principal, mais je ne suis pas le personnage principal.


A voix haute, j'ai lu les noms sur les tombes. Sur celle où nous nous sommes arrêtés, j'ai lu ce prénom que porte aussi mon fils ; je me suis demandé si ce monsieur que je n'ai pas connu s'était posé la question de ces fils qui lient les hommes entre eux, s'il aurait été rassuré de voir qu'il y a toujours quelqu'un dans ce cimetière, pour écrire la suite de l'histoire.


Une vive émotion m'a submergée. Détournant les yeux, j'ai regardé Vivien qui nettoyait les pots de fleurs, qui partageait la bruyère entre la tombe de son père et celle de ses grands-parents.


L'enfant a pleuré. En toute simplicité, j'ai sorti mon sein et me suis assise près de la plante que nous avions amenée, sur la pierre de Volvic, cette belle pierre dénuée des artifices environnants. J'ai embrassé du regard le ciel dégagé, le pâle soleil d'octobre, mon petit qui souriait le sein en bouche et mon mari, beau et ému.


De bien-être, j'ai soupiré. Et la vie a continué.