samedi 2 juillet 2016

dos à dos et sans merci // tu as le choix des armes




Mais, bon sang, ça ne devrait ressembler qu'à ça sans cesse ; les matins après l'amour, le rire des enfants comme autant de clochettes et puis des grenadines, maman, V.D qui chante dans le casque rouge quand les jambes nues & dorées courent au rythme du coeur qui bat, allons allons ;

5h30, nue sur un lit quelque-part dans une ville inconnue, je quête l'aube, le rayon d'or qui embrase tout, celui des braves, tu sais ? qui ne dorment pas ou se lèvent juste, ceux dont mon père disait du monde qu'il leur appartient. Il sera tôt, il fera frais, j'ouvrirai grand la baie vitrée & sur mon corps picoté recevrai l'air du petit jour. J'ai appris à vivre ; il y a dix ans [mais c'est derrière désormais], il y a dix ans je me disais au-revoir & je me retrouve maintenant, si brune, si grande, si belle, si forte, si habile ; oh, ça ne se fait pas sans heurts mais vous connaissez, vous, une chose plus belle que tomber enfin amoureux de soi ?

Dans la nuit parisienne, je regarde un film d'Agnès Varda avec L., un film qui parle des femmes, d'être femme et bien sûr, encore, il y a des échos au plus profond de mon ventre. Plus tard, nous inventons un nom de code composé d'initiales pour ce qui verra naître les prémisses d'un projet décalé & j'espère, juste. Dans les après-midi moites de juin, je retrouve C. et c'est comme si nous ne nous étions jamais quittées, oh je n'ai pas été facile, l'enfant farouche, la petite nuisance ; j'ai tellement vécu dans le lendemain, comme s'il était plus tendre qu'aujourd'hui mais cette fois, je le jure, j'étais dans l'instant des ces corps nus, ces seins, ces ventres, ces cuisses, peaux sans âge et peaux marquées, sans attrait autre que celui d'exister, d'être au monde & d'offrir ce qu'ils ont de plus intime en confiance dans cet espace de sororité ; ça parle de mains rugueuses qui embrassent mon corps, le lavent à grandes eaux & l'oignent d'huiles parfumées ; ces mains là me paraissent sans début ni fin & exponentielles, ah ne cessez jamais cet enveloppement, car il s'agit là d'une naissance nouvelle, le jour anniversaire de ma propre naissance, il fallait revenir à soi & voilà que j'y suis.

Dans la nuit auvergnate il y a des regards qui se reconnaissent, la fougue quand enfin se retrouvent les peaux oubliées, il y a des danses aux quatre coins, quelque chose qui ne se perd jamais & de rencontre en rencontre, écrit une drôle de partition ; sûrement mélancolique mais qui parle d'amour avant tout. L'on y dépose des framboises, une bougie à la violette qui maintient un équilibre précaire en attendant d'être soufflée et peut-être des coupes de champagne - l'on y retrouve la joie & la sensation de vivre - elle sera toujours liée à toi, c'est promis, puisque que nos bras se répondent comme s'ils se connaissaient toujours.

Dans la nuit nantaise, au(x) rendez-vous du cinéma(s), j'écris frénétiquement les histoires de rencontres & puis les rêves, ce qu'on projette & comment l'on voit la vie, après tout est-ce autre chose, le cinéma, non mais sans blague, dites moi, vous, comme vous voyez ces choses là ? C'est le petit matin, déjà, j'ai ôté mes souliers & masse mes pieds douloureux en un geste machinal. J'ai retrouvé ma copine et puis bu du pétillant et puis parlé féminisme, il était peut-être quatre heures c'était avant la ruelle du Café-Théâtre, avant les baisers, avant la douceur, ah ! Quand vient le jour, pour la toute toute première fois je renonce aux sirènes et petit pas à petit pas je rejoins l'appartement bleu, dévêt mon corps endolori par une journée qui a débuté voilà bien plus d'un jour. Bouton après bouton, la robe bleue glisse sur le sol de tommettes.

Vé dit de moi que je suis une amoureuse - et sans doute a-t-il raison. Je vais à la rencontre de ceux qui parlent, de ceux qui lisent, de ceux qui écrivent, de ceux qui chantent, de ceux qui racontent des histoires, de ceux qui aiment, de ceux qui se taisent - je vais à leur rencontre et souvent, je les aime dans leurs difficultés, dans leurs paradoxes, dans leurs doutes, je les aime dans le soleil sur leurs cheveux, dans leurs yeux fatigués ou riants ou les deux, dans leurs rides, dans leurs fougues, je les aime qui pédalent à toute bringue sur des bicyclettes, je les aime dans des cafés, sur des quais, au bout de la rue. Je les aime pour ce qu'ils modèlent d'eux-même et qu'ils veulent bien me laisser voir, une seconde ou une vie.


Il est tard mais déjà gazouillent - au travers du volet blanc, au travers du rideau-soleil, au delà de la réalité - les premiers oiseaux. Je n'attendrai pas le petit matin. Dans la nuit encore bien noire j'ouvrirai la fenêtre au vent & crierai liberté liberté chérie - dans un premier matin, une première vie - puisqu'il parait que l'on a tous les droits dès lors que l'on parle de joie.