mercredi 25 janvier 2012

Le son de son coeur qui bat

The Sound of Silence by Simon & Garfunkel on Grooveshark

Derrière la porte, un enfant dort, tenant dans sa petite menotte la patte velue du grand singe blanc offert par son oncle. Je me souviens de cette peluche pour l'avoir vue tant de fois pendue au cou de mon frère, ses pattes accrochées l'une à l'autre - et d'ailleurs ce sont ces scratchs, cette texture étrange qui ont d'abord plu à Camille, lorsqu'Etienne le lui a offert à Noël. Il a donné son doudou en lui souhaitant une nouvelle vie de câlins, plus joyeuse qu'une existance poussiéreuse sur l'étagère d'un grand jeune homme. Ce soir, mon amoureux est de sortie, je papote avec Ivan sur la toile en regardant Persépolis. Nous étions allés le voir ensemble, à sa sortie, c'était il y a bientôt cinq ans ; cet été là, l'été de mes vingt ans, il y avait eu ces mots si durs, un appel de détresse et Ivan dans sa petite voiture qui vient me chercher pour m'emmener manger des crêpes avec Corentin et Célia dans la foulée, je me souviens de cinémas, de nuits à danser sur le son des 80's, d'après-midi escalade au Thaurac, de midis à faire la sieste bercés par le murmure des coins de rivière où nous installations nos paniers à pique-nique, cet été là j'ai soufflé plus que jamais dans le saxophone de Maman et de jour en jour, je suis revenue à la vie, dans un second souffle. Je me suis retrouvée. Cinq ans plus tard, je repense avec nostalgie à la chaleur de mes vingt ans, à ces souvenirs tendres. Je n'aurais plus jamais vingt ans. Mais parce que derrière la porte, il y a ce bébé que je berçais contre mon coeur, tout à l'heure, après que son papa lui ait lu l'histoire du soir ; il y a cette oreille ronde qu'il frotte pour s'endormir et contre laquelle je colle ma bouche, contre laquelle je fredonne The Sound of Silence ; il y a cette petite main potelée et dedans, celle de son grand singe blanc ; parce que derrière cette porte, je laisse chaque soir un bout de mon coeur de maman ; alors je me demande quelle importance, d'avoir vieilli un peu, puisque l'essentiel est là, à portée de main...