dimanche 12 février 2012

La sève du désir

Teardrop by Massive Attack on Grooveshark

mon coeur bat la chamade ; mes paumes sont moites ; mes tempes bourdonnent ; ma poitrine se gonfle au rythme de mes inspirations, je sens mon corps se tendre, se cambrer, piaffer. Le désir s'immisce, lentement, dans chacun de mes gestes. J'ai toujours chéri la sensualité des ébats amoureux, depuis cette première fois avec un amant de dix-sept ans dans un lit blanc ; depuis ces mains maladroites et cette violence dans le don de soi, pleinement, entièrement, le corps offert à l'autre, les caresses infinies, les cheveux emmêlés, les lèvres gonflées, gercées d'avoir tant embrassé, les jambes qui se croisent, se décroisent, se mélangent et le sursaut inattendu de la première jouissance ;

De mon premier amant à mon énième il y a eu de ces instants éternels, des nuits inoubliables à goûter le sel à même la peau de l'autre ; des promesses ; une plage, un feu, une guitare ; des danses ; à vingt ans, j'escaladais pieds nus, en robe légère, les arbres du jardin du Peyrou et je jouais du saxophone dans la nuit, véritable appel à la volupté ; des rires un peu forts et des débats ; du nectar, des fraises croquées joyeusement par des dents blanches, des bières fraîches lors de journées ensoleillées ; un jeune homme négligemment accoudé à un piano oublié au milieu d'une rue avignonnaise ;
des nuits blanches et autant de petits matins au goût de miel ; des regards généreux sur mes hanches, sur mes seins, sur mes mollets ronds, des oeillades complices, ma main qui remonte dans mes cheveux, une fleur oubliée derrière l'oreille ;

Des hommes, des corps, des mains, des rencontres. L'excitation des instants de séduction, les corps qui se rapprochent, petit à petit, qui se frôlent, se désirent ; la palpitation du premier baiser ; l'odeur âcre de la sueur ; la quête des ventres, l'un contre l'autre qui se découvrent en silence ; et puis les cris ; les yeux -fermés ou plongés dans ceux de l'autre- ; la danse chaque fois réinventée des amants qui se sont trouvés ; l'enivrement d'un instant pris, dérobé à la réalité ;

J'aime ces gestes universels et pourtant empreints d'une telle intimité, ces gestes qui prennent la marque de ceux qui les répètent, portés par la magnificence de l'échange amoureux.
Deux fois neuf mois ont passés. Mon corps n'a jamais cessé de trouver refuge contre celui de mon cher et tendre mais voilà que je me l'approprie à nouveau ;

mon coeur bat la chamade ; mes paumes sont moites ; mes tempes bourdonnent.

La sève du désir a repris sa route, je me surprend à tendre vers l'ivresse de ces heures d'amour