jeudi 12 janvier 2012

Et en moi comme un secret message

An Skoliater by Didier Squiban on Grooveshark

J'ai avancé à petits pas, yeux clos ; mes mains ont dénoué les bretelles de coton et j'ai senti le vêtement courir le long de mes hanches avant de tomber par terre à mes pieds ; j'ai eu un frisson, un long frisson qui prend sa source dans la nuque, à la racine des cheveux et qui descend le long de l'échine avant de se perdre dans les courbes de la chute de reins. Mon pied gauche s'est levé, s'est posé sur ma cheville droite, je piaffais, impatiente mais indécise. Et puis j'ai ouvert les yeux et je me suis regardée dans le miroir, mon corps nu offert à la lumière crue de la mi-journée.
Mon visage s'est froissé en une moue boudeuse et un instant, j'ai de nouveau fermé les yeux. Puis, je me suis souvenue...

Je me suis souvenue que ce corps tu l'as parcouru, embrassé, chatouillé, caressé, tu l'as pénétré, griffé, pincé, tu l'as observé, tu l'as photographié, tu as parcouru de tes doigts, de tes lèvres les constellations de grains de beauté, tu as suivi les courbes, tu as dessiné notre histoire, ce corps que j'ai peine à regarder aujourd'hui, tu l'as admiré. Oui, admiré, exactement et tu l'as aimé, de cet amour inconditionnel que partagent les amants, tu l'as aimé -et tu l'aimes encore- pour ce qu'il est, pour ce qu'il représente et pour ce qu'il deviendras, tu l'as aimé sans te poser de questions et dans son intégralité, dans ses changements, dans ses évolutions, tu l'as aimé quand j'avais vingt ans, tu l'aimes encore et demain, et le jour suivant, et toujours tu auras pour lui cet amour infini des corps qui se sont trouvés et adoptés, de ces chaleurs qui se fondent l'une en l'autre, de ces danses silencieuses ;

Je me suis souvenue que tu l'as fertilisé ; dans la jouissance, tu as ouvert en lui tous les possibles et des jours plus tard, Camille est né, de ce corps là, ce corps dont je détourne les yeux. Camille, l'enfant, notre enfant, mon enfant, qui a grandi là, derrière mon nombril, qui a dansé de chacun de ses petits membres merveilleux et qui a frappé un coup, un 1er janvier -jour anniversaire de notre première étreinte- pour te signaler sa présence. Camille est né et a laissé gravée en moi la trace de son passage, par un demi sourire mélancolique tout en bas de mon ventre, là, quand on suit la petite ligne qui part du nombril et qui descend doucement, cet endroit doux où tu poses ta main la nuit, quand tu dors.

Nos corps ont crée le chemin de nos intimités, mon amour et depuis ils ne cessent de se chercher l'un l'autre, et aujourd'hui, grisée de ces certitudes j'ouvre les yeux en grand, comme on se jette à l'eau, comme on souffle dans un saxophone, comme la première trille d'un grand morceau de classique qui vous prend aux tripes, j'ouvre les yeux et je contemple mon corps nu sans artifice, ce corps avec qui je vis depuis ma naissance à moi, qui a grandi et qui m'est fidèle, ce corps que je commence à peine à comprendre, à apprivoiser, ce corps dont le fonctionnement m'est encore étranger ; je regarde mon front, mes yeux, mon nez et ma petite bouche, mes joues, j'observe ; mes épaules rondes ; mes bras ; mes mains et ce petit grain de beauté égaré sur ma paume gauche -celle du coeur- mes seins lourds, mes seins de femme, mes seins de nourricière ; ma taille fine, la petite courbe derrière le nombril, reste de ma grossesse ombrée de dessins incroyables ; la cicatrice sur mon pubis, mes hanches larges ; mes fesses et mes cuisses ; mes mollets musclés ; mes pieds solidement campés là, devant ce miroir.

Je me regarde encore, encore et encore, et je sais tandis que mon regard chemine au gré de mes pleins et de mes creux, je sais, bien sûr que c'est toi, bien sûr que c'est Camille mais ce corps c'est moi aussi, comme une maison, une maison solide dans laquelle je peux ancrer des racines et espérer qu'elles donneront des pousses au printemps, c'est moi et ce corps, imparfait et si terriblement unique ; je prends conscience que j'ai grandi, parce que dans ma tête et dans ce corps, c'est une femme qui vit.