jeudi 8 mars 2012

Here's my lullaby

Lullaby by Leonard Cohen on Grooveshark

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits


Il y a des jours à lire et relire Baudelaire, à trouver du sens à chacun de ses mots, à dire à haute voix toute la beauté de ses phrases,

Un plaid recouvre mes épaules qui tremblent et un voile sombre tombe devant mes yeux fatigués,

Des jours sans saveur, où je relis minutieusement ma correspondance avec ma grand-mère ; elle emplit alors tellement ma maison que son absence devient insupportable et je dois sortir marcher, marcher pour oublier qu'elle n'écrira jamais plus Ma poupée chérie de sa belle écriture en haut de lettres portant mon nom ;

Il y a des jours où même le plus tendre des chocolats chauds, préparé avec amour par Vivien ne suffit pas à me rendre le sourire ;

Alors... alors fermer les paupières, écouter quelques minutes la voix de Léonard Cohen, puisqu'il ne reste plus que ça, et penser à ces belles choses ; à ce week-end avec Titou, ces promenades avec Clowie dans Bruxelles-la-belle ; à nos projets pour l'an prochain, cette ville, cette université et pourvu que je sois prise! ; à nos rêves d'espaces et de liberté ; à mon amour d'enfant qui rit, oh vous le verriez gratouiller mon cou tout doucement et quand je m'exclame hihihi, ça chatouille éclater d'un rire cristallin, tout fier de sa trouvaille ; à cette roulotte multicolore proche d'Amsterdam où nous avions déjà séjourné voilà deux ans et qui nous est réservée, fin avril, pour des jours lumineux, à ces promenades que nous ferons tous les trois le long des canaux, à ces tableaux que nous irons voir, à ces poules d'eau qui couvent et qui attaquent les canards qui approchent de trop près leurs nids, je me souviens encore, tiens, elles semblaient courir sur l'eau et qu'est ce qu'on en riait ! ; à Etienne, Cécile & Laure que nous embrasserons bientôt ; aux rues de Montpellier qui me racontent mille souvenirs ; à ces expositions qui fleurissent, offrant une touche printanière à Paris trop grise ; au hamac, rangé dans la vieille malle et qui espère les beaux jours ; à des apéros en terrasse, des pique-niques sur les quais de Seine ; à ces billets pour Londres, dans une enveloppe, qui attendent mes vingt-cinq ans ; à Camille, toujours - puisqu'il est le vent frais de ma vie- qui souffle dans mon oreille au petit matin et se réveille chaque jour en souriant ; à Vivien, mon tout beau, qui caresse mon visage tendrement en me murmurant des douceurs, des tu verras, mon coeur, à Vivien qui devient père depuis dix mois et qui le fait avec tant d'évidence et de poésie que c'est un émerveillement quotidien ;

Alors, je cesse de me demander pourquoi, pourquoi mon coeur a si mal certains jours, pourquoi ma vie flanche et les larmes affluent, douce mélancolie ; je ne cherche plus à comprendre et je me laisse bercer, puisque c'est ce que me conseille cette voix un peu râpeuse, un peu douce aussi ; et j'attends des lendemains qui chantent ;

If your heart is torn,
I don't wonder why
If the night is long
Here's my lullaby
Here's my lullaby