lundi 20 février 2012

c'était hier et il y a si longtemps


Ce jour là, je m'en souviens, tu portais une chemise de lin rayée et tes cheveux étaient noués en catogan ; nous étions tous assis sur la pelouse du lycée, nous fumions nos premières roulées - elles avaient un tel goût de liberté, ces petites cigarettes que nous formions d'un geste précis, tassant le surplus de tabac sur le coin d'une table ou le dos de la main - et nous discutions gaiement de la manif. Un copain, là bas, jouait de la guitare et un autre du djembé. Tu es arrivé, avec cette chemise un peu froissée, tes tâches de rousseur et ton sourire que je rencontre souvent en rêve, aujourd'hui encore. J'ai regardé ton corps délié, tes épaules rondes, tes bras musclés de basketteur, et Tom, je te promets que si j'avais pu, à ce moment là, je les aurais mordus tes bras dorés par le soleil...

Plus tard, après que nous ayons chanté, que nous ayons scandé, que nous nous soyons tenus aux épaules et que nous ayons crié notre dégoût de ce monde en mutation, ce monde pourri par le capitalisme, bien plus tard, lorsque la nuit est tombée j'ai téléphoné à Marion et au coeur de la conversation, subitement, j'ai murmuré les mots qui me venaient en pensant à toi. J'ai dis ton prénom, et j'ai recommencé, encore une fois, juste pour le plaisir de l'entendre.

Quelques jours ont passés, c'était le mois de mai, il faisait doux et le lilas embaumait ; au lycée nos professeurs avaient sorti les tables, les chaises et nous faisaient cours dans la pinède ; les probabilités et l'odeur douceâtre de la résine, le romantisme et le chant des cigales, les petites blagues des élèves qui rêvaient à leurs étés riches de promesses et les tentatives molles des professeurs pour nous intéresser à l'Europe, c'était tellement incongru et si évident pourtant. Il n'y avait pas de questions à se poser, il y avait la vie à embrasser et nous entendions bien le faire de toutes nos forces.

Une après-midi, sur le banc que l'on avait déplacé du terrain de tennis à la douceur des pins, tu te souviens, dis ? nos corps se rapprochent imperceptiblement, nos bras s'effleurent et soudain, venu de nulle part et au milieu d'un mot, nos lèvres se trouvent, la douceur des tiennes, la puissance de ton corps contre le mien affamé de toi et quand avons-nous cessé de parler pour se toucher, se dévorer de caresses & de baisers, s'étreindre à s'en faire mal, s'aimer déjà si fort, avec toute la fougue de nos adolescences.

Oh, Tom... c'était hier et il y a si longtemps. Je sais encore ton corps par coeur, du bout des doigts je le retrace dans le vide ; il est le premier que j'ai aimé ainsi.

Neuf ans ont passé depuis ce mai prometteur. J'ai aimé, depuis, et j'aime encore. Pourtant, je garde en moi le souvenir impérissable de notre exaltante passion de lycéens. Je ne l'oublierai pas. Cet amour, mon beau, il m'a grandie ; et cette histoire elle influe encore sur qui je suis, ce que je deviens parce qu'elle est une de ces rencontres qui nous modèlent, nous questionnent, de ces histoires qui nous font.



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