lundi 12 mars 2012

au rendez-vous de la gaieté



Nous avons entassé sacs et jouets dans la voiture, des piles de magazines pour la route, quelques bouquins aussi et les diapasons, nos malles aux chansons ; dans le petit siège, Camille bavardait, sur mes genoux, enroulé dans un torchon à carreaux rouges, le cake pignons-pesto qu'avait cuisiné V. embaumait l'habitacle et nous creusait l'appétit. Nous avons a roulé, roulé, passé la frontière, roulé encore et sommes arrivés à l'ULB à l'heure du goûter ; ça tombait bien, chez Clowie il y avait du cheesecake, des viennoiseries et de la délicieuse confiture de framboises de Sommières. Il ne nous a pas fallu plus de deux minutes pour évoquer nos frères, nos soeurs, notre hier, nos Cévennes, cette enfance que nous avons partagé de bout en bout. Rendez-vous toujours. Dans le grand salon, il y avait un canapé affaissé-et-moelleux qui signifiait ce que confort veut dire, et par la porte de bois qui craquait, les vas-et-vient des habitants de la grande maison. Clowie disait C'est un peu ça les kots Bruxellois, je crois, le coloc grec qui s'en va demain et qui fait triste mine, la lilloise enjouée qui parle à grands renfort de bras levés et de sourires, ce garçon là si délicieusement italien, qui improvise pour l'enfant un concert de contrebasse ; toutes ces langues, ces accents qui chantent, oh ! que j'aime Bruxelles si cosmopolite et cette sensation incroyable que nous appartenons tous au même univers, que nos différences nous rassemblent, que nous sommes citoyens du même monde.

Bien plus tard, lorsque nous nous sommes échappés dans les étages pour découvrir le nid de Clowie, perché tout en haut de cette maison typique, il faisait nuit. Camille jouait avec le jouet de bois tintinnabulant que C. lui avait offert et qu'il n'avait plus lâché depuis. Dans cette chambre sous les toits, dans ces heures oubliées, courrait un tel parfum d'éternité que je ne saurais dire combien de temps nous sommes restés ; déjà, il était l'heure des embrassades et de rejoindre l'immense appartement de T., rencontrer enfin G. & O., poser nos valises ; s'étonner de la complicité fulgurante de mon frère et de mon fils.

Ils étaient pétillants ces jours, jours de jeux, jours de rires, jours de balades, jours de gaufres, jours de politiques, jours de blagues et jours d'échanges ; il y a eu des frites à Barrière - il n'y a pas meilleures frites dans tout Saint Gilles ! - ; il y a eu, accrochée à un ballon rouge, une petite carte sur laquelle nous avons écrit nos voeux pour une future mariée allemande ; j'ai gagné chaque partie de Wanted disputée et comme à chaque fois que je retrouve T., j'ai fumé des roulées sur un rebord de fenêtre, en soufflant dans la nuit des nuages de toutes sortes.

Bien sûr, nous avons refait le monde, encore, toujours, avec un peu plus de maturité, un peu plus de conviction aussi, et peut-être quelques rides d'anxiété supplémentaires ; étions-nous plus optimistes à vingt ans ? Il y a eu le temps pour évoquer projets, rêves & envies ; parler un peu de demain, beaucoup de plus tard ; Vivien et Camille ont dansé à s'en étourdir et par deux fois nous avons dormi blottis les uns contre les autres, réchauffés à l'idée que cet enfant heureux saura lui aussi réinventer le monde ;

Dimanche matin, jour du départ, le soleil a brillé fort ; nous avons ouvert en grand les fenêtres de l'appartement, mon enfant riait dans les bras de son oncle, et il y avait tant d'amour, tant d'amour dans ce kot bruxellois que j'ai pris la vie de plein fouet et j'en suis restée toute chancelante ; il m'a semblé à cet instant là avoir gagné un petit supplément d'âme.

Avant de reprendre la route, nous avons échangé les formules d'usages, celles qui nous viennent de notre arrière-grand-mère, On ne dit pas merci on revient ; on s'est promis de se revoir bientôt, ici ou là, à Bruxelles, Paris ou Montpellier, peu importe finalement, tant qu'on est au rendez-vous de la gaieté.