dimanche 18 mars 2012

Ma verrà un giorno che tutte quante lavoreremo in libertà

Bella Ciao by Yves Montand on Grooveshark

D'abord, il y a la rumeur, encore lointaine ; mais déjà le coeur bat plus vite, les jambes trépignent, l'esprit s'accélère ;
Ensuite viennent les tambours, puis les saxophones, les sifflets, les cris enthousiastes, ... au détour d'une rue, subitement, les couleurs explosent, et à perte de vue un flot d'humains qui se lient dans une même mouvance ;
Depuis ma toute première fois voilà dix ans ça ne manque pas, je me sens prise d'une vive émotion à l'idée de ces banderoles sous lesquelles sont réunies les mêmes convictions, les mêmes envies, la même richesse d'esprit ;
Une fois arrivés, c'est un concentré : l'odeur du tabac, celle plus âcre de l'herbe, les rires, les tracts, les chars, les échasses, les atébas dans les cheveux des filles, les enceintes grésillantes et la grillade, les enfants sur les épaules de leurs parents, ou comme nous cette fois dans les porte-bébés et Camille entraîné dans un élan d'allégresse qui hoche la tête et les bras au rythme des slogans scandés ; il y a ces gens venus de partout, ces délégations qui ont pris des bus communs et ces autres qui se sont entassées dans des trains, il y a ceux qui poussent leurs vélos et ceux qui ont fait usage du métro ; désormais ils marchent tous, bras contre bras, pour les mêmes causes ; tout au long du cortège, les atmosphères musicales se succèdent, du Temps des cerises aux Motivés, et puis du rap, du reggae, des chorales et l'Internationale, maintenant, et puis là, cette dame âgée qui chante de toute ses forces et son corps frêle tremble de rage et de foi dans le même temps et plus loin des jeunes gens ont lancé un choeur, et ici c'est un djembé qui prends le relais et ils sont quatre, cinq à danser, et peu importe leurs âges, leurs croyances, ils sont là et ils se sourient les uns aux autres ; je repense à cette séance de cinéma partagée avec Vivien et qui nous avait vus ressortir riches de cette sensation incroyable de faire partie d'une communauté forte de ses combats, de ses valeurs et je me dis que c'est ça, qu'il y a dix ans, que d'années en années, qu'aujourd'hui c'est encore ça et que derrière les étiquettes politiques différentes, il y a surtout des hommes, des femmes et des enfants qui marchent ensemble, qui se rassemblent, mus par le désir de défendre les libertés qui devraient être dues ; contrairement aux critiques acerbes de ces manifestations régulières, j'ai envie de voir un désir d'union, une force universelle ; j'ai envie de voir une fête ; une communion de pensées. Car au-delà des revendications, il y a cet espoir chaque fois renouvellé d'un avenir plus juste, plus vrai, meilleur.