mercredi 3 février 2016

Y'a cette petite flamme qui crie qui brûle et qui brille



C'était la nuit la nuit, l'enfançonne blottie contre mon sein, je fredonnais une chanson qui parle de pervenches, d'une rivière oh si profonde que tous les chevaux du roi viendraient y boire ensemble. J'ai senti son souffle se réguler, je suis sortie de la chambre sur la pointe des pieds. Je ne m'étais pas dévêtue, je suis partie sans un regard pour Vé. La maison silencieuse résonnait encore des cris qui fusaient un peu plus tôt. J'ai avancé longtemps dans le noir, je n'avais pas de ceinture, pas de régulateur, j'ai sans doute roulé bien au-delà de la limite autorisée ; pour la première fois depuis (trop) longtemps, je portais un chapeau melon noir, un trait de crayon sur mes paupières et du rouge à mes lèvres. Dans mon sac, j'avais entassé des papiers, des bouquins, des piles de Cahiers du Cinéma, j'avais oublié t.shirts et culottes, j'ai ri un peu jaune, je n'ai pas besoin de me vêtir, j'ai besoin de vivre. J'ai roulé un moment avant que mes pensées ne cessent de tambouriner, un coup de bras rageur sur mes yeux de raton laveur. J'ai allumé la radio, snobé FranceCul, Bashung disait les moments doux, les moments doux, c'était drôle de repenser à ça, un peu triste aussi. C'était la nuit, la nuit, j'ai craché beaucoup trop de fumée blanche dans l'air bleu. A une heure de chez moi, j'ai dormi dans un village isérois dont je ne connaissais même pas le nom. Je me suis glissée nue dans des draps qui n'étaient pas les miens, j'ai pensé combien je l'aime et pourtant je veux le quitter, mais quelle est cette folie, mais quelle est cette folie. Avant, j'avouais dans le salon blanc que c'était moi d'abord - j'ai dit je me sens juste, vous savez, plus que jamais, elle a répondu je sais. Sur un papier grisé, j'ai jeté des mots de moi à moi, pas à l'enfant ni à la femme de quarante, mais à celle d'aujourd'hui, j'ai dit ma belle, ma chère, ma si fragile et si forte, j'ai dit l'odeur du mimosa dans la maison d'A. et dans la mienne en simultané, le café avec mon ami chaque matin. Il y a longtemps j'écrivais dans un endroit nommé Multifacettes et voilà que le puzzle s'assemble et que je retrouve l'odeur de la lessive de ma mère, mes soeurs enfants dans le placard que je fermais sur nous avant de leur inventer des mondes imaginaires, et puis mes frères le grand pin, nos cabanes et puis celle qui écrit et puis qui je serais, et mes enfants et Vé qui m'a connue encore toute petite et voilà que ça va bien, ça va bien. Il y aura d'autres ventres ronds, d'autres baisers dorés, d'autres livres à écrire, on construira des lendemains et puis des aujourd'hui merde à la fin. Est-ce qu'on peut aimer quelqu'un qu'on a vu quatre fois, est-ce qu'on peut désirer quelqu'un qui est si loin, pourquoi mon coeur bat la chamade quand elle dit je vais à Bruxelles, tu me rejoins ? et que je ne réfléchis même pas à tout le bordel que ça va foutre avant de dire oui ? Je suis rentrée à la Grande Maison un matin, j'ai couru dans les bras de Vé, j'ai couru contre la peau de Vé, et puis j'ai dit je ne veux pas continuer comme ça, je veux exister. Il m'a étreinte encore, il a dit Je sais. Il a dit Oui. Il a dit J'ai confiance.
J'avais confiance aussi, j'ai pris sa main et je me suis sentie heureuse.

PS : Vous m'avez reconnue sur la photo ? je crois que le temps est venu de recommencer à m'envoler.