vendredi 21 décembre 2012

Au creux du souvenir

Trois Petites Notes De Musique by Yves Montand on Grooveshark

Toi, tu voulais oublier
Un p'tit air galvaudé
Dans les rues de l'été
La la la la la Toi
Tu n'oublieras jamais
Une rue un été
Une fille qui fredonnait


samedi 15 décembre 2012

Ultimo bacio

La vita e bella by Nicola Piovani on Grooveshark


Comme je le lui avais promis, j'ai écris l'histoire de ma rencontre avec E., ce joli conte d'hiver qui allume encore quelques paillettes dans mes yeux quand je l'évoque ; j'ai tenté mille fois de le lui envoyer mais je n'ai jamais pu appuyer sur la touche blanche de mon macbook. Il y a tant de choses que j'aimerais lui dire, et ce qu'il a ouvert en moi, et ce souvenir gai que je garde au chaud pour passer l'hiver, et ses yeux qui riaient, et comme j'étais émue, et ce spectacle qui lui plairait sans doute, et ce que demain promet ; et tant encore. Les mots me fuient à l'instant où je tente de les lui écrire ;

Je me suis assise dos au radiateur, bercée par la chaleur, j'ai clos les paupières et j'ai dis n'oublie pas la cannelle, surtout ! mais l'a-t-il déjà oubliée ? A chaque gorgée, la saveur du chocolat brûlant et celle des épices se mêlent en une symphonie délicieuse, j'ai l'impression d'avoir vingt ans dans le salon d'O., dos au radiateur déjà, et je le regarde jongler en m'étirant paresseusement.

A cet instant, la chanson, Vivien sourit, je sais exactement ses pensées... et je ris, maintenant de cette complicité, oh bon sang ! continue de me prendre dans tes bras et de me faire valser pieds nus dans notre cuisine de minuit, mon amour, si tu savais comme je t'aime et comme la vie est tendre lorsque ton corps se presse contre le mien et m'étourdit ainsi.

Dans le pâle soleil de décembre, Camille observe les passants pressés, des colis plein les bras, le pas rapide et la démarche guindée, et puis les amoureux se bécotant sous les illuminations, et puis les enfants heureux, et puis la boulangère qui répète inlassablement le même trajet, et puis le souffle des chaudières dans la rue glacée, et puis et puis et puis la vie qui va... Nous avons tendu l'oreille. Le réparateur de mélodies en bas de chez nous jouait du saxophone. Alors nous nous sommes tus et nous l'avons écouté, blottis dans les bras l'un de l'autre. Sa petite main pressait ma grande main à chaque trille, à chaque envolée, j'entendais son rire dans sa poitrine, comme c'était doux.

J'ai fermé les yeux très fort pour m'imprégner de ce moment de grâce et je me suis dis que vraiment, la chose qui me réussit le mieux dans la vie, c'est attraper les instants d'éternité. J'ai fouillé dans les rayonnages de ma bibliothèque, la fameuse, dont tout le monde me parle sans cesse et j'ai trouvé ce que je cherchais, un vieil exemplaire de La première gorgée de bière, et autres plaisirs minuscules. J'ai traversé la pièce, mon trésor a la main, tournant les pages, me souvenant de telle phrase ou tel mot qui, déjà à ma précédente lecture m'avaient enchantée, et je suis allée le poser près du lit de Camille, comme nouveau livre de chevet.

vendredi 14 décembre 2012

Tous les rêves du monde

by your side by Coco Rosie on Grooveshark



Et quand la communion est finie, ma lèvre sur ta lèvre
Qui vient voler cette
dernière goutte de lait
qui roule

mardi 11 décembre 2012

Paris des beaux enfants en allés dans la nuit

Meditation From Thais by Yo-Yo Ma on Grooveshark

Mes cheveux moussaient autour de mon visage rougi par le froid, je marchais sur un trottoir gris et je lisais une phrase de N. sur la nature, intentionnelle ou peut-être pas. Ensuite, il y a eu la guitare, là, qui a fait cette envolée soudaine, puis en moi une explosion brusque, et j'ai songé je suis, je suis, je suis et bon sang ! ô comme il est bon d'être, et de sentir que c'est juste, et que tout est à sa place ; deux rues plus loin marchait un ramoneur, un petit ramoneur de rien du tout de rien du tout, avec ses brosses et son bazar. Je me suis demandé si quelque part en Takicardie l'attendait une jolie bergère, s'ils prenaient la chance telle qu'elle vient en s'affirmant qu'un baiser, c'est d'la chance encore et si leurs pas les menaient sur des toits nocturnes ; peut-être auraient-ils la chance d'observer une cascade d'ambre perler du ciel, qui sait ? J'étais à Beaubourg - il n'y a nul endroit que j'aime à ce point - lorsque le soleil s'est couché dimanche soir, illuminant de mille ors la ville à ses pieds ; quelque part au fond de mes rêves, je traversais Paris sur un scooter, ivre de l'odeur d'un cuir, ivre de lumières, ivre de joie et une main pressait la mienne. Dans ce songe là, se dressait un grand mur rouge et ocre, un mur usé par le temps et qui pourtant, prenait toute la place... Oh, faut-il effeuiller les chimères ?
Il existe une réalité, moins envoûtante mais qui fait sens, un chocolat chaud dans un bol à mon nom ; des heures pour se découvrir et accepter les silences comme un cadeau, comme une complicité ; quelques noms célèbres sur le programme d'un colloque et des mots résolus, des choix actés, une forme de vocation, une proposition aux conséquences fameuses, un ruban de souvenirs au coeur d'un voyage et Ah ! Paris quand tu es debout, Moi je t'aime encore... 

mercredi 5 décembre 2012

peut-être celle-là, première à éclairer la nuit

New York, New York "Theme" by Carey Mulligan;Liz Caplan on Grooveshark

Il m'a dit de me souvenir de ce moment, de le raconter ici. Il m'a dit que dans quelques années, il y aurait quelque chose d'amusant à relire tout ça, une drôle de mise en abyme. Je ne sais quelles traces resteront de ce bar là où j'ai campé chaque soir de mes dix-sept ans, de ces tableaux, de ces tables de billard, de cette chanson de clôture, de chaque fragment d'hier resté en place comme par miracle. J'ignore si mes émotions seront encore palpables à travers le papier ou l'écran de mon ordinateur ; mais je n'oublierais jamais son visage, ses mots, je n'oublierais jamais cette soirée ensemble, comme aucune de celles que nous avons passées ; je n'oublierais jamais ce porté magnifique lors d'un rock endiablé, je n'oublierais jamais le tourbillon-tourbillon-tourbillon et sa voix qui rit en me disant stop. Je n'oublierais pas les tec paf, les bêtises de Max, Vivien qui danse, leurs bras autour de moi et mon corps qui brûle de les enlacer, puisque je les aime tant. Je n'oublierais rien de nos discussions, aucun de nos désaccords. Nous avons échangé les premiers mots de notre amitié dans cette ville-ci, voilà des années ; et si dans dix ans j'ai oublié ce que ça m'a fait de remettre les pieds au Charlie's beer si longtemps après, je sourirais probablement au souvenir de Max m'y racontant encore un peu la vie. Et ce sera, incontestablement, un présent précieux.

jeudi 29 novembre 2012

Et tu marchais souriante épanouie ravie ruisselante


Ce récit est dédicacé à Ivan, et je crois que ma copine Pergamina y trouvera quelques clins d’œil...  

C'est un souvenir qui se rappelle souvent à toi. Tu as vingt ans, c'est un après-de-midi moite dans ce Paris qui emmagasine toute la chaleur du monde. Tu descends les escaliers de la station Bastille en traînant des pieds, rêves à une douche fraîche ou je ne sais quoi, et soudain, ton regard est attiré par l'abondance d'un chignon abricot, par mille petites mèches rousses qui tentent de s'en échapper. La fille marche dans les couloirs du métro, son allure est vive, son chignon tressaute et manque s'écrouler à chacun de ses pas. Sous la masse de cheveux soyeuse, il y a la peau de sa nuque, hérissée de petits poils clairs et tu as envie d'y poser des doigts, des lèvres ; tes pieds s'inscrivent dans ses pas et tu la suis, obnubilée par ce petit morceau de peau tendre. Il y a quelque chose d'émouvant dans sa détermination, sa marche rythmée, ses cheveux qui se soulèvent. Tu te prends à rêver poser une main ferme sur ses hanches et la faire pivoter, glisser tes bras sous ses fesses, la soulever contre un mur, embrasser son cou, dénuder son épaule, la faire rire et t'abreuver de cet éclat que tu imagines clair, et excitant. Elle s'arrête soudain, et s'adosse contre le mur, attendant l'arrivée de son wagon. Tu tentes de deviner, sous les vêtements, les contours de son corps, la bouche entrouverte, les seins petits, la taille marquée, les cuisses un peu rondes, le nombril, le bas ventre humide, tu sens le désir t'envahir et désormais, chacun de ses mouvements prends une autre ampleur, un autre sens. Les portes du métro se referment sur elle, te laissant pantelante et frustrée dans un Paris désenchanté.

Cinq ans plus tard, c'est devenu lointain, tout ça mais ça se rappelle à toi brusquement, lors d'une balade avec ton pote H. dans les vallées cévenoles. Tu es en avance et, en l'attendant, tu t'abreuves de cette chaleur printanière, tu offres ton visage au soleil, tu sens les moindres odeurs de résine, tu entends les craquements du bois et de la roche. Ton corps est réceptif, tu as envie de te donner et t'abandonner. Quand il arrive, une silhouette que tu ne reconnais pas marche à ses côtés, mais le flamboyant de sa chevelure qui brille dans le soleil de midi t'interpelle. Il ne te faut guère plus de quelques secondes pour reconnaître instantanément l'inconnue de tes vingt ans, la fille du métro, celle qui a depuis alimenté nombre de tes pensées érotiques. Ton corps s'éveille aussitôt de tous ses sens, tu sens tes seins se gonfler et ton ventre se tendre, ton visage rosit et, comme alors, tu la désires. Elle a peu changé, ses traits ont vieilli mais elle est plus belle encore, toute dorée par l'été ; ses bras, sa nuque, ses épaules sont constellés de tâches de rousseur et tu voudrais poser ta langue, lentement, sur chacune d'elles. Tu voudrais l'entendre soupirer de plaisir sous tes caresses.

Après les présentations d'usage, la marche joyeuse pendant laquelle H. te sollicite, tente d'attirer ton attention. Tu le connais depuis longtemps, H. tu viens régulièrement te poser dans ses bras, tu aimes la façon qu'il a de te regarder, sa façon de se mouvoir en toi et l'indépendance totale qu'il affiche en dehors de vos fougueuses étreintes. L'amant idéal, d'une présence intense lorsque c'est nécessaire et la distance respectueuse du bon copain le reste du temps. Il a envie de toi, c'est évident, sa main te frôle, ses allusions sont à peine voilées pendant que vous marchez tous trois dans la garrigue. Toi, tu n'as d'yeux que pour elle. Ses mouvements gracieux te captivent, tu as envie de croquer dans sa chair. Elle a toujours ce côté un peu potelé qui te plaisait déjà à l'époque, les cuisses rondes et fermes, la courbe bien dessinée de la chute de reins, les fesses larges. Tu n'entends plus rien que son souffle rauque dans les montées, tu ne vois plus rien que l'image alanguie de vos deux corps enlacés et tu manques de t'effondrer en te prenant les pieds dans les cailloux.

Tu ne sais plus comment ça arrive, mais il y a ce moment où tout chavire, sa main dans ton dos, sa bouche qui murmure quelque chose au plus près de ton oreille et son rire qui éclate, son rire comme une fontaine ; elle s'éloigne mais tu la rattrapes et tu cueilles à sa bouche le plus intense des baisers. Ton ventre brûle de désir et tu sens ton sous-vêtement s'humidifier. Elle gémit, entrouvre ses lèvres et tu y glisses ta langue ; la sienne vient répondre, vos corps se rapprochent. Le contact de sa peau contre la tienne te fais tressaillir, tu quêtes en son cou l'odeur délicieuse de ses cheveux tandis que vos mains cherchent fougueusement la route de vos plaisirs, s'attardant sur un sein, pinçant à travers l'étoffe légère de vos vêtements un téton durci, glissant sur les hanches, attrapant les fesses, et ta bouche danse le long de sa nuque, dans son dos où la sueur a laissé un goût un peu piquant, et tu remontes et l'embrasse de nouveau à pleine bouche.

H., médusé, vous observe. Il tique lorsqu'elle ôte sa robe de coton, et s'allonge nue près de la rivière, à l'ombre d'un châtaigner. Son corps est un appel aux caresses et tu reprends le chemin de son ventre, laissant tes doigts parcourir ses creux et ses pleins tandis qu'elle soupire. Tu poses tes lèvres sur son sexe, tes doigts aussi et tu fouilles en elle, et tu embrasses toute son intimité tandis qu'elle se cambre et s'offre ; elle jouit silencieusement, les mains ouvertes, paumes vers le ciel.

Quand elle a repris son souffle, elle se lève, toujours nue, et te déshabille avec lenteur, ôtant un à un chacun de tes vêtements. Elle suit des yeux les mouvements de ton corps lorsque tu te diriges vers l'eau, tu sens dans ton dos son regard empli de désir. Tu plonges dans la rivière ; loin de te rafraîchir, l'eau te galvanise et le courant sur tes seins, le long de tes bras et de tes jambes exacerbe ton plaisir, tes doigts cherchent ton ventre, ton pubis, ton clitoris et tu commences à jouer de ton bouton, emplie d'une profonde volupté ; elle te regarde en souriant t'allonger au bord de l'eau et caresse tes cheveux, ses yeux plongés dans les tiens en te murmurant d'une voix ferme jouis, jouis... le plaisir monte en toi rapidement, tu cries et tu ris dans le même temps quand la vague te prend subitement.

Assises l'une face à l'autre, vous appelez H. qui a observé la scène mi-figue mi-raisin et semble avoir du mal à trouver sa place. Son hébétude vous fait rire, toutes deux et il vous dit que c'est un bonheur, vos rires ensemble et vos corps ensemble ; combien l'image de votre étreinte lascive l'a ému, et troublé. Son ardeur est attisée, il baise tes lèvres avec avidité, comme pressé d'entrer dans ce cercle enivrant de sensualité. Tu sens ton corps s'éveiller à nouveau et le sien se tendre et se durcir. Elle vous observe, un demi-sourire posé sur sa bouche, encore gonflée de plaisir.

L'encouragement dans ses yeux et le corps d'H., que tu connais si bien et que tu chéris t'emplissent de fougue, tu sens le feu en toi et tu les regarde tout deux avec gourmandise, tu t'assoies sur H. en déposant de légers baisers sur son visage, tu mordilles doucement une oreille et tu souris gaiement de son cri de plaisir. Il t'attrape par les fesses et tu le sens s'enfoncer en toi, tu ondules du bassin, tu te cambres, et elle est là de nouveau, elle embrasse tes seins avec délice tandis que H. lacère ton dos de ses ongles et tu danses, tu danses, tu te fonds en lui, la chaleur te gagne, tu sens les larmes affluer à tes yeux, tu contiens, tu veux tellement que ça dure, le soleil sur ta peau, le clapotis de l'eau à côté, le corps nu et tout en courbes qui caresse le tien, les petits seins à peine couverts par la chevelure rousse, qui tressautent au rythme de tes vas-et-vient, les épaules carrées d'H. et sa verge en toi qui se gonfle, cette sensation d'absolue beauté dans vos trois corps qui s'unissent, là, juste parce que vous en avez envie, et tu jouis fort, brusquement. Elle s'approche et t'embrasse, effleurant ta poitrine pulpeuse de ses seins minuscules, enlaçant ton corps extatique du sien. H. se retire et éjacule sur vos ventres réunis.

Vous êtes rompus, languides, vous vous regardez sans savoir quoi penser ; encore tout palpitants du plaisir qui vous a tous trois emportés à l'improviste. Encore nus, des gouttes de sueur perlent sur vos peaux veloutées, vos cheveux sont emmêlés de brindilles. L'extase perdure quelques minutes, durant lesquelles vous vous sentez apaisés, emplis de cette félicité des amants qui viennent de se donner sans retenue. L'incongruité de vos ébats laisse place à une évidence douce et vous savez, sans avoir besoin d'en parler, que ça n'est là qu'une première fois...


Summertime - Janis Joplin par Rikku-49

lundi 26 novembre 2012

Parce qu'un malheureux brûle encore, bien qu'ayant tout brûlé

Gracias A La Vida (Live) by Joan Baez on Grooveshark

Après avoir enfanté, après avoir nourri mon fils à mon sein, après avoir quêté dans les rues de Barcelone la femme en moi, après avoir pleuré de plaisir dans des bras d'homme, après avoir dansé pieds nus par une nuit brûlante, après avoir appris chaque courbure de mon corps, après

Le souvenir douloureux de mon dernier séjour espagnol s'estompe. Dans mon ventre, grandit une lune basse, et rouge ; une béance, une faille, la petite douleur du corps qui s'amollit et se détend, qui ne répond à rien d'autre que son besoin de repos ; Voici venu le temps du renouveau.

Je cherche dans les yeux des hommes et des femmes, dans les mouvements de leurs mains, dans l'effluve qui se dégage d'une masse de cheveux soyeuse, dans une nuque offerte à la morsure, dans un sein tendre, dans une main au creux de reins, dans une cambrure, dans un rire, dans une attitude, je cherche la sensualité, les prémices à l'amour ; sur un cahier neuf, je gratte les pages au son des voix qui me narrent leurs histoires ; 

La voilà, la quête de ce qui unit les êtres, ce qui les réunit et leur donne l'envie de se frôler, de se murmurer, de se toucher, de se rire, de se cambrer, de se donner, de se mordre, de se caresser, ce qui invente en eux l'envie furieuse ou le désir tendre ; et qu'est-ce qui t'émeut, toi ? Et qu'est-ce qui te fait vibrer ? Je te fais un thé, on s’assoit un petit moment et tu me racontes ?



lundi 12 novembre 2012

L'or sur le ventre des mouettes

Betty et Zorg by Gabriel Yared on Grooveshark

Au fil de mon périple,

[il y avait l'or sur le ventre des mouettes, et les yeux au large. Le bras de Max sous le mien, la sensation de plénitude ; et les mojitos à la fraise]

Le rythme de  la musique,
Le corps rompu, 
Les bras, les jambes parsemés de bleus,

[il y avait la chaleur électrisante d'un homme sur moi, son désir contre mon ventre, ses lèvres sur ma peau ; et l'étincelle qui embrase la nuit]

L'avion, les pensées brumeuses, le petit livre offert par Madelon,
le souvenir doux-amer,
les questions sans réponses

[il y avait, au cœur d'une nuit sans lune, la main apaisante d'un homme aux cheveux blancs, il me parlait de Foucault ; et ses grandes jambes qui quittent la chambre bleue, disparaissent sans prévenir dans les rues de Paris]

Le bouquin oublié dans la poche d'Orcrawn
Les heures dans la voiture, les rencontres de la route, le Chiffon Rouge,
Et toi, le syndicaliste si pris par sa cause, 
Et toi avec qui nous avons évoqué Mermet, Halimi et Harmony
avec qui nous avons lu des extraits du Diplo
et toi, dis, sais-tu combien nos conversations m'ont remuée ?

[il y avait un nid tendre posé entre deux montagnes, et dans lequel les conversations naissaient sans qu'on le leur demande ; et sa voix, tout au bout de la pièce qui dit Jouis, Jouis et mes doigts qui quêtent sans relâche mon plaisir. Dans le silence, mes cris soudains]

Le train qui serpente entre les vallées, le lac Léman qui miroite,
Mes sauts de cabris dans la montagne du Salève, 
Rouler à n'en plus finir dans l'herbe à peine rousse et pleurer de rire,
Improviser un train sur un tronçon de bois et inviter I. à prendre place
Tu sais, mes larmes sont gaies, souvent.

[il y avait cet ami si ancien et si différent de moi, les liens que l'on tisse ensemble ; et qui nous rapprochent, petit pas à petit pas, depuis des années]

Le rire de Camille dans la nuit toulousaine, ses petits bras 
et ses Maman dans mon cou
Le corps de Vivien, la chaleur de Vivien, l'étreinte de Vivien
La marque des copines, passées en mon absence, dans l'appartement,
Le dernier livre de Djian, et Par dessus le bord du monde de Tim Winton
Le cable tendu entre deux arbres ; jouer l'équilibriste, sur un rythme précaire.

[il y avait la décision, et le tournant dans ma vie. La nuque raide, les yeux clos, les mains calleuses, la certitude d'avoir fait, pour une fois, un choix éclairé et heureux]

Vivien qui m'enlace, qui m'embrasse, et qui valse ; des mots entre deux tourbillons, et cette vision,
- Tu es une nomade de la vie, tu n'es pas faite pour le sédentarisme,
Et il sera mon île et mon repère, et ses bras seront ma maison 
et tout aura du sens puisque, partout-à-chaque-instant, je saurais qu'il existe,
mon bel Amour, mon grand Amour ;

[il y avait les mots de Brel dans ce spectacle en Avignon/dans ce film vu et revu ; les mots que je me répète en boucle ; et j'y trouve la pulsation de vie]

Une île
Voici qu'une île est en partance
Et qui sommeillait en nos yeux
Depuis les portes de l'enfance
Voici venu le temps de vivre
Voici venu le temps d'aimer.


[il y avait le saxo en creux dans la chanson - tu l'entends ? - ; et dans l'atelier sous notre perchoir ; le saxo entre les mains de Vivien & dans les miennes il y a fort longtemps ; le saxo en capsules de bière découvert par Clowie à Bogotá et toujours, toujours le saxo ]

mardi 23 octobre 2012

Get free

Get Free (Original Mix) by Major Lazer on Grooveshark
Je me suis levée les yeux secs d'avoir trop pleuré.

J'ai dis les jours se succèdent les uns aux autres sans saveur aucune et où est le sel de la vie, j'ai dis aussi je voudrais aller au cinéma, et puis à des expos, des conférences, et regarder des films, et participer à des débats et lire tant d'ouvrages sur tous les domaines qui m'intéressent et qui sait, qui sait, je serais peut-être une meilleure personne, ou juste plus instruite, ou avec l'esprit aiguisé - ce serait un but intéressant, non ?

J'ai demandé où trouver le temps de vivre tout ça quand je devais me rendre chaque jour dans une université, le long d'une voie rapide, pour écouter des professeurs à la voix monocorde théoriser sur des notions pourtant issues de la vie quotidienne et dont les reliefs potentiels m'apparaissent au détour de chaque phrase ; j'ai pensé à mes années parisiennes et au parti pris de mes anciens enseignants, à leur fougue, à l'engagement derrière chaque phrase ou chaque exemple, à leurs mains qui tremblaient parfois, à leur séjours en prison pour avoir animé des radios pirates, à leur travail sur l'autisme, à leurs projets invraisembables et qui, pourtant, prennent forme ; hier accrédités à Cannes, demain promeneurs à Istanbul, alors les restes de 1968 s'attardent dans l'emphase, dans les convictions des acteurs-actants de Paris 8.

J'ai dis le ciel est gris et la brique toulousaine a disparu, enfouie sous ma morosité, j'ai dis demain, et le jour d'après, et le jour suivant, mes seuls bonheurs sont les bras de Camille autour de mon cou lorsque je pousse le portillon de bois de la crèche et qu'il court presque se jeter contre ma poitrine, et son odeur tendre de bébé poussé un peu vite derrière ses oreilles ; la tête de Camille qui devient lourde contre moi lorsque je lis les histoires du soir à la lumière de sa guirlande verte, d'une voix lente et douce, d'une voix tampon, et mon cœur ralentit et mon corps trouve, un instant bref, l’apaisement. 

Après mes sanglots, Vivien s'est fâché et a mis des mots sur cette interdiction de savourer, de m'installer, de me donner le droit d'être sans courir, sans angoisser, sans vouloir aller plus vite que la vie ; il a murmuré que trop trop trop c'est aussi pas assez, que trop trop trop c'est fuir, ou alors c'était dans ma tête mais je l'ai entendu, et j'ai su qu'il fallait que j'apprenne à prendre le temps.

J'ai dis je veux boire un thé au Bol Bu, avec ma copine et lui dire regarde toutes ces choses que je vois de moi, et embrasser ses joues tristes, ne surtout pas parler de nos mères, j'ai dis je veux la faire sourire, parce que je la veux heureuse, ça lui va tellement bien. Il y aura bien un moment où je pourrais écrire une lettre à Madelon, pour lui conter le goût savoureux des thés d'ici, mon petit garçon qui marche, sa gavroche de titi parisien, les livres que j'ai lus et finir par plein de et toi, et toi, et toi, ma toute belle ?

J'ai ouvert ma boîte aux lettres machinalement, il y avait une enveloppe manuscrite - il y en a souvent ces temps-ci, pour soutenir mon amoureux - mais celle là contenait un présent, une attention surprise de mon ami. Alors, j'ai tendu le nez au ciel toulousain, rassérénée. J'ai ôté ma veste, il faisait si doux et j'ai dis, encore

j'ai un rêve lointain qui installe ses racines len-te-ment ;
j'ai un projet fou, l'amorce d'un changement, j'en suis toute émue, et heureuse ;
j'ai un secret qui me mord le cœur, il me donne tout la fois la sensation de vivre et celle de sombrer ; 

Il est 22h04, mais y-a-t-il réellement une heure pour mitonner un gâteau au chocolat et aux marrons ? C'est l'heure d'être dans, c'est l'heure d'être , c'est l'heure d'être présente, c'est l'heure d'être

mardi 16 octobre 2012

the answer, my friend

Across Waters by 17 Hippies on Grooveshark

Il y avait la fatigue, bien sûr, la lassitude, les angoisses, les interrogations. Il y avait les rires nerveux et les boulettes ; il y avait l'intimité que crée deux jours passés collés-serrés, les rires, le groupe ; il y avait, à l'issue de ce week-end de formation, ce lien si fort entre nous ; cette impossibilité de se quitter, soudés comme nous étions, et puis cette décision de prolonger un peu autour d'une boisson chaude et d'une part de banoffee à l'Autre Salon de Thé. Ca tombait bien, nous étions dimanche-dix-sept-heures et il pleuvait.

J'ai été marquée par ce week-end, par le contenu de la formation, bien sûr, mais surtout par la fougue de chacun d'entre nous ; de parcours différents, d'âges différents et pourtant en chacun de nous, ce fond de militantisme, ces projets, cette façon de s'investir ; qui dans l'associatif, qui dans ses études, qui dans sa passion mais toujours avec vigueur, avec une forme de sagesse... Qu'ils étaient beaux mes compagnons d'un temps dans leurs diatribes et leurs motivations, dans leur façon de construire leur vie.

J'ai pensé à mon frère, à Liège, qui commence à sentir les effets de la crise et la nécessité de faire des études ; j'ai pensé à F. et ses rêves de grandeur ; j'ai pensé à Etienne qui a mis le pied dans un chemin qui le rend si heureux, et son rire au téléphone, dans chacun des mots qu'il prononce ; j'ai pensé à Madelon qui cherche un stage en se demandant ce qu'elle veut faire de sa vie, et puis aussi à sa copine B. partie étudier en Irlande ; j'ai pensé à ma chère Clowie, encore partie à l'autre bout du monde et qui peine à trouver ses marques ; j'ai pensé à mon amoureux qui passe ses jours dans son nouvel emploi et ses soirs à rédiger sa thèse, patiemment, mot après mot ; j'ai pensé à Max à Barcelone, à Palmyre à Paris, à O. dans le Vercors, à Cerise entre deux chaises et deux villes ; j'ai pensé aux trois de l'Atelier ; au décalage entre nos envies et la réalité, à nos illusions déchues, à la vie qui nous chahute ; 

A la foi, pourtant, que nous mettons dans nos boulots & nos études ; à cette force pour imprégner nos vies de joie ; à la conviction que tout tient dans nos mains ; à cette façon que nous avons, jour après jour, de donner du sens à tout ça ; malgré la colère, malgré la déception, malgré les doutes, malgré cette impression, parfois, que l'insouciance est loin derrière et qu'on nous a vendu du rêve. On retrousse nos manches et on prend le monde à bras le corps ; peut-être parce que nous sommes d'éternels optimistes ou peut-être parce que nous nous transmettons cette respiration-là ; que nos coudes se frôlent toujours de près ou de loin ; peut-être que ça marche parce que nous relayons l'espoir ; parce nous nous aimons et que cet amour nous porte, nous donne l'élan qu'il faut lorsque nous nous arrêtons le souffle court, le corps hésitant ;

J'ignore si la réponse s'envole réellement dans le vent, mais j'ai envie d'y croire ; fermer un instant les yeux, me laisser emporter par l'odeur glacée des soirs d'automne, le vent dans mes oreilles, le bruit des premiers pas de Camille sur le sol parsemé de feuilles rousses et brunes ; tendre le nez et chercher si the answer, my friend, is blowin' in the wind, the answer is blowin' in the wind.

lundi 8 octobre 2012

Leur bonheur se construit sur un air fait pour eux

Across Waters by 17 Hippies on Grooveshark

Quand commence l'histoire le ciel est bleu et le long de ma coupe, les bulles glissent dans un scintillement délicieux ; on joue une valse au loin, un air que je connais mais que je ne parviens pas à identifier. Les amis en premier rôle, les très chers, un cœur de tissu, petite bouillotte cousue pour un anniversaire, avec patience, avec lenteur pour qu'elle dure longtemps dans la poche glacée de ma copine.

Un soir, on retourne sur les lieux familiers, on mets nos pas dans ceux d'hier et c'est comme si j'avais vingt ans, encore. Pourtant cette nuit là, c'est Vivien qui souffle des bougies et il y en a bien plus que vingt. Dans le bar que nous aimions tant les voix sont hautes et il faut jouer des coudes pour se faufiler ; Paris reste Paris mais nous ne sommes plus les mêmes et c'est finalement aux sources que nous nous retrouvons tous, près de la place Jussieu.

Mes premiers pas parisiens, un roman toujours en poche et jour après jour, assise sur le même banc, je l'attendais. Les saisons passaient, les étudiants mobilisaient toujours le parvis et tout me devenait plus familier. Yeux clos je reconnaissais son pas, son odeur dans mon dos, il prenait ma main et je lui souriais. Plus tard, je m'éloignais sur de nouveaux chemins, mais je retrouvais toujours le petit banc blanc devant son bureau.

De bus en bus, de balades en ballades, je dessinais un Paris proche de moi et sur ce chemin là, j'ai rencontré mille amours et quelques désillusions.

Minuit, Notre Dame est majestueuse sous le ciel brumeux et la valse s'est éteinte ; il reste un saxophone, un djembé et des rires dans la nuit. Je ne sais plus quand nous sommes arrivés sur les quais mais la Capitainerie est juste un peu derrière, briques roses et blanches, gardienne d'hier et de secrets murmurés.

Je suis ivre de vie et d'alcool ; Vivien fait jaillir le bouchon de sa bouteille de champagne dans la Seine ; il a vingt-huit ans mais ses yeux qui rient, sa nuque qui garde l'empreinte de chacun de mes baisers, ses grandes mains qui tiennent si bien celles de notre petit garçon, tout son corps, gardent la marque de nos premières étreintes, à jamais notre vingtaine joyeuse et furieuse, à jamais nos grandes espérances et nos idéaux, à jamais la vie qui emporte ;

J'étends mes jambes, gaînées de noir sous le bleu de ma jupe un peu courte, j'étire mon corps et mon être dans un soupir. Debout, je titube un peu. Je suis grise, le poids de la vie sur mes épaules, les angoisses au quotidien, la fatigue constante, la conscience de lendemains pas toujours heureux, le monde qui défaille, perdre la tête et renoncer ; mais non, la main tendue, affermie, les amis pour piliers, la tribu qui nous entoure, des romans à lire à lire à lire, des pages blanches à gratter, les petits pas hésitants de nos enfants et les encouragements de tous comme un seul homme Tu peux y arriver !, la certitude de cette phrase, anodine et pleine de sens ; et la vie qu'on se choisit ;

dimanche 30 septembre 2012

Mais bêtement, même en orage les routes vont vers des pays

Le Parapluie by Yann Tiersen & Natacha Regnier on Grooveshark

Chemin faisant, que ce fut tendre
D'ouïr à deux le chant joli
Que l'eau du ciel faisait entendre
Sur le toit de mon parapluie
J'aurais voulu, comme au déluge
Voir sans arrêt tomber la pluie


Le tac-tac-tac de mes talons virevoltant contre le pavé, le bruit dru de la pluie contre notre abri de fortune, le plateau de jeu sur la table de bois, nos bagarres et nos fous-rires, les confidences glissées entre deux riens de quotidien ; d'hier, d'aujourd'hui et, à demi-mots, des rêves de demain ; l'espace d'un instant, tendre seconde, un soleil roux darde la brique toulousaine de pâles rayons, le temps se creuse et s'étiole ; les bras de Vivien en berceau autour de l'enfant malade, la voix grave et belle de Max qui lit Prévert, mes mains tremblantes ;


dimanche 23 septembre 2012

Fatras

Wishes And Stars by Harper Simon on Grooveshark

Alors tu percutes que bon sang ! la vie c'est maintenant, pas demain ou dans trois ans, alors que tu réalises que tu peux agir, que tu peux acter tes choix, tes rêves, alors tu te dis que tout de même, il y a un lit dans ton salon et suspendus à de minuscules pinces à linge de bois, les pages des plus beaux cahiers de poèmes du monde, il y a des tournesols au quatre coins de la pièce et plus de rendez-vous dans ton agenda que tu n'as de doigts pour les compter, tu te dis qu'il y a toutes ces femmes autour de toi qui t'inspirent, parce qu'elles sont belles dans leurs mouvements, dans leurs quotidiens, dans leurs failles aussi, belles dans leur être au sens verbal du terme, tu te dis que tu n'as pas besoin de changer ton corps pour le trouver harmonieux et qu'il a été aussi menu et tendre que celui de ton fils et que probablement, on a passé des mains bienveillantes dans tes cheveux d'enfant, tu te dis qu'il a grandi en même temps que toi et qu'il t'a soutenue, là, des années durant et qu'avec lui tu as aimé à la folie, et nagé, et que tu as escaladé des montagnes, des vraies et des métaphoriques, alors que tu peux, là, danser en culotte et t.shirt, ébahie devant tant d'évidences, alors bon sang ! quel besoin as-tu d'espérer toujours après les autres ? Bien sûr que les relations nous font mais après tout, qui de mieux que toi-même pour être toi-même ? Tu t'étends sur le grand lit blanc dans le salon, tes yeux glissent des mots que tu aimes tant et qui dansent sur leur ficelle légère aux tableaux que vous avez choisis avec Vivien, ils s'arrêtent sur les premières peintures de Camille et se fixent sur les chapeaux au mur : il y en a un qui porte une fleur, une fleur solaire et lumineuse ; à cet instant, tu sais pourquoi, tu sais comment, tu sais qui ; à cet instant, la conscience aiguë de toi-même ; et tes doigts partent en quête de ton plaisir, dans les creux et les pleins de ton intimité ; toi qui pensais ne pouvoir jouir que dans l'étreinte d'un corps tiède, te voilà désormais libérée du regard de l'autre, des autres ; tu sens comme il est doux de se donner à soi-même et de se sentir exister, en toute indépendance ?


lundi 10 septembre 2012

Celle qui vient mais celle qui attend

Somewhere (from 'West Side Story') by Tom Waits on Grooveshark

O. se promenait dans mes songes la nuit dernière, sa démarche chaloupante qui le fait danser un peu dans ses pantalons de couleur ; ses dreads suivaient le rythme de ses mouvements et posé au coin des lèvres, un petit sourire exhalait de la tendresse, à la manière de cette fois où il avait surgit comme une apparition, un soir d'anniversaire sur les quais de Seine et m'avait offert dans une étreinte un pochon de lavande.
Ce soir, j'ai relu ses mails, leurs mails, j'ai murmuré les noms de mes amis, j'ai fais défiler les photos, les très vieilles et les plus récentes, le flux des sourires et des grimaces, le temps qui offre et ôte, les moments doux et les moins drôles ;
Ce soir, j'ai pensé combien la vie sait être douloureuse quand on ne peut, si l'envie subite nous en prend, serrer fort fort les très aimés dans ses bras.


samedi 8 septembre 2012

et sauter dans les vagues

Piece of My Heart by Janis Joplin on Grooveshark

Oh si tu savais ! Vivre, et jouir ; être contemplative ; faire du vélo, et puis bouquiner et sentir, dans le ciel, l'odeur de l'immensité ; embrasser mon enfant dans les plis de son cou, là où l'odeur se transmet ;  m'observer dans le miroir de la salle de bain et répéter Marie, Marie, Ma-rie, Maaaaa-riiiiie en me regardant dans les yeux. Me trouver bête mais bêêêête, éclater de rire, finir sanglotante sous le regard stupéfait de mon amoureux ; apprendre la couture, le tricot et me glisser dans les rouges fauteuils des salles de cinéma ; préparer une pâte en énumérant toutes les tartes qu'elle pourrait devenir ; rêver à  hier, à demain, jouer à qui-je-serais et dire un coup Prévert et un coup Joplin ; yeux mi-clos, sur le lit-dans-mon-salon écouter un chouette morceau, le saxophoniste et le pianiste de l'atelier du rez-de-chaussée ou juste la rumeur de la ville qui enfle et bourdonne jusqu'à mes fenêtres ; jouer trèèès tard avec mes amis à toutes sortes de jeux et avec eux, fumer de l'herbe, boire de la bière, refaire le monde ; aller marcher dans la montagne, finir la balade é-pui-sée mais emplie de satisfaction, avec le souvenir des bouquetins parmi les edelweiss ; rêver d'une maison à plein et en attendant, mettre toute mon énergie au service d'une médiation de la culture ; attendre le bruit du rideau de fer de la librairie musicale qui couiiiine à 10h30 tout pile le matin et à 19h-sans-faute le soir ; croquer le quignon de la baguette de pain et passer ma langue sur mes lèvres farineuses ; danser ; danser nue ; vibrer ; sauter dans les vagues ; crier de surprise au contact de l'eau, un peu froide ; crier de plaisir sous des mains d'homme ; crier de joie devant la vie qui s'offre ; crier d'amour, à la face du monde ; crier pour vivre ; et vivre ; et vibrer, fort fort fort.


mardi 28 août 2012

Peuplée de cheveux longs, de grands lits et de musique

The Wild Mountain Thyme by Joan Baez on Grooveshark

C'est une maison de pierres, posée là dans la vallée, entre deux flancs de montagne. On y vient à pieds, on ne frappe pas ; on s'y retrouve à table, oh c'est tellement ça ! et quand N. s'installe sur le pas de la porte pour tirer quelques accords de sa gratte, quand les canettes de bières rafraîchissent dans le bachal, le temps s'arrête une seconde, précisément, pour humer l'essence de cette maison ouverte. C'était une ruine quand ils les parents d'O. et quelques uns de leurs copains l'ont achetée dix mille francs ; on lit sur les murs l'évolution lente des travaux qu'ils ont réalisé dedans, au fil du temps.

C'est une maison qui s'offre, une maison du bout du monde ; alors, j'ai pris un train, un autocar, un omnibus ; à Moutiers, O. et Cerise m'attendaient en voiture pour un énième bout de route. On s'est garés un peu plus loin et on a traversé le pont de bois ; elle se dressait là, fière et imposante, dans le froid soleil des Alpes.

A mon arrivée, B. avait décidé que nous dînerions d'un dahl et puisque nous n'avions aucun légume sec, il a interprété une partition culinaire fameuse, décidant au fur et à mesure de jeter tel ou tel ingrédient dans la casserole ; nous nous sommes retrouvés petites mains, à faire l'inventaire de nos provisions avant de débiter en rondelles pommes de terre, carottes, aubergines, ail, oignons et mille épices pour mijoter avec nos lentilles roses et notre pâte de curry. Autour de nos assiettes fumantes, les sourires rayonnaient dans la pénombre des vieilles pierres, le vin coulait, le joint passait de main en main et nous projetions gaiement notre fantasme d'une maison à nous, à nous tous en faisant la lecture du journal de bord de celle-ci. Oh, l'histoire en transparence, derrière les notes, les avancées des travaux, oh ! l'amitié derrière chaque trait, chaque phrase et les engueulades qu'on devinait grandes et malgré tout heureuses. J'ai dévoré des yeux les visages de mes chers compagnons, réunis autour de cette grande table de bois et j'ai eu le ventre serré qu'y manquent celui de mon amoureux, et de notre petit garçon.

J'ai dormi avec B. dans une grande chambre vitrée et me suis éveillée dans une maison silencieuse, au petit matin. Sur le pas de la porte, le bruit du torrent et le vent m'ont frappée de plein fouet ; je suis montée sur le sentier, humant l'odeur de terre humide, quêtant l'instant, la pleine conscience. Plus tard, dans le soir tombant, nous sommes partis en balade avec Max, bras dessus-bras dessous, nous avons parlé de tout et de rien mais surtout de tout et le monde, en cet instant, tournait juste.

Je me suis assise au bord du bachal, je me suis assise sur un rocher dans les hauteurs de Friburge, je me suis assise près de la cascade et j'ai regardé l'eau se projeter avec force contre la roche, le flot bouillonnant, la brume, la puissance libératrice de ces litres qui tourbillonnent dans une écume blanche. Avec Max, j'ai marché dans le petit cimetière du Bois et nous avons lu sur les pierres tombales des prénoms, des dates, des esquisses de vie ; Dans le flot incessant du monde en marche, j'ai pleuré et je me suis posé cette question qu'on se pose tous et qui, je crois, n'attends pas de réponse : Où vais-je ? Où me mènent ces pas, cette conviction, cet univers en moi ? Quel place occuper, quel sens trouver à tout ça ? Comment jongler avec les mille désirs qui m'animent et me meuvent ; et quoi transmettre ; et comment transcender et je me sens parfois si infiniment petite et seule, perdue.

Dans le chant du torrent, dans les cris des marmottes, dans les orties qui me rongent les pieds, dans l'herbe détrempée par la rosée du petit jour, dans les rires de mes amis, je n'ai pas trouvé de réponse.
Il m'a fallu toute la force de bras chers, une soirée d'échanges animés, la conscience de tant de deuils à faire, la camaraderie franche et directe pour sourire de nouveau. Il était près de minuit quand je me suis glissée dans la douche, tremblante de froid, d'impuissance et de fatigue. L'eau chaude sur ma peau marbrée a balayé mes angoisses et je me suis couchée sereine, avec la certitude plus que jamais ancrée d'être aimée de la plus belle façon qui soit.

Dimanche, nous avons empli nos poches de jambon, de tomates, de fromage, d'oeufs durs et de pain ; nous avons randonné toute la journée sur les flancs raides de la Montagne. J'ai observé des scarabées dont le casque noir luisait sous le soleil, des sauterelles d'un ravissant jaune-vert et très haut, des bouquetins parmi les edelweiss. Ce soir là, nous avons préparé une fondue. Les garçons tenaient la recette d'un montagnard du coin, qui la leur avait transmise dix ans auparavant, lors de leur premier séjour et c'était tout un symbole que de jeter l'oeuf dans la marmite presque vide et que de la laver, ensuite, dans le bachal.

Chaque jour, j'ai parcouru le kilomètre qui sépare la maison du village pour quêter derrière l'église, un peu de réseau et murmurer à mon bel amoureux et à notre enfant chéri combien leur présence manque à tous, ici.

Chaque jour, pour chaque repas, nous avons cuisiné un gâteau différent et avons terminé en apothéose en mitonnant à quatre mains, Cerise et moi, un marbré somptueux.

Chaque jour, j'ai filmé des heures d'eau ; les rapides du torrent, gris argent, dont les reflets ondoient sous le ciel brumeux, le pétillement léger des rigoles de montagne, la cascade brutale et enivrante, l'orage, le tonnerre qui rugit dans la nuit noire, la clapotement délicieux de la dernière pluie.
J'avais lu, autrefois, dans un bouquin d'enfant que la couleur du premier papillon aperçu au printemps présageait de l'été à venir. En mai, un lépidoptère aux ailes d'or s'était posé sous mes fenêtres et ce dimanche d'août, dans les Alpes, un comparse semblable à virevolté devant moi. Il y avait dans ces deux fois, comme une délicieuse prédiction ; je suis partie le lendemain, sac au dos et sourire aux lèvres, la tête fourmillant toujours de mille interrogations mais l'esprit apaisé. J'ai tourné le dos à la montagne de la Vallaisonnay, à la Grande Casse dont les sommets scintillaient doucement d'un blanc métallique à la faveur du soleil de fin de journée. Une dernière fois, j'ai empli ma bouteille au bachal et j'ai embrassé mes amis, mélancolique. Je les ai quittés sur la promesse de se revoir vite ; nous savions tous sans nous le dire qu'il y aurait toujours un ciel quelque part, sous lequel nous réunir, dans dix jours, un an, dix ou trente. 

Je suis arrivée à Toulouse au coeur de la nuit, j'ai tourné doucement la clef dans la serrure grinçante et je me suis glissée contre le corps chaud de mon tendre endormi. Je lui ai fais l'amour avec toute la passion, toute la tendresse, toute l'impulsion, oh vraiment ! toute la force de vie qui croissaient en mon ventre. Et croyez-moi si vous le voulez, mais cette nuit là, les étoiles ont pétillé au dessus de la Ville Rose avec la même intensité que quelques heures plus tôt, lorsque je les contemplais, étendue dans la pâture, les yeux au ciel, dans la vallée de l'espérance.


mardi 21 août 2012

dans l'abondance des soirs d'été

Un Violon, Un Jambon by Serge Gainsbourg on Grooveshark

C'est toujours la même route, sinueuse, les mêmes chemins caillouteux menant à des lieux-dits qui portent les noms des familles, les noms des fermes ; c'est toujours le même panneau de bois avec l'inscription "élevage d'alpaga" peint en lettres multicolores par la main alors menue de L. ; c'est toujours le même accueil, la table de bois, le rosé frais, les fruits du jardin, la musique du monde, le grand rire de V. qui nous transporte, sa main ferme, sa peau burinée ; c'est toujours le sourire si plein de douceur de C. et ses grands bras dorés dans lesquels on aimerait se blottir, c'est sa voix tendre, c'est leur regard sur le monde ; ce sont les desserts que cuisine Cy. quand il n'est pas en virée avec ses copains, ce sont les paniers, accrochés en guirlande à une poutre de bois, c'est L., que j'ai connu petite fille et qui s'élance et se transforme, la ravissante L., la tant aimée. Ce sont les chiens que Camille caresse "tout doux, tout doux" et ses petits pieds nus le long du sentier, sa main souple dans la main rugueuse de V. le petit ruisseau dans lequel il joue, leurs éclats de rire au loin, les vêtements de bébé qui sèchent après le bain imprévu et le corps blanc de l'enfant sous le soleil auvergnat. Ce sont, aussi, les plantes qu'ils cultivent et qu'ils vendent, la délicieuse odeur de nos vies qui se mélangent dans la maison, c'est le Gour dans lequel on va nager, très tôt le matin ou très tard le soir, fuyant les hordes de touristes et leurs pique-niques ; ce sont les jeux et la tisane d'après déjeuner ; les chatons un peu partout dans la ferme ; c'est la sensation que le temps s'arrête puisque nous sommes dans la plus merveilleuse des maisons, auprès de ceux que nous aimons.

C'est la petite demi-heure de route pour rejoindre la maison de la Comtesse, choisir soigneusement l'itinéraire que nous emprunterons cette fois ; à l'arrivée, faire le tour du jardin, poser nos mains sur les arbres, le portique et songer à l'endroit où l'on plantera le fruitier de Camille, cet automne ; c'est chaque mur, chaque meuble, chaque objet qui résonne de nos souvenirs ; c'est cette fois où blottie dans le hamac, un livre à la main, je soupirais de bien-être en écoutant les bruits de mon amoureux en cuisine, suspectant pour la première fois la présence de l'enfant sous mon nombril. Ce sont les dîners sous les étoiles, la musique, les escaliers qui grincent. C'est le lit ramené du Japon et dans lequel dormait M., à l'autre bout du monde, voilà soixante ans, qui abrite désormais les nuits auvergnates de Camille. C'est ce sommeil, justement, de plomb, dans lequel nous plongeons tous ici et ces petits déjeuners à la fraîche, c'est le St Nectaire qu'on va chercher à la crémerie et la moutarde à la pompe, directement dans le grand pot qu'on ramène à Charroux d'une fois sur l'autre. Ce sont les mots tendres et les nuits câlines, les projets du lendemain, les rêves et les confidences que nous échangeons avec Vivien, blottis l'un contre l'autre.

C'est la sensation de vie, la pulsation, ce sentiment puissant qu'ici il n'arrivera que du bon, que du doux, et que demain compte à peine puisqu'aujourd'hui est si intense, déjà... alors, dans l'abondance des soirs d'été, nous nous murmurons les prénoms de nos prochains enfants, la joie que nous avons d'avoir enfin réalisé ce projet fou de partir vivre à l'autre bout de la France, les espoirs que nous fondons, les rêves si infiniment secrets qu'il n'y a qu'ici, dans la pénombre, que nous osons nous les avouer.

mercredi 8 août 2012

Ce jour là, dans mon coeur gravé




Ce jour là, dans mon coeur gravé ;

Le beau sourire d'Etienne
Les mains de Titou, tremblantes d'émotion,
Les yeux embués et la voix douce de Cécile, qui chante ces airs de velours,
Les larmes de Laure que j'essuie contre ma joue, son corps qui se blottit et creuse sa place contre le mien ;

Comme si c'était eux, depuis toujours,
Comme si tout était pour eux,
Comme s'ils étaient mes repères,
mes piliers,
le coeur,
le rire,

Le sens à ma vie


C'était il y 3 ans...



Cette merveilleuse série de photos est de Philippe W., et merci encore 
Je ne peux plus entendre cette chanson sans sentir mes yeux s'embuer.

mardi 31 juillet 2012

love was made for me and you

L.O.V.E. by Frank Sinatra on Grooveshark

 Dans une minuscule salle d'une toute petite rue pavée d'Avignon, on a improvisé un club de jazz éphémère ; quelques banquettes font face à un piano, une magnifique contrebasse et une batterie. Au centre, trône un de ces fameux micro shure qui font la marque des fifties, et derrière chaque instrument, un visage rieur de joli garçon et des mains dont l'agilité n'a pas d'égale. Il y a également cette chanteuse toute jeune dont la voix manque un peu de cachet mais certainement pas de joliesse ; 

D'un théâtre à l'autre, on change de lieu et d'époque, on change de registre mais toujours nous porte cette allégresse que je retrouve d'année en année entre les murs de cette ville aux mille promesses
Mes pas prennent de nouveau le chemin de ces promenades nocturnes qui me sont chères, j'aperçois les photographes d'affiche silencieux, ceux qui marchent à pas de velours quand l'effervescence retombe un peu, je m'émeus des rires au coin des rues, des ribambelles de posters cartonnés qui forment une interminable guirlande d'un porche à l'autre, de ces portes qui s'entr'ouvrent sur des soirées mystérieuses et puis cette main tendue, tu viens avec nous ? 

Mais je ne viens pas, cette fois, je regagne doucement la maison, place Pasteur, où les souffles de mes chers endormis se croisent ; et aux respirations familières de Vivien et Camille s'ajoutent désormais celles de Zou, d'O. et de S.

Je tourne la clef silencieusement et m'imprègne de la quiétude de ce lieu que nous avons fais notre ; sur la petite console de l'entrée, j'aperçois mon chapeau à tournesols, celui là même qui passe d'une tête à l'autre et finit immanquablement sur la frimousse rieuse de Camille ; je pense soudain qu'il y a du soleil, dans ce couvre-chef et qu'il n'y a plus beau symbole qu'un galurin fleuri pour cette vie faite de petits bonheurs ; alors j'ai envie de les réveiller tous pour les embrasser, les enlacer, les entraîner dans une farandole sans fin ; j'ai envie qu'elle dure éternellement cette semaine, envie d'autres déjeuners sur l'herbe avec La Ptite Graine Folle et son bambin d'amour ; envie de regarder les petits pieds de Simon contre les grands pieds de Camille et la main de notre fils qui caresse les cheveux du nourrisson avec cette délicatesse qui le caractérise ; envie de mille dîners pendant lesquels nos conversations prennent un tour plus confidentiel ; envie que ne cessent plus les larmes dans mes yeux pour ce crumble superbe surmonté de bougies et pour ces petits cadeaux exquis ; envie de retourner voir ce Cyrano grimé, cette version clownesque qui habille de poésie et de tendresse ce texte qui en est déjà si plein ; envie de bières fraîches et de projets d'avenir place des Carmes ; envie des étreintes chaudes et silencieuses, du corps de Vivien qui bouge en moi ; envie que le temps s'arrête, là, pour profiter encore et encore de ces jours délectables et quand sera venue l'heure des adieux, leur murmurer combien c'était doux ; peut-être parce que la voix suave de Nat King Cole nous interpelle and don't you know that love was made for me and youuuu ... !


jeudi 19 juillet 2012

Ils ont toujours le sac sur le dos

Symphony no.3 in F major op.90, Poco Allegretto by Philharmonia Polonica-Karl Prisner on Grooveshark

Les bras en croix, les yeux perdus dans l'immensité bleue du ciel, je me laisse dériver au gré des courants. Le soleil dore ma peau offerte. Coupée du monde, réfugiée en moi-même, il ne reste de la réalité que le grésillement familier des cigales, le chatoiement de la lumière qui sautille en bonds gracieux sur l'eau verte, composant une danse délicieuse. Au-loin, le bruit des voix aimées, les garçonschéris, les amisfavoris crient mon nom mais je n'entend pas, perdue en ce moment d'infinie sérénité ; l'eau fraîche et mes songes qui me portent. Dans le creux des rêves, il y a ce corps blanc, potelé, ce petit corps d'enfant dans ses couches à motifs et tous ces regards d'amour sur lui ; ces paroles murmurées dans l'air sucré du soir tombant, ces souvenirs qu'on évoque et ces choses qu'on ne s'était jamais dites ; ces bras musclés et cette odeur d'homme qui m'accueillent le temps d'une étreinte tout en pudeur, un rien de sourire qui reste accroché aux lèvres ; cette herbe âcre qui passe de main en main et ces bières qu'on décapsule d'un geste vif ; il y a ces frangins, ces amis, ceux de toujours, ceux d'hier, ceux d'aujourd'hui et qui s'intègrent délicatement dans le puzzle de nos vies. Dans cette Tribu qui se choisit et se renouvelle, les portes sont grand ouvertes et l'on cuisine en groupe des plats succulents. Nos existences embaument d'odeurs et de saveurs ; nous jouons jusqu'à des heures indues ; pagayons gaiement sur les rivières ; randonnons au milieu des pins et prolongeons, à chaque retrouvailles, cette conversation discontinue mais savamment entretenue.

Oh comme il est doux de les voir tous là, autour de soi.
Oh, comme il est bon de chanter à plein poumons les vieilles rengaines ;
Oh, comme il est tendre de les voir se rencontrer, se mêler et s'apprécier ;
Oh, les plaisanteries ;
Oh, les rires à gorge déployée ;
Oh, les tartes aux poires ;
Oh, les corps qui s'alanguissent sous la chaleur, qui se frôlent et s'échappent ;
Oh, les embrassades et les promesses de se revoir, bientôt, sous un ciel ou un autre ;
Oh, la vie qui va fort et le coeur qui bat en rythme...

jeudi 12 juillet 2012

t'as de beaux yeux, tu sais

Fantasia for Violoncello & Orchestra: I. Largo by Heitor Villa-Lobos on Grooveshark

L'écran du Grand Action un lundi soir ; le souvenir d'une autre fois, hivernale, où je m'étais glissée dans la salle de projection, où j'avais imaginé ce projet d'ascenseur qui permettrait à tous d'entrer dans la grande et belle salle de l'étage, où j'avais parlé des heures de diagnostics de conformité, de passage au numérique, de plan global mais en filigrane derrière nos phrases techniques se dessinait le relief de ces vieux films grésillant, de ces acteurs au verbe direct et fort, de ces bandes sons, de ces péloches qui traversent la pièce de part en part, d'amoureux et d'humanité. L'écran du Grand Action, un lundi soir et Gabin en gros plan. Tressaillir. Oh, ces traits-là, comme ils ressemblent à ceux du cher disparu ! Jouir du film et quêter chaque mouvement de caméra, chaque apparition même furtive et faire comme s'il était là, encore, assis à la table de bois, comme s'il racontait de grivoises plaisanteries en murmurant pour que sa femme n'entende point, comme s'il riait d'un bon mot, comme si...

Dans la moiteur de juillet, nous nous sommes assoupis lorsque l'enfant appuie sur le bouton du téléviseur et le commentaire si familier du Tour de France envahit la pièce, et de nouveau je le vois, et je l'entends, et je l'aime. Et tout ce qu'il n'est jamais parvenu à me confier, interrompu par son épouse ne ramenons pas les choses du passé, tout ce qu'il évoquait à mi-mots ;  son enfance, cette mère jeune, ce soldat belge qui n'est jamais revenu, cette myriade d'oncles et de tantes, je vois les photos, je me répète les prénoms. Plus tard, son amoureuse, leur mariage. La guerre, la résistance, l'entendre rire un peu, soudain ; et puis la naissance de mon Grand-Père, en février 45 ; les imaginer lui et ce type qu'ils planquaient, dans la vieille bagnole, allant quérir le médecin ; pestant contre la neige qui embourbe, qui prend toute la place ; je les devine accourant enfin dans la maison sombre, et mon Grand-Père né entre temps vagissant dans les bras de sa mère ; Sur l'acte de naissance de Camille, il y a son prénom inscrit. J'ai voulu garder intacte sa mémoire, j'ai voulu donner à Camille la possibilité de garder une trace de son aïeul.

Ce cher monsieur, que j'ai tant aimé, et tant admiré. La dernière fois que je l'ai vu, ce cher beau visage parcheminé, il y a eu ses mots oh, on va l'attendre, ce petit, et mes larmes. Il me l'avait promis. Il a attendu.

vendredi 6 juillet 2012

et dans mon rêve je crois que le ciel s'ouvre

The Killing Moon by Nouvelle Vague on Grooveshark

Le corps tendu, appelant ; le corps qui réclame : une autre peau, un soupir dans la nuque, une voix murmurant, le souffle coupé à l'instant où se mêlent l'une en l'autre les chairs contractées, et le coeur qui remonte, et qui cogne-boum-boum-à-en-exploser et trembler de chaque membre. L'orage menaçant, le ciel lourd et gorgé d'eau, vie électrique, nervosité. Ambiance.

L'éclair brusque et la tension relâchée, les gouttes, frileuses d'abord, colossales ensuite ; le vêtement de coton sur ma peau qui frotte la peau rêche, burinée par le soleil et cette envie de frais, de mousson, d'aller me jeter à corps perdu dans la tempête.

Pieds nus sous la pluie, esquisser quelques pas de danse ; le ventre s'amollit, les épaules se dénouent, les pieds tapent-tapent-tapent le sol détrempé et ce cri de bonheur à chaque nouvel éclair de lumière, visage offert aux éléments déchaînés, et sentir monter en moi la sève de vie.

Au creux de la nuit, les pleurs de l'enfant-malade, la mère-louve le glisse auprès d'elle, corps chaud contre corps chaud et chante une mélopée sans queue ni tête, et baise les larmes de douleur, et caresse les cheveux humides de sueur. L'orage tonne encore, mère et fils enlacés devant la baie vitrée regardent le combat nocturne, le feu du ciel et l'eau par torrents. Dans cette faille du temps, un lait tiède adoucit la petite gorge douloureuse, mon corps se creuse pour mieux accueillir Camille, pour l'envelopper, le consoler et son crâne duveteux dodeline tandis que ses yeux se ferment tout-dou-ce-ment, rendant à la nuit son mystère inéluctable.

samedi 23 juin 2012

dans la nuit sucrée, à un piano accoudé

Rising by Lhasa on Grooveshark

La nuit est sucrée ce dernier jour de juillet et la quiétude retombe lentement sur Avignon. Dernière scène, derniers éclats et dans cette ruelle pavée trône un piano, vestige improbable du festival qui s'achève...  Je porte un tournesol à mon chapeau et il me semble qu'aux heures les plus obscures, ma fleur appelle un soleil flamboyant...alors, cet inconnu et son sourire, quelques mots échangés, on s'accoude à l'instrument et trouvons tant à nous dire que nous ne cessons plus de parler ; nous suivons la foule jusqu'à ce petit bar improvisé, quatre planches de bois autour d'un grand arbre et l'ivresse nous emmène plus loin dans la confidence ; outre le théâtre, la littérature, nous nous découvrons en commun cet amour des autres, une envie d'ouvrir grands les bras, une écoute, un rire là, au creux de la poitrine qui ne demande qu'à sortir et exploser en cascade ; les heures s'écoulent, nous reprenons notre marche nocturne, et dans la promenade, nos mains se frôlent puis se fuient. Oh, cette péniche qui nous emporte, quelques coussins de-ci delà, nos mains nerveuses, nos visages proches, nos paroles murmurées, son souffle sur mon visage, léger et tendre, et ce baiser volé ; la sensation que le temps s'arrête pour nous offrir, dans la plus belle nuit d'Avignon, un supplément d'allégresse.

vendredi 15 juin 2012

And dreams hang in the air

Wonderful Life by Smith And Burrows on Grooveshark

Ce sont trois notes de musique, loin là haut ; c'est la lumière des lampions ; c'est cette bouteille de champagne sous cloche qu'on aperçoit là, posée sur le piano et ces voix à l'unisson, vite, vite nous nous hâtons sur les marches rouges, et perchées sur cette petite terrasse, le nez dans la brise cannoise et les épaules collées à celles de nos compagnons d'un soir, l'émotion prend racine, là, dans le moment et dans l'euphorie partagée ; dans ces cahiers de paroles qui passent de mains en mains, unies autour d'un piano vernis ;

Demain, nous reprenons le train pour Paris, mais nous n'y sommes pas, il y a tant à vivre encore, dans cette dernière nuit vibrante ; nous oublions nos pieds douloureux, la lassitude, la nostalgie qui déjà, commence à s'installer ; alors reprendre une coupe de champagne pour trois et boire sans façon les unes après les autres, colocs de hasard et complices, émues de la magie éphémère qui culmine en un merveilleux point d'orgue, ce soir  ;

C'est le souvenir d'une arrivée triomphale, d'une première baignade, bagages à peine posés et se dévêtir, courir se jeter dans l'eau fraîche et rire de bonheur sous le soleil, premier éclat mordant de la vie-qui-va-fort ; c'est cette première file d'attente, le coeur battant à l'idée de ne pouvoir entrer, et puis ce sont ces films qui s'enchaînent, une très mauvaise adaptation de Sur la Route mais comment transmettre ce rythme, ces corps, comment dessiner les pensées et les élans, comment ne serait-ce qu'esquisser une seconde Dean Moriarty dans toute sa splendeur et sa déchéance, dans tout son espoir et son fatalisme, dans ses contradictions, comment imaginer égaler la plume incroyable de Kerouac ? ; c'est cette expédition dans toutes les librairies de la ville pour acheter un énième exemplaire du bouquin, puisque j'ai toujours envie de le lire loin de chez moi et ce dépit quand je m'aperçois que tous les festivaliers ont eu la même idée et qu'il n'en reste pas un, pas un seul ;

Ce sont le Ken Loach & le Carax qui m'ébaubissent, m'éblouissent, m'emmènent ailleurs et c'est ce tendre Ernest & Célestine, coloré, musical, ces mille instruments qui s'enchevêtrent et interprètent les airs de Thomas Fersen ; je pense à Camille resté à Paris, à ce jour un peu lointain - quand il sera petit garçon - où nous le regarderons ensemble, à la magie qui ne manquera pas de pétiller dans ses yeux azur ; Ce sont des heures de marche, d'une salle à l'autre, de l'hôtel à la Croisette, ce sont ces robes étalées, ces chaussures lancées aux quatre coins, ce maquillage qui déborde et là, perdue au milieu, cette crème à la bave d'escargot qui promet des miracles ; c'est M. sa propriétaire, ses fleurs en tissu, son sourire inoubliable ; c'est T., troisième complice de ces jours heureux, son élégance, sa démarche incroyable sur ses talons vertigineux et moi qui les regarde, ces deux-là, si différentes de moi et si pareilles en même temps, si inconnues il y a quelques heures et si proches, là, dans la bulle éphémère ;
C'est L aussi, fugace apparition de blond et de soie rouge mêlés, de cernes et de sourires, généreuse L. ;
C'est un verre de vin blanc somptueux, bu à petites gorgées près de la piscine du Martinez, un cocktail rose bonbon dans le jardin d'une Villa aménagée par les Inrocks pour l'occasion, une coupe de champagne sous un chapiteau, puis une autre, et encore une autre, mes cheveux lâchés dans mon dos, le sable sous mes pieds, la mer qui chante, une énième soirée à laquelle nous sommes arrivées un peu par hasard et où nous nous mêlons à la faune locale, stars et journalistes, producteurs et équipes techniques ; c'est une robe cousue main qui fait sensation et ne cesse de tourbillonner, et ma tête tourne aussi ; mais c'est du bonheur, rien que du bonheur ; je suis ivre de sensations et de bulles ; un instant d'éternité sous les étoiles.

Le piano joue sa dernière trille et nous sursautons tous un peu lorsqu'il se referme en un clac sonore. Dans la nuit qui nous ramène, nous marchons à pas mesurés, pour mieux savourer les derniers instants, allonger le temps, un peu, rien qu'un peu ; demain, le train, Paris ; mais demain, demain.
Ce soir nous gonflons grand nos poumons et humons, une dernière fois, les effluves du festival qui ne s'est pas encore complètement éteint.


mardi 12 juin 2012

du kiwi et de l'ananas dans la salade de riz

Valse de la Suite de Jazz N°2 (Extrait) by Dmitri Dmitrievitch Chostakovitch on Grooveshark

Le vent bruisse dans les cimes des arbres, je suis montée tout en haut, tout en haut ; accrochée dans les airs, j'avance à petits pas, je mesure l'absolue sérénité que je trouve ici ; le silence à peine troublé par les rires au loin ; le sifflement du descendeur sur le câble quand je m'élance d'un tronc à l'autre ; la conscience de moi-même, de mon corps, poids et contrepoids, balancer, prendre appui, sauter. Et les bras griffés, et les jambes moulues et le rire en cascade, et le regard de mon amoureux qui veille ; en bas, il y a Camille, deux petits picots ivoire derrière les lèvres tendres ; ce rire constant dans ses grands yeux bleus ; le monde qui défile, et sa curiosité de tout instant ; il me semble que les contraintes du monde s'éclipsent ; si je tend les bras et que je ferme les yeux, une seconde, je vole, oh oui ! vraiment, je m'envole et il n'y a plus que leurs deux visages derrière mes paupières closes, il n'y a plus que la pulsation de mon coeur. Demain est autre ; en attendant, M. a mis du kiwi et de l'ananas dans la salade de riz, le vin et la joie coulent à flot ; on trinque "Aux trente ans" et S. dit que, finalement, il se sent toujours jeune.

Le soir, Vivien et moi préparons des petits gâteaux délicieux pour son frère et il y a la fête, dans ces pâtisseries là, et l'amour aussi ; il y a le plaisir de les cuisiner pour lui et il y a cette fraternité chaude des gens qui s'aiment d'évidence, parce que c'est comme ça, que ça l'a toujours été mais aussi qui savent conscientiser cet amour pour en faire un choix, et je crois que nous l'avons chaque jour, cette conscience des chers aimés ; et alors, et alors... alors quand nous sommes tous redescendus, et que nous avons levé les yeux au ciel, au travers des branches qui bougeaient doucement, il y avait la lumière ; et la promesse d'une vie partagée.

jeudi 17 mai 2012

une lune basse, et rouge



Un feu consume mon ventre dès l'instant où je pose le pied à Barcelone ; je suis assise tout au fond du bus bleu, mon sac de voyage posé à mes pieds et je me penche en tout sens pour mieux regarder la ville défiler ; il me semble qu'ici, tout est possible. La dernière fois, déjà, la dernière fois... Oh, Barcelone, cette parenthèse enchantée, ce monde entre deux temps où la vie s'embrase ; Oh, Barcelone, faire l'amour sur la plage, danser pieds nus sur une petite place, boire de la bière fraîche au goulot ; Oh, Barcelone, se retrouver dans des fêtes inconnues et se laisser bercer par une langue mystérieuse, reconnaître trois mots, rire à gorge déployée ; Oh, Barcelone, assise sur le porte-bagage d'un vélo, mes mains enserrent une taille d'homme et ma crinière s'envole dans la nuit ; Oh, Barcelone, mes cris de joie ; Oh, Barcelone, tu m'as laissé si pleine de toi que chaque instant de ces voyages d'adolescente brûlent encore dans mon corps.

Placa Catalunya, j'emprunte des ruelles pavées, je me laisse guider par les rires des enfants, et là, l'odeur délicieuse d'un restaurant, mille marionnettes qui dansent un spectacle merveilleux dans une vitrine, une guitare sèche, trois sièges sur une place ; quand je pense que la prochaine fois, c'est avec Clowie que je me perdrais un sourire ne quitte plus mes lèvres. Plus tard, l'odeur de l'herbe, une première petite cigarette qui m'envole - et il y avait si longtemps - la mer, la mer ! Mon corps tremble de plaisir quand je trempe mes pieds dans la Méditerranée ; j'ôte mes vêtements et je m'offre, pleinement, au vent et au soleil et je veux qu'ils me prennent, je veux retrouver les sensations de la chaleur sur moi, du vent qui fait glisser le sable sur mes bras, sur mon ventre qui a gardé le dessin de Camille, sur mes jambes dénudées ; j'ai le souvenir d'une robe blanche qui tourbillonne et qui glisse de mes jeunes épaules, j'ai le souvenir des regards sur mes seins, j'ai le souvenir d'une irrépressible fougue en moi, et les larmes affluent brusquement, je suis hier et aujourd'hui et il n'y a rien, désormais, que mon désir, que mon corps qui s'éveille après deux ans de maternité, un rire nerveux, le bonheur en cascade.

C'est un voyage initiatique que celui-ci, je suis revenue chercher la femme dissimulée par la mère, je suis venue trouver l'amante, la voluptueuse ; cette liberté m'étourdit, ces quelques jours à moi, déterminants, ces quelques jours où je ne serais plus épouse et maman, juste Marie, ces quelques jours pour m'observer vivre ; Ils sont loin mes dix-sept ans, pourtant je n'éprouve plus de nostalgie. Je suis proche de moi, peut-être plus que jamais. Dans ces mots échangés avec mon tout petit via l'ordinateur, dans ces douceurs glissées à Vivien comme un secret, dans ce mojito aux fraises qui m'enivre, dans cette légèreté, dans cette nuit chaude ; et me voilà assise en tailleur, une manette de console à la main et je pense à une nuit avec Gillie, à mes frères, aux heures à jouer avec Matiou ; dans ces chatouilles à Max, dans ce "Tu me fais un câlin, dis ? " ; dans ce livre de psychosocio à étudier pour la fac ; dans ce goûter improvisé - des oranges, des bananes, de la cannelle, du rhum et voilà que ça flambe ; il y a une vie qui se goûte, une vie riche de diversité et de partage, une vie d'amours - car ô combien j'ai d'amours ; Fou qu'il m'ait fallu voler jusqu'ici pour prendre conscience de cette intensité en moi ! Je voudrais écrire leurs prénoms sur un morceau de papier, et les garder près de mon coeur, je voudrais qu'ils soient là, les actuels et les anciens, les absents, Elle ; je voudrais m'abandonner dans leurs bras en leur murmurant mon amour, je voudrais leurs regards tendres sur moi ; je voudrais crier, maintenant, Mille la vie, Mille ! et il me semble que je vais exploser.

Samedi, un ciel d'étoiles ; je suis presque nue dans la mer glacée, mon corps blanc brille dans la nuit, je rêve de la peau chaude de Vivien, je m'imagine me blottir tout contre lui et lui faire l'amour, avec une délicatesse infinie.

ll n'y a plus que l'eau pour horizon, nous nous sommes assis sur un banc et Max me raconte combien la lune était basse et rouge quelques jours auparavant ; il me reste quelques heures, je ne veux pas dormir alors nous déambulons, côte à côte. Dans un petit bar caché, on nous offre deux bières. Lorsque le jour est levé, nous regagnons son appartement, le sommeil m'attrape. Mon corps est las de cette fatigue saine de ceux qui vivent fort, je sens, je sais qu'il est mon compagnon, plus que jamais. La fougue de ces derniers jours n'est que le prémisse au reste de mon existence, je sens en moi l'équilibre. J'ai retrouvé la foi.

Dans mon ventre, grandit une lune basse, et rouge ; quelques semaines encore et j'aurais vingt-cinq ans.  Je suis femme, intensément.