mardi 23 septembre 2014

Hey, that's no way to say goodbye

Bird on the Wire by Leonard Cohen on Grooveshark

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Ca m'arrive alors que je pédale sous le ciel gai d'un été qui se prolonge ; de part et d'autre des visages répondent à mes sourires, des mains se lèvent et saluent mes pitreries. Je sens au coeur cet élan fou de la course et du rire, je suis sereine, la ville est belle sous ce ciel d'or et cette bicyclette prêtée par ma copine est une merveille. Alors, sans que rien ne le laisse présager, je me souviens son absence et mes jambes se dérobent, je bascule en avant, de grand cris explosent dans mon corps meurtri et sous mes yeux emplis de larmes, il n'y a que l'amer béton, le froid goudron, il y a le gris du trottoir et mon ventre qui n'en finit pas de hurler au manque. Je frotte mes genoux endoloris et il y a ses grandes mains tremblantes, toute la place qu'elles prennent soudain dans mon esprit, ces grandes mains qui tremblent et son corps long et maigre contre le mien dans ce bain tendre, des pulsations dans ses muscles quand nous nous battions, il y a son regard sur cette photo qui n'est même pas nous, des baisers qui s'éternisent dans un train qui ne se décide guère à partir, rallier les rails, railler l'amour. Il n'y a plus rien à vivre, je me le répète, oh si je pouvais graver les mots dans la pierre ou dans la peau, il n'y a plus rien à vivre, que reste-t-il six semaines après l'amour ? rien, ou pas grand chose, pas même une photo ou trois mots rédigés à glisser dans une boîte à regrets, qu'un enfant grandi ouvrira peut-être dans des dizaines d'années, curieux de savoir quelle femme était sa mère.
Voilà quel était l'amour de mes vingt-sept ans, cette fougue soudaine de fin d'été qui a embrasé mes sens et qui, si elle se fait oublier souvent, se rappelle à moi en vagues déferlantes alors que je ne m'y attend plus. Voilà quel était l'amour de mes vingt-sept ans, entre deux rêves, entre deux rives, l'amour inattendu et brut, l'amour violent qui mange le coeur, qui brûle le corps ; je me suis sentie vivre et il m'a semblé que je n'aurais plus peur, que je pouvais respirer de nouveau et puisqu'il en est ainsi, je ne refuserais plus rien et que cette existence soit folle alors alors ; alors, la vie a repris ses droits et le bel amour n'est plus qu'une morsure dans le creux de mon ventre, qui s'éveille parfois quand je pédale trop fort et que le vent fait voler mes cheveux dans tous les sens.