mercredi 13 mai 2015

Tu rêvais d’être libre et je te continue



 J'ai porté son vêtement des heures durant, quêtant dans l'odeur âcre et familière le souvenir d'étreintes passées. Lorsque mon parfum s'est superposé au sien et que le mélange d'eau d'Issey, de cigarette, de savon, de sueurs et de larmes a pris la place, j'ai songé oh combien Anna avait raison et comme je me méprenais sur cet amour auquel j'accordais tant de place. Combien me faudra-t-il de caresses, combien me faudra-t-il de passion, combien me faudra-t-il d'oublis et de générosité pour que je cesse enfin d'être sur le fil et de tendre à la démesure ? Il est des réponses en moi que je m'efforce de trouver tous les quinze jours dans la pièce immaculée qui a remplacé le salon rose ; il est des silences que je n'ose savourer par peur de ce qu'ils contiennent. Je n'ai plus foi en rien sinon le vol lent d'un rapace dans le bleu du ciel et l'odeur du thym contre mes mains frottées. Je me suis lassée de ces amours, ah l'exigeante amante qui voudrait tout et rien dans le même temps, je me suis lassée de tant de vies, rageusement barrées au feutre noir sur des cahiers jaunis, des pages cornées ou des souvenirs racornis. Lorsque j'ôterais cette pièce de tissu bleu, libérant mon corps de sa douloureuse entrave, offrant courbes et creux à la lumière tamisée de minuit, je laisserais peut-être un morceau de mes rêves chuter à mes pieds et il faudra que je demande pardon pour tant d'inconstance. Je le disais changeant, c'est moi qui avait peur. Je ne sais plus ce qu'amour veut dire mais quelque part dans cette journée bouleversante, j'ai imaginé le thème d'une oeuvre qui ne fait que débuter et qui veut sans doute dire voilà ma vie.